‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 161 sur 346 · LIVRE 111, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE XXIV

nuement sans son Fils. Christ doncques est comme un miroir, auquel il convient contempler noslre élection , et auquel nous la contemplerons sans tromperie.

Car puis qu'il est celuy auquel le Père céleste a proposé d'incorporer ceux qu'il a voulu de toute éternité estre siens, afin d'advouer pour ses enfans tous ceux qu'il recognoistroit estre membres d'iceluy, nous avons un tesmoignage assez ferme et évident que nous sommes escrits au livre de vie, si nous communiquons à Christ. Or il s'est suffisamment commuuniqué à nous, quand par la prédication de l'Evangile il nous a testifié qu'il nous est donné du Père, afin d'estre nostre avec tous ses biens. Il est dit que nous le vestons, et que nous sommes unis à luy pour vivre, d'autant qu'il vit. Ceste sentence est souvent répétée, que le Père céleste n'a point cspargné son Fils unique -, afin que quiconques croira en luy ne périsse point ^. 11 est dit aussi que quiconques croit en luy, est passé de mort à vie'. Selon lequel sens il s'appelle le pain de vie, duquel quiconques mangera, ne mourra jamais *. Il nous est, di-je, tesmoin, que tous ceux desquels il sera receu en vraye foy, seront tenus du Père céleste pour ses enfans. Si nous désirons quelque chose plus , que d'estre enfans et héritiers de Dieu, nous pouvons bien monter plus haut que Christ. Mais si c'est là nostre dernière borne, n'est-ce point enrager du tout de chercher hors Christ ce que nous avons desjà obtenu en luy, et ne se peut trouver qu'en luy seul ? D'avantage, puis qu'il est la sagesse éternelle du Père , la vérité immuable , le conseil arresté, il ne faut craindre que ce qu'il nous déclaire par sa bouche, puisse le moins du monde varier de la volonté du Père, laquelle nous cherchons. Mais plustost il nous la manifeste fidèlement telle qu'elle a esté du commencement, et doit estre tousjours. La pratique de ceste doctrine doit avoir sa vigueur mesmes en nos prières. Car combien que la foy de nostre élection nous donne courage d'invoquer Dieu, toutesfois ce seroit une spé-

culation esgarée quand il nous faut former nos requesles, mettre ceci en avant, Mon Dieu, si je suis esleu, exaucemoy. Plustost il veut que ses promesses nous contentent, sans que nous cherchions ailleurs s'il nous sera favorable ou non. Ceste discrétion nous despestrera de beaucoup de liens, quand nous sçaurons appliquer ce qui est escrit à son droicl usage, et que nous ne le tirerons point çà et là inconsidérément et à la volée.

6 Cela fait aussi grandement à establir noslre fiance, que la fermeté de nostre élection est conjoincte à nostre vocation. Car ceux que Christ a illuminez en sa cognoissance, et introduits en la compagnie de son Église, il est dit qu'il les reçoit en sa protection et tutelle. D'avantage, tous ceux qu'il reçoit, il est dit que le Père les luy a commis et donnez en garde, pour les conduire à vie éternelle ^ Que voulons-nous plus ? Le Seigneur Jésus crie à haute voix, que le Père luy a donné en sa protection tous ceux qu'il vouloit estre sauvez *. Pourtant , quand nous voulons sçavoir si Dieu a noslre salut en recommandation, cherchons s'il l'a recommandé à Christ, lequel il a constitué gardien unique de tous les siens. Si nous doutons asçavoir si Christ nous a receus en sa tutelle et sauvegarde , il vient au-devant de ceste doute, quand il se présente pour Pasteur : et déclaire qu'il nous aura au nombre de ses brebis, si nous escoutons sa voix '. Recevons donc Christ, puis qu'il s'expose à nous tant bénignement, et vient au-devant pour nous recevoir.

Il n'y a point de doute qu'il nous tiendra en son troupeau, et nous gardera en son bercail. Mais quelqu'un dira qu'il nous faut soucier de ce qui nous peut advenir : et quand nous pensons au temps futur, que nostre imbécillité nous admoneste d'estre en solicitude. Car comme sainct Paul dit que Dieu appelle ceux qu'il a esleus*, aussi le Seigneur Jésus dit, qu'il y en a plusieurs d'appelez, et peu d'esleus^. Sainct Paul aussi bien nous désenhortc

1) Rom. Vni, 3i.

3) Jean V, 24.

2) Jean 111, 16.

4) Jean YI, 3b, I

i) Jean VI, 37, 39.

3) Jean X, 3, 16.

S) Mallh. XXU, 14.

2) Jean XVII, 6, 12.

