V. jHCq. II, 5. 2) Col. III, 23 ; Eplios. VI
3) Vide Augusl., Ad Bon., lib. II, cap. VU.
4) 1 Cor. I, 26.
INSTITUTION CITRESTIENNE.
ment. Car qu'est-ce autre chose qu'ils demandent, en voulant que si tous ont offensé, ils soyent tous punis également? Nous confessons l'off'ense estre universelle : mais nous disons que la miséricorde de Dieu subvient à d'aucuns.
Qu'elle subviene doncques à tous, disent-ils. Mais nous répliquons, que c'est bien raison qu'il se monstre aussi juste Juge en punissant. Quand ils ne veulent endurer cela, ne s'etforcent-ils point d'oster à Dieu la faculté de faire miséricorde : ou bien de luy permettre seulement à telle condition, qu'il se desmette de faire jugement? Pourtant ces sentences de sainct Augustin convienent trèsbien : Comme ainsi soit, dit-il, que la masse universelle du genre humain soit tombée en condamnation en Adam, les hommes qui sont prins pour estre mis en honneur, ne sont pas instrumens de leur propre justice : mais de la miséricorde de Dieu. Comme des autres qui sont mis en opprobre, il n'en faut rien assigner sinon à son jugement, sans le rédarguer d'iniquité *. Ilem, Ce que Dieu rend à ceux qu'il a réprouvez, la punition qui leur estoit deue : et à ceux qu'il a esleus, donne la grâce qui ne leur estoit point deue : cela peut estre monstre équitable et irrépréhensible par la similitude d'un créditeur, auquel il est loisible de remettre sa debie à l'un, et la demander de l'autre. Le Seigneur doncques peut aussi bien donner grâce à qui il veut, pource qu'il est miséricordieux : et ne la donner pas à tous, pource qu'il est juste Juge. Et donnant à aucuns ce qu'ils ne méritent point, il peut démonstrer sa grâce gratuite : en ne le donnant point à tous, démonstrer ce que tous méritent.
Car sainct Paul en escrivant que Dieu a enclos tous sous péché, afin de faire miséricorde à tous, ne faut quant et quant d'adjouster, qu'il "ne doit rien à personne, pource que nul ne luy a rien apporté pour luy en demander récompense^.
12 Les adversaires de la vérité usent encores d'une autre calomnie, pour renverser la prédestination : c'est que quand elle est establie, toute solicitude et cure
1) Epist. CVI; De praedr.st.et grat.: De bnno p^rsiv., C»p. Xn. 2) Roui. XI, 32, 35.
de bien vivre est abatue. Car qui sera celuy, disent-ils, lequel oyant que la mort ou la vie luy est desjà décrétée par le conseil immuable de Dieu, n'ait incontinent ceste pensée en l'entendement, qu'il ne peut chaloir comment il vive, veu que la prédestination de Dieu ne peut estre empeschée ny advancée par ses œuvres ?
Ainsi chacun s'abandonnera, et se laissera transporter désordonnément par tout où sa cupidité le mènera. Ceste allégation n'est point du tout fausse : car il y a d'aucuns porceaux qui souillent la prédestination de Dieu de tels blasphèmes : et sous ceste couverture se mocquent de toutes admonitions et remonstrances : Dieu sçait bien ce qu'il a délibéré de faire une fois de nous. S'il a déterminé de nous sauver, il nous conduira à salut en son temps : s'il a déterminé de nous damner, nous nous tormenterions en vain pour nous sauver.
Mais l'Escriture en remonstrant combien nous devons en plus grande révérence et crainte penser de ce mystère, instruit les enfans de Dieu à un sens bien divers, et condamne la meschante audace et rage de telle manière de gens : car elle ne nous parle pas de la prédestination, pour nous faire enfler de témérité, ou pour nous inciter à esplucher par une hardiesse illicite les secrets inaccessibles de Dieu : mais plustost à ce qu'en humilité et modestie nous apprenions de craindre son jugement, et magnifier sa miséricorde ; pourtant tous fidèles tendront à ce but. Le grondement de ces porceaux est bien rabatu par sainct Paul. Ils disent qu'ils ne se soucient de vivre dissoluement, à cause que s'ils sont du nombre des esleus, leurs vices ne les empescheront point de parvenir à salut : mais au contraire, sainct Paul enseigne que la fin de nostre élection est, à ce que nous menions vie saincte et irrépréhensible ^ Si le but de nostre élection est, de sainctement vivre : elle nous doit plustost pousser et stimuler à méditer saincteté , qu'à chercher couverture de nonchalance. Car combien ces deux choses sontelles différentes? ne se soucier de bien
i) Ephés. 1, 4. •