‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 126 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX

advenu non-seulement (ce que le Prophète reprocholt aux Israélites) que les dieux ayent esté dressez selon le nombre des villes : mais selon la multitude des personnes, d'autant qu'un chacun a eu le sien. Or si ainsi est qu'ils ayent leur affection tichée en la volonté de Dieu, qu'ils regardent en icelle, et y rapportent tous leurs désirs : quiconques leur assigne autre oraison que de souhaiter l'advénement du royaume de Dieu, il a une estime d'eux trop rude et trop charnelle, et mesmes leur fait injure, Dont on peut juger comment doit estre prinse la faniasie commune, qui est de penser les saincts estre enclins envers un chacun, selon qu'on leur porte honneur. Finalement, plusieurs ne se sont contenus d'un horrible sacrilège, les invoquans non point comme patrons ou advocats , mais comme gouverneurs de leur salut. Voylà où trébuschent les misérables hommes, quand une fois ils s'esgarent de leurs limites : c'est-à-dire de la Parole de Dieu. Je laisse d'autres monstres d'impiété plus lourds et énormes, ausquels combien (jue les Papistes soyent détestables à Dieu, aux Anges et aux hommes : toutesfois il ne leur en chaut, et n'en ont nulle honte. Se jettans à genoux devant l'image de saincte Barbe, saincte Caterine, et semblables saincts forgez à leur poste, ils barbotent Pater noster. Tant s'en faut que ceste furie soit corrigée ou réprimée par ceux qui se disent prélats, curez ou prescheurs, que pluslost ils y applaudissent, d'autant qu'ils y flairent du gain. Mais encores qu'ils tasclient de laver leurs mains d'un si vilein sacrilège, d'aulant qu'il ne se commet point en leurs messes ny en leurs vespres : sous quelle couleur défendront-ils ces blasphèmes qu'ils lisent à plene gorge, où ils prient sainct Eloy , ou sainct Médard, de regarder du ciel leurs serviteurs pour les aider? mesmes où ils supplient la vierge Marie de commander à son Fils qu'il leur ottroye leurs requestes? Il a bien esté jadis défendu au concile de Carthage, qu'aucune prière qui se feroit à l'autel ne s'addressast aux Saincts. Et est vray-semblable que les bons Evesques de ce temps-là, pource qu'ils ne pouvoyent du tout retenir et brider l'impétuosité du

fol populaire, ont cherché pour le moins ce remède qui n'estoit qu'à demi, c'est que les prières publiques ne fussent pas infectées des folles dévotions que les bigots avoyent introduites : comme de dire, Sancta Maria, ou Sancte Petre, ora pro nobis Mais les autres se sont desbordez encores plus, voire avec une imporlunité diabolique, ne doutans point d'attribuer à cestuy-ci et à cestuy-là ce qui est propre à Dieu et à Jésus-Christ.

23 Ce qu'aucuns s'etforcent de monstrer que telle intercession puisse estre veue fondée en l'Escriture, en cela ils perdent leur peine. Il est fait souvent mention, disent-ils, des oraisons des Anges |: et non-seulement ce, mais il y a tesmoignages que les prières des fidèles sont portées par leurs mains jusques devant la face de Dieu. Je leur concède : mais s'il leur semble bon de comparer les Saincts trespassez aux Anges, ils ont à prouver qu'ils sont esprits députez pour procurer nostre salut \ et qu'ils ont la charge et commission de nous guider en toutes nos voyes^ : qu'ils sont à l'entour de nous, qu'ils nous admonestent et consolent, et veillent tousjours pour nous conserver 3. Car toutes ces choses sont attribuées aux Anges, et non pas aux Saincts. Or il appert par les offices divers dont l'Escriture distingue les Anges d'avec les hommes, que c'est bien sauter du coq à l'asne, de parler des uns et des autres en confus et sans discrétion. Nul n'osera faire office d'advocat en siège présidial devant un juge terrien, s'il n'est receu et accepté : d'où vient doncques une si grande licence à ces vers ou crapaux, d'estabiir patrons et advocats devant Dieu, ceux ausquels la grâce n'en a jamais esté donnée? Dieu a voulu assigner le soin de nostre salut aux Anges, et de là vient qu'ils sont aux assemblées publiques, et que l'Eglise leur est un théâtre auquel ils contemplent avec admiration la sagesse grande et diverse de Dieu. Ceux qui transfèrent à d'autres ce qui est particulier aux Anges, pervertissent et confondent l'ordre mis de Dieu, lequel devoit estre inviolable. Ils appliquent d'aussi bonne grâce les autres

1) Héb. 1, 1'..

3) Ps. XXXIV, 8.

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