‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 130 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX

sans la foy, nuls biens de Dieu ne nous sont sanclifiez. Pourtant David nous baille un bon enseignement, quand en ce qu'il a receu un nouveau bénélice de Dieu, il dit qu'un nouveau cantique luy a esté donné en la bouche*. En quoy il dénoie que nostre silence n'est pas sans ingratitude, si nous passons aucunes de ses grâces sans louange : veu que toutes fois et quantes qu'il nous fait du bien, il nous donne matière de le bénir. Conifiie aussi Isaïe publiant une grâce singulière de Dieu, exhorte les fidèles à chanter cantique nouveau et non accoustumé^. En (juel sens se doit prendre ce que David (lit aussi ailleurs : Seigneur, tu ouvriras mes lèvres , et ma bouche annoncera ta louange^ SemblablementEzéchias et Jonas protestent que la fin de leur délivrance sera de célébrer la bonté de Dieu au temple* : Laquelle reigle est généralement donnée à tous tidèles par David, Que rendray-je, dit-il, au Seigneur pour tout ce qu'il m'a eslargi? Je prendray le calice de salut, et invoqueray le nom de Dieu ^ Et aussi toute l'Eglise l'a suyvy, comme nous voyons en l'autre Pseaume, Seigneur, sauve-nous, afin que nous louions ton Nom, et nous glorifiions en ta louange ^ Item, Il a regardé aux prières du désolé, et n'a point mesprisé leurs requestes. Ceci sera escrit pour la postérité, et le peuple estant créé de nouveau, bénira le Seigneur : à ce que son Nom soit presché en Sion, et sa louange en Jérusalem''. 3Iesmes toutes fois et quantes que les fidèles supplient Dieu qu'il leur subviene à cause de son Nom : en protestant qu'ils sont indignes de rien obtenir en leur nom propre, ils s'obligent à luy en rendre grâces, et promettent d'user purement et droictement des bénéfices de Dieu, en les publiant à haute voix. En ceste façon Osée, parlant de la rédemption advenir de l'Eglise; 0 Dieu, dit-il, oste l'iniquité, et mets le bien audessus, et nous te rendrons les veaux de nos lèvres^ Et de faict, les bénéfices de Dieu non-seulement requièrent que nous l'honorions de bouche, mais naturelle-

0 Ps.XL, l. 2) Is. XLII.IO.

3) Ps. LI, 17. 4) Is.ïXXVllI, 20; Jon. II, 10.

b) Ps- CXVI. 12, 13 6) Ps. CVI. 47.

7) Ps. Cil, 18, 19, 22. 8) Osée XIV, 2.

ment nous induisent à l'aimer. J'aime le Seigneur, dit David, pource qu'il a ouy la voix de ma prière'. En un autre lieu racontant les secours qu'il avoit sentis, Je t'aimeray, ô Dieu ma force^. Car jamais aussi nulles louanges ne plairont à Dieu, si elles ne sourdent de ceste fontaine d'amour. Qui plus est, nous avons à observer ceste reigle de sainct Paul, que toutes requestes lesquelles ne tirent point avec elles action de grâces, sont perverses et vicieuses. Car voyci comme il parle : Que vos désirs soyent manifestez à Dieu en toute oraison et supplication avec action de grâces^. Car pource que plusieurs estans poussez et saisis de chagrin, fascherie, impatience, amertume de douleur et crainte, murmurent en priant et se despitent, notamment il adverlit les fidèles de réfréner tellement leurs passions, que devant qu'avoir obtenu ce qu'ils demandent, ils ne laissent point de bénir Dieu d'un cœur alaigre. Or si les prières et actions de grâces doy vent estre ainsi accomplies, combien plus y devonsnous estre adonnez, quand Dieu nous donne à jouir de nos désirs? Au reste, comme nous avons enseigné que nos prières, qui seroyent autrement pollues, sont consacrées par l'intercession de Jésus-Christ, aussi l'Apostre en commandant d'offrir sacrifices de louange par Jésus-Christ% nous advertit que nous n'avons point bouche assez nette ne digne pour célébrer le nom de Dieu, que moyennant la sacrificaturede Jésus-Christ. Dont je conclu que les hommes ont esté horriblement ensorcelez en la Papauté , où la plus grand'part s'esbahit quand Jésus- Christ est nommé Advocat. C'est la raison pourquoy sainct Paul commande de prier et rendre grâces sans intermission'. C'est, di-je, alin que nos désirs soyent eslevez à Dieu en toutes choses et en tous affaires, en tout temps et en tous lieux, avec la plus grande assiduité qu'il nous sera possible, pour attendre tout bien de luy, et luy en faire hommage : comme il nous donne argument continuel de le prier et louer.

