‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 120 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XX

tage par l'écjuilé de leurs causes ù los aider et supporter. Nous n'ostons pas doncques ce bien à l'âme fidèle, qu'elle ne puisse avoir la jouissance de sa bonne conscience devant Dieu, et que de cela elle ne se conferme es promesses desquelles le Seigneur console ses vrais serviteurs : mais rious enseignons que toute la liance d'impétrer de Dieu ce que nous luy demandons, est appuyée seulement sur sa saincte clémence, sans aucune considération de nostre propre mérite.

44 La quatrième reigle sera, qu'estans ainsi abatus et matiez en vraye humilité, néantmoins nous prenions courage à prier, espérans pour certain d'estre exaucez. Ce sont bien choses contraires de prime face, de conjoindre avec le sentiment de l'ire de Dieu, une certaine fiance de sa faveur. Et toutesfois elles s'accordent bien ensemble, si estans opprimez par nos propres vices, nous sommes relevez par la seule bonté de Dieu. Car comme nous avons enseigné ci-dessus, que la foy et pénitence sont compagnes conjoinctes d'un lien inséparable, desquelles toutesfois l'une nous effraye, et l'autre nous resjouit : aussi faut-il qu'elles se rencontrent en nos prières.

Cest accord de crainte et asseurance est exprimé par David en peu de mots, quand il dit au Pseaume cinquième, J'entreray en ton sanctuaire en la multitude de ta bonté: j'y adoreray avec crainte ^ Sous ce mot de la boulé de Dieu, il comprend la foy : mais il n'exclud point la crainte, pource que non-seulement sa majesté nous induit et contraint à luy porter révérence, mais nostre indignité nous fait oublier toute présomption et audace, pour nous tenir en crainte. Or il ne nous faut imaginer line liance, laquelle amadoue l'âme, et luy donne un repos souef pour l'endormir, la délivrant de toute inquiétude et perplexité. Car de se baigner ainsi en ses aises, c'est à faire à ceux qui ayans tout à souhait ne sont touchez de nul soin, ne sont touchez de nul désir, ne troublez de nulle crainte. Or c'est un trèsbon aiguillon aux saincts pour les faire invoquer Dieu, quand par

1) Ps. V, 8.

l'oppresse qu'ils endurent de leur nécessité, ils sont agitez en leurs fascheries, voire quasi jusques à défaillir en euxmesmes, jusques à ce que la foy leur subvient au besoin. Car entre telles destresses la bonté de Dieu leur reluit, tellement qu'estans lassez et courbez sous la pesanteur de leurs maux, ils gémissent, et mesmes tremblent, estans en peine et en souci pour l'advenir. Toutesfois se remettans à ceste boulé dont ils sont esclairez, ils se soulagent et récréent, pour estre patiens en toutes difficultez, et espèrent bonne issue et délivrance. Parquoy il est requis que l'oraison du fidèle procède de ceste double affection, et qu'elle contiene l'une et l'autre, et les représente : c'est qu'il gémisse de ses maux présens, qu'il soit angoissé par ceux qui luy peuvent advenir : toutesfois que ce pendant il ait son recours à Dieu, ne doutant point qu'il ne soit prest d'esi( ndre sa main pour le secourir. Car on ne sçauroit assez exprimer combien Dieu est irrité par nostre desfiance, si nous luy demandons les biens que nous n'attendons point de luy. Parquoy il n'y a rien plus convenable à la nature des prières, que de leur imposer ceste loy, qu'elles ne volent point à l'adventure, mais qu'elles suyvent la foy comme guide. Et à ce principe nous ameine Jésus-Christ, en disant. Quelques choses que vous demandiez, croyez que vous les recevrez, et elles vous seront données*. Ce qu'il conferme en l'autre passage, Tout ce que vous demanderez en croyant, vous sera ottroyé^. Suyvant cela sainct Jaques aussi dit, Si quelqu'un a faute de sagesse, qu'il la demande à celuy qui donne à tous simplement sans reproche : mais qu'il la demande en foy sans hésiter *. Car en opposant la Foy au riiof d'Hésiter, qui signifie autant que perplexité et doute, il exprime fort bien ce que la foy emporte. Ce qu'il adjouste n'est pas moins à noter : c'est que ceux qui prient Dieu estans en bransle et variété, et ne se peuvent résoudre en leurs cœurs s'ils seront exaucez ou non, ne proufitent

1) Matlh. XXI, 22.

3) Jacq. I, 5,6.