4) Rom. VIII, 30.

en un autre lieu, d'estre en sécurité : Que celuy, dit-il, qui est debout, se garde de tomber ^ Item , Es-tu incorporé en l'Eglise de Dieu? Ne t'enorgueilly point, mais crain ^ : car le Seigneur t'en peut retrancher, pour en mettre un autre en ton lieu. Finalement, l'expérience nous monstre que la foy et la vocation n'est guères, sinon que la persévérance soit conjûincte, laquelle n'est pas donnée à tous. Je respon que Christ nous a délivrez de ceste perplexité. Car il n'y a doute que ces promesses n'appartienent au temps futur. Tout ce que le Père me donne, vient à moy : et ce qui sera venu à moy, je ne le jetteray point dehors. Item, Ceste est la volonté de mon Père , que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné : mais que je ressuscite tout au dernier jour^ Item, mes ouailles escoutent ma voix, et me suyvent. Je les cognoy, et leur donne la vie éternelle , nul ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données , est plus fort que tous : parquoy nul ne les pourra ravir de sa main *. D'avantage, en prononçant que tout arbre que son Père n'aura point planté sera arraclié^: il signifie à l'opposite, qu'il ne se peut (aire que ceux qui ont vive racine en Dieu, soyent jamais arrachez. A quoy s'accorde le dire de sainct Jehan, S'ils eussent esté de nostre troupeau, jamais ne fussent sortis d'avec nous'^. Et voylà pourquoy sainct Paul s'ose glorifier d'une façon magnifiquci contre la vie et la mort, contre les choses présentes et à venir ''. En quoy on voit qu'il a esté asseuré du don de persévérance. Il n'y a doute aussi que luy-mesme n'addresse ceste sentence à tous les esleus, Celuy qui a commencé en vous l'œuvre de voslre salut, la parfera jusques au jour de Jésus-Christ*. Comme de faict, David estant esbranslé de grielves tentations, se repose sur cest appuy, Seigneur, tu ne délaisseras pas l'ouvrage de tes mains ^ Outreplus, c'est chose certaine que Jésus-Christ priant pour tous les esleus, demande pour eux ce

^) 1 Cor. X,I2.

3) Jean VI, 37, 39.

b) Matth.XV, 13.

7) Kora.VUI, 38.

9) Ps. CXXXVIII, 8.

2) Rom. XI, 20.

V) Jean X, 27.

6) 1 Jean 11, 19.

8) Phil. 1,6.

qu'il avoit demandé pour Pierre : c'est que leur foy ne défaille point*. Dont nous concluons qu'ils sont hors de danger de cheute mortelle : veu que le Fils de Dieu, ayant requis qu'ils demeurassent fermes, n'a point esté refusé. Qu'est-ce que nous a voulu icy apprendre Christ, sinon de nous acertener que nous aurons salut éternel, puis que nous avons une fois esté faits siens?

7 On répliquera, qu'il advient de jour en jour que ceux qui senibloyent advis estre à Christ, défaillent et trébuschent. Mesraes au lieu où il dit, que nul de ceux qui luy avoyent esté donnez du Père, n'est péri, il excepte le fils de perdition ^. Cela est bien vray : mais il est certain d'autre part, que telle manière de gens n'ont jamais adhéré à Christ d'une telle fiance de cœur, par laquelle nous disons que nostre élection nous est certifiée. Iceux sont sortis de nous, dit sainct Jehan, mais ils n'estoyent point des nostres. Car s'ils en eussent esté, ils fussent demeurez avec nous^. Je ne nie pas qu'ils n'ayent des signes semblables avec les esleus : mais je ne leur concède pas ce fondement certain de leur élection, que les fidèles doyvent prendre selon mon dire, de la parole de l'Evangile. Pourtant* que ces exemples ne nous troublent point, que nous ne nous tenions seurement en ces promesses du Seigneur Jésus, où il prononce que le Père luy a donné tous ceux desquels il est receu en vraye foy : et que nul de leur nombre ne périra, puis qu'il en est le gardien et protecteur*. Il sera parlé ailleurs de Judas. Quand est de sainct Paul, il ne nous défend pas simplement toute sécurité, mais une nonchalance charnelle, laquelle tire avec soy orgueil, outrecuidance, et contemnement des autres : esteigne humilité et révérence de Dieu, et induise en oubliance de ses grâces. Car en ce passage-là il parle aux Gentils, ausquels il remonstre qu'ils ne doyvent point fièrement et inhumainement insulter aux Juifs, pource qu'ils avoyent esté substituez en leur lieu, dont les autres avoyent esté déboutez. Pareillement, il ne requiert

OLuc XXII, 32.

3) 1 Jean U, (9.

2) Jean XVII, 12.

4) Jean III, 16 ; VI, 39.

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