‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 121 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XX

l'ordre qu'on doit bien observer en l'exliortalion de sainct Paul. Car devant que soliriler les fidèles à prier on esi)rii en tout temps avec vigilance et assiduité, il les advcrtit de prendre le bouclier de foy, le heaume de salut, et le t;lai>e spirituel, qui est la Parole de Dieu '. Ce pendant que les lecteurs se souviencnt (|ue la foy n'est pas ne renversée ny esbranlée, estant meslée parini l'appréliension de nos misères, povrotez et bourbiers. Car combien que les fidèles se sentent quasi accablez du grand amas de leurs péchez, et que non-seulement ils se (;ognoissent estre vuides de tous biens qui leur pourroyent acquérir faveur envers Dieu : mais aussi chargez de plusieurs mesfaits, pour lesquels à bon droict il leur pourroit estre espovantable : néantmoins ils ne laissent pas de s'otfrir à luy : et ce sentiment ne les effarouche point, qu'ils n'y ayent leur retraite, veu mesmes que c'est la seule entrée pour y parvenir. Car l'oraison n'est pas ordonnée pour nous faire glorifier arrogamment devant Dieu, ou priser rien du nostre, mais pour confesser nos fautes, et en passer condamnation, et déplorer nos misères : comme les fils se complaignent familièrement envers leurs pères, comme s'ils se vouloyent descharger en leur giron. Oui plus est, le fardeau de nos péchez, selon qu'il nous est insupportable, doit estre plein d'aiguillon pour nous incitera prier Dieu. Comme aussi le Prophète nous enseigne par son exemple, Guairi mon âme, d'autant que j'ay péché contre toi ^. Je confesse que les pointes de tels aiguillons seroyent mortelles si Dieu ne venoit au-devant : mais ce bon Père, selon sa clémence et douceur infinie, nous a donné lin remède bien propre et opportun pour appaiser tous nos troubles, adoucir nos soucis, et osier nos craintes, en nous alléchant à soy. Par lequel moyen nonseulement il a oslé tous obstacles, mais nous a délivrez de tout scrupule, pour nous faire le chemin aisé.

13 En premier lieu, nous commandant de prier, par cela il nous argue d'une vilene contumace, si nous ne lui obtempé-

1) Epl.és. YI, 16-18.

î) Ps. XLI, :

rons. Il ne pouvoit donner commandement plus exprès ni précis, que celuy qui est au Pseaume, Invoque-moy au jour d'aflliclion ^ l\Iais pource qu'en tout ce qui concerne la religion et service de Dieu, il n'y a rien qui nous soit plus souvent recommandé en l'Escriture^^je ne m'y arresferay pas fort longuement.

Demandez, dit le Maistre céleste, et vous recevrez: cherchez, et vous trouverez :

Heurtez, et la porte vous sera ouverte*; combien qu'yci outre le commandement la promesse est aussi adjoustée, comme il est nécessaire. Car couibien que tous confessent qu'il fale obéir à ce que Dieu ordonne, toutesfois la plus grand'part reculeroit quand il les appelle, s'il ne leur promettoit de leur estre exoràble, et mesmes de veiur au-devant pour les lecevoir. Quoy qu'il en soit, il est certain que tous ceux qui tergiversent pour ne point venir droict à Dieu, non-seulement sont rebelles et sauvages, mais aussi convaincus d'incrédulité, puis qu'il se deslienl de ses promesses. Ce qui est d'autant plus notable, pource que les hypocrites sous couverture d'humilité et modestie mesprisent fièrement le précepte de Dieu, et n'adjoustent nulle foy à son dire quand il les convie tant humainement : qui plus est, ils le fraudent de la principale partie de son service. Car après avoir répudié les sacrifices, aiisquels il sembloit bien que toute saincteté pour lors fust située, il prononce, que cestuy-ci est le souverain et précieux par-dessus les autres, c'est d'invoquer son Nom au jour de la nécessité. Parquoy quand il requiert de nous ce qui luy appartient, et nous incite à obéir d'un franc courage, il n'y a nulles si belles couleurs de douter qui nous excusent. Par ainsi autant de tesmoignages que nous lisons en l'Escriture, où il nous est commandé de prier Dieu, sont autant de bannières dressées devant nous, pour nous inspirer la fiance de ce faire. Ce seroit bien témérité de nous advancer devant la face de Dieu, si luy ne prévenoit en nous appelant. Parquoy il nous ouvre et applaiiit la voye par sa voix, selon

1) Ps. L, (5.