1) Ps. CXVI, 1. 21 Ps. XVIII, 1, 2.

3) Phil. IV, 5. 4) Héb. XUI, 15.

5) 1 Thess. V, 17, 18.

20 Or de prier ainsi' continuellement, ' combien qu'il s'entende principalement d'un chacun en son particulier, toutesfois il appartient aussi aucunement aux oraisons publiques : combien qu'elles ne puissent estre continuelles, et qu'elles ne se peuvent ou doyvent faire que selon la police ordonnée du commun consentement de l'Eglise, comme on voit qu'il est bon de s'assembler. Et pourtant il y a heures certaines constituées, qui sont indifférentes quant à Dieu, mais nécessaires quant à l'usage des hommes :

afin qu'on ait esgard à la commodité de tous : et que, comme dit sainct Paul, tout se face en l'Eglise en bon ordre et concorde ^ Toutesfois cela n'empesche point qu'une chacune Eglise ne se doyve tousjours inciter à plus fréquent usage de prier, et singulièrement quand elle se voit pressée de quelque nécessité. Touchant de la persévérance, laquelle est aucunement prochaine à la continuation, nous aurons opportunité d'en dire en la fin. Or cela ne sert de rien pour maintenir la superstitieuse prolongation et répétition des prières, laquelle nous est défendue de nostre Seigneur^. Car il ne défend pas de persister en prières, ne d'y retourner, et longuement et souvent, et avec affection véhémente : mais il nous enseigne de ne nous point confier que nous contraignons Dieu à nous accorder nos demandes, en l'importunant par vaine loquacité, comme s'il se pouvoit fleschir par babil, à la façon des hommes. Car nous sçavons que les hypocrites, ne pensans point en eux-mesmes que c'est à Dieu qu'ils ont affaire, font leurs pompes aussi i)ien en priant qu'en quelque triomphe. Comme le Pharisien qui remercioit Dieu qu'il n'estoit point semblable aux autres, s'applaudissoit à la veue des hommes, comme s'il vouloit acquérir réputation de saincteté en se confessant redevable à Dieu. Ceste longueur de prier a aujourd'huy sa vogue en la Papauté, et procède de ceste mesme source : c'est que les uns en barbotant force Ave Maria, et réitérant cent fois un chapelet, perdent une partie du temps, les autres,

1) 1 Cor. XIV, iO.

2) Malth. VI, 7.

comme les chanoines et caffars, en ab bayant le parchemin jour et nuit, et barbotant leur bréviaire vendent leurs coquilles au peuple. Puis qu'une telle garrulité est pour se jouer avec Dieu comme avec un petit enfant, il ne nous faut esbahir si Jésus- Christ luy ferme la porte, à ce qu'elle n'ait point d'entrée en son Eglise, oii il ne se doit ouyr autres prières que cordiales, et d'une droicte intégrité. Il y a un second abus prochain à cestuy-là, lequel aussi Jésus-Christ condamne : asçavoir que les hypocrites pour mieux faire leurs monstres cherchent plusieurs tesmoins, et plustost se viendront planter en plein marché, que de ne se faire valoir en leurs prières afin d'en estre louez du monde. Puis que la fin d'oraison est, comme desjà devant a esté dit, que nos esprits soyent eslevez et tendus à Dieu, pour souhaiter sa gloire et confesser ses louanges, et pour luy demander secours en nos nécessitez, de ce nous pouvons cognoistre que le principal de l'oraison gist au cœur et en l'esprit, ou mesmes plustost, qu'oraison proprement n'est que ce désir intérieur, se convertissant et addressant à Dieu, qui cognoist les secrets des cœurs. Pourtant nostre Seigneur Jésus-Christ, quand il nous a voulu bailler une bonne reigle de faire oraison, il nous a commandé d'entrer en nostre chambre, et l'huis fermé, de prier là en secret nostre Père céleste : atin que luy, qui voit et pénètre tous les secrets, nous exauce ^ Car après nous avoir retiré de l'exemple des hypocrites, qui par une monstre ambitieuse de prières cherchent d'estre glorifiez et favorisez du peuple, il adjouste et enseigne conséquemment ce qu'il faut faire : c'est asçavoir, entrer en la chambre, et y prier à porte fermée. Par lesquelles paroles, comme je l'enten, il nous instruit de chercher telle retraitte, qui nous aide d'entrer en nostre cœur de toute nostre pensée.; nous promettant qu'à telles intérieures affections de nostre cœur nous aurons Dieu prochain, duquel nos corps doyvent estre les vrays temples. Car par cela il n'a pas voulu nier qu'il ne soit

1) Malth. VI, 6.

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