Marc XI, ±1*.

rien. Parquoy il les accompare à des flots de mer qui sont branslez çà et là, et portez iiar le vent. Et voylà pourquoy ailleurs il nomme l'Oraison de foy, celle qui est bien reiglée pour estre receue de Dieu '. Et de faict, quand Dieu prononce si souvent qu'il donnera à chacun selon sa foy *, il signifie assez que nous ne sommes pas dignes de rien obtenir sans icelle. Brief, c'est la foy laquelle impèlre tout ce qui est donné à nos oraisons. Et c'est ce que veut dire ceste belle sentence de sainct Paul, laquelle n'est pas considérée de beaucoup de gens eslourdis comme elle mérite : Comment invoquera-on celuy auquel on n'a point creu? Et qui est-ce qui croira, sinon qu'il ait ouy ? La foy doncques est de l'ouye, et l'ouye de la Parole de Dieu'. En déduisant de la foy le commencement de prier, comme d'un degré à l'autre, il monstre assez clairement que Dieu ne peut estre de personne purement invoqué, sinon de ceuxausquels sa clémence et humanité aura esté cognue par la prédication de l'Evangile, voire familièrement exposée.

12 Nos adversaires ne pensent guères à ceste nécessité. Et pourtant quand nous enseignons les tidèles de prier Dieu avec certaine asspurance, ayans cela pour résolu, qu'il les aime et les veut exaucer : il semble advis <à tous Papistes que nous disons une <;hose la plus desraisonnable du monde. Or s'ils avoyent quelque vraye expérience et usage, pour sçavoir que c'est que prier Dieu, ils cognoistroyent qu'on ne le peut point prier droictement, sans estre certain de son amour et de sa bonté. Or comme ainsi soit que nul ne puisse comprendre la vertu de foy, sinon celuy qui en a la praciique en son cœur, je ne prouliteroye de rien à disputer contre eux, veu qu'ils monstrent que jamais n'en ont eu qu'une vaine imagination. Car l'invocation de Dieu est celle qui nous démonstre principalement que c'est que vaut ceste certitude, et combien elle est nécessaire. Quiconques ne voit point cela, il descouvre qu'il a sa conscience merveilleusement stupide.

Nous doncques laissans là ces aveugles.

demeurons fermes en la sentence de sainct Paul, qui dit que nul ne peut invoquer Dieu sinon celuy qui a cognu sa miséricorde par l'Evangile, et est asseuré de la trouver tousjours preste quand il la cherche. Car quelle oraison seroit-ce de dire ainsi ? Seigneur il est vray que je doute si tu me veux exaucer: mais pourcequeje suis en desiresse j'ay mon recours à toy afin que tu me subvienes si j'en suis digne. Les saincts dont nous lisons les oraisons en l'Escriture, n'ont pas ainsi fait. Le sainct Esprit aussi ne nous enseigne pas d'ainsi faire, quand il nous commande par l'Apostre d'aller au throne céleste de Dieu avec liance, pour obtenir grâce* : et en un autre passage, quand il dit que nous avons audace et entrée envers Dieu., avec fiance par la foy de Christ^. Pourtant si nous voulons prier avec fruit, il nous faut tenir ferme comme à deux mains ceste asseurance d'impétrerce que nous demandons, laquelle Dieu nous commande d'avoir, et à laquelle tous les Saincts nous exhortent par leur exemple. Car il n'y a auîre oraison agréable à Dieu que celle qui procède d'une telle présomption de foy, et qui est fondée en une telle certitude d'espérance. Il pouvoit bien se contenter, comme il semble, du simple nom de Foy. Or non-seulement il adjouste Fiance, mais il la munit de liberté ou hardiesse, afin de nous discerner par ceste marque d'avec les incrédules, lesquels prient Dieu pesle-mesie avec nous: maisàl'advenlure. Pour ceste raison il est dit au nom de toute l'Eglise, Que ta miséricorde soit sur nous, selon que nous avons espéré en toy^ Le Prophète aussi met en un autre passage la mesme condition : Je sçay que le Seigneur sera avec moy au jour que je crieray à luy*. Item, Le matin je me rangeray à toy, et feray le guet^ Il apparoist de ces morts, que les prières sont jeltées frustratoirement en l'air, si l'espérance n'y est conjoincte, laquelle nous soit comme une haute tour dont nous attendions Dieu paisiblement. A quoy tend

1) Jacq. V, 15.

3) Rora.X, U, 17.

î) M Uh. vni,13; IX,!

1) Héb. IV, 16.

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