2) Maltli. VII, 7.

qu'il proteste par son Prophète : Je leur diray, Vous estes mon peuple, et ils me respondront, Tu es nostre Dieu ^ Nous voyons comment il vient au-devant de son peuple, et qu'il veut eslre suyvi : et pourtant qu'il ne faut pas craindre que la mélodie que luy-mesme dicte, ne luy soit douce et plaisante. Principalement que ce liltre notable et solennel que luy attribue le Pseaume, nous viene en mémoire, lequel nous fera aisément surmonter tous obstacles : asçavoir. Tu es le Dieu qui exauce les prières^ toute chair viendra jusques à toy ^. Car nous ne pouvons souhaiter rien plus gracieux ni amiable, que quand Dieu est vestu et paré de ce tiltre, qu'il nous certitie qu'iln'y a rien plus propre à sa nature, que de gratifier aux requestes de ceux qui le supplient. Et aussi le Prophète conclud de là, que le chemin est ouvert et patent, non-seulement à un petit nombre de gens, mais à toutes créatures mortelles. Comme aussi il addresse ceste voix à tout le genre humain, Invoque-moy au jour d'affliction : je te délivreray, et tu me glorifieras^. Selon ceste reigle, David pour impétrer ce qu'il demande, allègue à Dieu la promesse qu'il luy avoit donnée : Toy Seigneur, as déclairé ton vouloir en l'aureille de ton serviteur, pourtant il a trouvé sqn cœur pour te prier ''. Dont nous avons à recueillir qu'il estoit perplex et comme espave, sinon d'autant que la promesse l'asseuroit. C'est à une mesme fin qu'il use ailleurs de ceste doctrine générale : que Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent ^. Mesmes on peut appercevoir par tous les Pseaumes, que le fil du texte sera comme rompu pour faire quelques discours touchant la puissance de Dieu^ ou sa bonté, ou bien la fermeté de ses promesses. Il sembleroit que David entrelaçant telles sentences coupast et trenchast mal à propos ses requestes : mais les fidèles cognoissent assez par expérience, que leur ardeur se refroidirait bien tost, s'ils n'attisoyent le feu, cherchans à se confermer. Parquoy ce n'est pas chose super-

1) Zach.XUr,9.

3) Ps. L, Ib.

S) Ps. CXLV, 19.

2) Ps. LXV, 3.

4) 2 Sam. VU, 27.

flue en priant Dieu, que nous méditions tant sa nature que sa Parole : mesmes ne desdaignions pointa l'exemple de David, d'entrelacer tout ce qui peut donner vigueur aux esprits débiles, voire languissans.

14 Or c'est merveilles qu'une si grande douceur de promesses ne nous touche que froidement et bien peu, ou du tout ne nous esmeuve point : mais que la plus grand'part aime mieux en tracassant par ses circuits, délaisser la fontaine d'eaux vives, pour se fouyr des cisternes seiches, que de recevoir la libéralité de Dieu quand elle s'offre de soy-mesme ^. C'est une forteresse invin(;ible que le nom de Dieu, dit Salomon: le juste y aura son recours, et sera sauvé ^. Joël aussi après avoir prophétisé de l'horrible désolation qui estoit prochaine, adjouste ceste promesse digne de mémoire, Quiconques invoquera le nom de l'Eternel sera sauvé ^ : laquelle, tesmoin sainct Pierre, s'estend à tout le cours de l'Evangile'^. Or à grand'peine en trouvera-on de cent l'un, qui soit incité par cela d'approcher de Dieu. Luymesme crie par Isaïe, Vous m'invoquerez , et je vous exauceray : mesmes devant que vous priiez, je vous respondray ^ En un autre passage il fait un pareil honneur à toute son Eglise en commun : comme ce qu'il dit appartient à tous les membres de Jésus Christ, Il crie à moy, et je l'exauce : je suis avec luy en ses adversilez pour l'en délivrer^. Toutesfois, comme j'ay desjà protesté, mon intention n'est pas d'amasser yci tous les passages concernans ceste matière: mais psiire les plus notables, pour nous faire bien gouster de quelle humanité Dieu nous convie à soy, et combien nostre ingratitude est tenue estroitement serrée sans trouver nulle eschappatoire, quand nostre paresse nous fait encore délayer après que nous avons esté si vivement picquez. Pourtant, que ces sentences nous retentissent tou.sjours aux aureilles, Dieu est prochain à ceux qui l'invoquent, voire qui l'invoquent en vérité'': et celles

1) Jér. II, 13. 2) Prov. XVUI, 10.

3) Joël II, n. 4) Act. II, -21.

5) Is. LVIII, 9 ; LXV, 14. 6) Ps. XCl, 15. 7) Ps. CXLV, 18.

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