‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 127 sur 346 · PS. XCI · texte numérisé non relu

PS. XCI

tpsmoignages à ce propos. Ils allèguent ce que disoit le Seigneur à Jérémie, Si Moyse et Samuel esloyent devant moy pour me supplier, mon cœur ne s'adonne point à ce peuple*. Et de cela ils forment leur argument ainsi : N'eust esté que Dieu eust voulu signifier que les morts prient pour les vivans, comment eust-il ainsi parié de Moyse et Samuel,' qui estoyent desjà morts ? Au contraire, j'argue en ceste sorte, Puis qu'il appert que Moyse et Samuel ne prioyent point lors pour le peuple d'Israël, que les morts ne font nulle prière pour les vivans. Car qui penserons-nous estre celuy d'entre les Saincts qui eust la solicitude pour le peuple, si Moyse ne s'en soucioit point : lequel a surmonté tous autres en humanité, boulé et solicitude paternelle ? Or on peut par les paroles du Prophète inférer, que lors il ne faisoit nulle requeste. Parquoy s'ils cherchent ces petites subtilitez, de conclurre que les morts prient pour les vivans, puis que Dieu a dit. Si Moyse et Samuel prioyent, j'auray une raison plus apparente, que 3Ioyse ne prioit point en l'extrême nécessité du peuple : duquel il est dit, S'il prioit, qu'il ne seroit point exaucé. Dont il est vraysemblable que nul autre ne prie, veu que 3Ioyse surmonte tous autres en bonté et clémence, Yoylà qu'ils proufitent en leurs cavillations d'estre navrez du glaive dont ils se pensoyent bien munis. Néantmoins c'est une mocquerie, de forcer ainsi ceste sentence outre son simple sens, veu que nostre Seigneur ne signifie autre chose, sinon qu'il ne pardonnera point à ce peuple, quand mesmes ils auroyent quelque 3Ioyse pour artvocat, ou quelque Samuel : pour les prières desquels il avoit jadis tant fait. Lequel sens se peut clairement déduire d'un autre semblable passage d'Ezéchiel : Si certes ces trois personnages, dit le Seigneur, Noé, Daniel et Job estoyent en la cité, ils ne délivreroyent ne fils ne fille par leur justice : mais leurs âmes tant seulement^. Où sans doute il a voulu dire, Si les deux estoyent ressuscitez, et vivoyent en la cité. Car le troisième, asçavoir Daniel, estoitencores

i) Jér. XV, 1.

2) Ezcch. XIV, 14, 16.

survivant : et on sçait bien (|ue lors estant encores en la fleur de son jeune aage, il estoit un exemple singulier de vraye piété. Laissons doncques à part ceux desquels l'Escriture tesmoigne ouvertement qu'ils ont achevé leurs cours.

Pourtant sainct Paul parlant de David, ne dit pas qu'il aide ses successeurs par prières, mais seulement qu'il a servi à son aage^

24 Ils répliquent derechef, en demandant si je veux leur oster toute affection d'amour : veu qu'en toute leur vie ils ont esté si ardens en dilection et piété. A cela je respon, que comme je ne veux point esplucher curieusement que c'est qu'ils font, ou à quoy ils pensent : aussi il n'est point vray-semblable qu'ils soyent agitez çà et là de divers désirs: mais est probable que d'une volonté arrestée ils cherchent le Royaume de Dieu, qui ne consiste point moins en la confusion des iniques qu'au salut des fidèles. Si cela est vray, il n'y a nulle doute que leur charité ne soit aussi enclose en la communion du corps de Christ, et qu'elle ne s'estend point plus loing que la nature d'icelle communion le porte. D'avantage, jà soit que nous concédions qu'ils prient en telle sorte pour nous : néantmoins il ne s'ensuyvra pas ne qu'ils quittent leur repos pour se distraire çà et là ; ayans soin des choses terrestres : et tant moins qu'ils doyvent estre pourtant invoquez.

Et ne se peut déduire cela, de ce que les hommes vivans sur la terre se recommandent aux oraisons les uns des autres : Car cela sert à entretenir la charité entre eux, quand ils se départissent ensemble leurs nécessitez, et les reçoyvent mutuellement sur eux. Ce qu'ils font mesmes du commandement de Dieu et ne sont point destituez des promesses, qui sont les deux points principaux en oraison.

Toutes ces raisons défaillent aux morts: avec lesquels le Seigneur ne nous a laissé nulle communication, quand il les a retirez de nostre compagnie : ny à eux aussi envers nous, entant qu'il est possible d'en conjecturer^. Et si quelqu'un prétend estre impossible qu'Us ne

1) Acl. Xni, 36.

2) Ecclés. IX, S, 6.

Page 1