‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 155 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXIII

quitc nous en soit incognue , elle est néantmoins trèscertaine, dont nous concluons qu'ils n'endurent nulle peine, laquelle ne leur soit imposée par le jugement de Dieu trèsjuste. Nous enseignons aussi, que c'est perversément fait à eux de vouloir entrer aux secrets de Dieu ausquels on ne peut atteindre pour chercher l'origine de leur damnation, et laisser derrière la corruption de leur nature, dont elle procède à la vérité. Or que ceste corruption ne doyve estre imputée à Dieu, il appert de ce qu'il a rendu l)on tesmoignage à sa création. Car combien que par la providence éternelle de Dieu, l'homme a esté créé pour venir en ceste misère en laquelle il est, il a néantmoins prins la matière d'icelle de soymesme, et non pas de Dieu. Car il n'est péri pour autre cause, sinon pource qu'il a dégénéré de la pure nature que Dieu luy avoit donnée, en perversité.

10 Les adversaires de Dieu ont encores une autre absurdité pour difTanier sa prédestination. Car comme ainsi soit qu'en parlant de ceux que nostre Seigneur retire de la condition universelle des hommes, pour les faire héritiers de son Royaume, nous n'assignions point d'autre cause de cela que son bon plaisir, ils infèrent qu'il y a doncques acception de personnes envers Dieu : ce que l'Escriture nie par tout; pourtant ou qu'il faut dire que l'Escriture se contrarie, ou que Dieu regarde les mérites de ceux qu'il eslit. Premièrement ce que dit l'Escriture, que Dieu n'a point acception de personnes, c'est en autre sens qu'ils ne le prenent. Car par ce vocable de Personnes, elle ne signifie pas l'homme, mais les choses qui apparoissent à l'œil en l'homme, pour luy acquérir faveur, grcâce, dignité, ou au contraire haine, contemnemenl ou dilfame : comme sont richesses, crédit, noblesse, offices honorables, pays, beauté de corps, et choses semblables : ou l)ien povreté, ignobilité, d'estre sans crédit, sans honneur, etc. En telle manière sainct Pierre et sainct Paul remonstrent que Dieu n'est point acceptateur de personnes \ pource qu'il ne

1) Act. X, 3V ; Rom. II, 11 ; G,»l. II, 6.

discerne point entre le Grec et le Juif pour en avoir l'un agréable et rejetter l'autre, seulement à cause de la nation. Sainct Jaques use de mesmes paroles quand il dit que Dieu en son jugement n'estime rien les richesses *. Sainct Paul aussi en un autre lieu en use, voulant monstrer que Dieu ne met point de différence entre maistre et serviteur ayant à juger l'un et l'autre*. Parquoy il n'y aura nulle répugnance, dédire, que Dieu eslit ceux que bon luy semble par son bon plaisir, sans aucun mérite, en réprouvant et rejettant les autres. Toutesfois pour satisfaire plus plenement nous exposerons ainsi la chose. Ils demandent comment cela se fait, que de deux hommes qui ne diffèrent rien en mérites, Dieu en laissel'un derrière, et choisit l'autre^. Je leur demande d'autre pari, si en celuy qui est esleu ils pensent qu'il y ait quelque chose pour encliner le cœur de Dieu à l'aimer. S'ils confessent qu'il n'y a rien, comme il est nécessaire, il s'cnsuyvra que Dieu ne regarde point l'homme, mais qu'il prend de sa bonté matière de luy bien faire. Pourtant ce que Dieu en eslit l'un, en rejettant l'autre, cela ne vient point du regard de l'homme, mais de sa seule miséricorde : à laquelle il doit estre libre de se monstrer où bon luy semble, et quand bon luy semble. Mesmes aussi nous avons desjà veu que Dieu du commencement n'a pas esleu beaucoup de nobles, sages, ou riches et excellens '', alin d'humilier l'orgueil de la chair : tant s'en faut que sa faveur ait esté attachée à quelque apparence.

M C'est doncques faussement et meschamraent qu'aucuns accusent Dieu d'inéqualité de justice : pource qu'en sa prédestination il ne fait pas tout un à tous hommes. Si Dieu, disent-ils,* trouve tous homiiies coulpables, qu'il les puiiisse tous égualement : S'il les trouve innocens, qu'il s'abstiene de rigueur envers tous. Mais ils traittentDieu comme s'il luy estoit interdit de faire miséricorde : ou bien quand il la veut faire, qu'il fust contraint de renoncer du tout à son juge-

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