LIVRE m, CHAPITRE XXL
il nous exauce d'une façon admirable, ei monstre que nous ne l'avons pas requis on vain. Et c'est ce qu'a entendu saincl Jehan, en disant, Si nous cognoissoiis qu'il nous oit, quand nous luy avons demandé quelque chose, nous cognoissons que nous avons obtenu les requestesque nous luy avons demandées*. 11 semble que ce soit une superfluité de paroles bien froide, mais c'est une déclaraiion bien utile pour nous advertir, encores que Dieu ne nous complaise et ne nous gratilie pas en nos souhaits, qu'il ne laisse pas de nous eslre humain et propice : en sorte que nosire espérance s'appuyant sur sa parole, ne sera jamais frustrée. Il est tant besoin et nécessaire aux fidèles de se sousienir par ceste patience, que rien plus. Car ils ne dureroyent point, s'ils ne s'appuyoyent sur icelle. Car le Seigneur n'use point de
légère expérience pour esprouver les siens : et non-seulement les exerce assez rudement, mais les rédige souventesfois en toutes extrêmes nécessitez : et les y laisse bien longuement, devant qu'il leur donne goust et saveur de sa douceur. Et comme dit Anne, devant que vivili( r il mortifie : devant que mettre en vie, il déjeite aux enfers K Que pourroyent-ils, es'ans ainsi îiffligez, désolez et desjà denii-morts, sinon perdre tout courage, et tomber en désespoir , n'estoit que ceste pensée les relevasl : c'est qu'ils sont regardez de Dieu, et qu'ils auront bonne issue de tout ce que présentement ils souffrent et endurent? Toutesfois combien qu'ils s'appuyent sur ceste asseurance, si ne laissent-ils point de prier : d'autant que s'il n'y a en nostre prière constance de persévérer, nostre oraison ne proufite de rien.