CHAPITRE XXIII
La réfutation des calomnies, desquelles on a iousjours à tort blasmé ceste doctrine.
1 Or quand l'entendement humain oit ces choses, son intempérance ne se peut tenir de faire troubles et esmotions, comme si une trompette avoit sonné à l'assaut. Yci plusieurs faisans semblant de maintenir l'honneur de Dieu, à ce qu'il ne soit point chargé à tort, confessent bien l'élection : et ce pendant nient qu'aucuns soyent réprouvez. Or cela est trop sot et puérile : veu que l'élection ne consisteroit point, si elle n'estoit mise à l'opposite de la réprobation. Il est dit que Dieu sépare ceux qu'il adopte à salut : ce sera doncques une sottise trop lourde, de dire que ceux qui ne sont point esleiis, oblienent par cas fortuit, ou acquièrent par leur industrie ce qui n'est donné d'en haut qu'à peu de gens. Ainsi, ceux que Dieu laisse en eslisant, il les réprouve : et non pour autre cause, sinc^ qu'il les veut exclurre de l'héritage lequel il a prédes-
1) Jean X, 26 ; Is. VIH, 18 ; LIY, 13.
2) Rom. IX, 13.
tiné à ses enfans. Au reste, l'audace des hommes n'est point supportable, si elle ne souffre d'estre bridée par la Parole de Dieu, quand il est question de son conseil incompréhensible, lequel mesmes les Anges adorent. Or nous avons ouy n'aguères, que l'endurcissement est aussi bien en la main et liberté de Dieu , que la miséricorde. Et de faict, nous avons aussi veu que sainct Paul ne se tormenle pas comme ces froids docteurs, d'excuser Dieu par mensonge : seulement il remonstre qu'il n'est pas licite à un pot de terre de plaider contre celuy qui l'a formé^. D'avantage, ceux qui ne peuvent porter que Dieu en réprouve aucuns, comment se desvelopperont-ils de ceste sentence de Christ? Tout arbre ^ue mon Père n'aura point planté sera arraché'?
Ils oyent que tous ceux que le Père n'a daigné planter en son champ comme ar-
1) Rom. IX, 18.
3) Mailh. XV, 13.
2) Rom. IX. 20, 21.