‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 166 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXV

avons desjà amenée suffise: c'csi combien que la volonté de Dieu soit diverse quant il nosire sens, que toutesfois il ne veut pas ceci et cela en soy, mais seulement rendre nos sens estonnez de la variété de sa sagesse (comme sainct Paul en parle •), jusques ù ce qu'il nous soit donné de comprendre au dernier jour, comment il veut d'une façon admiraJjle ce qui sem- ])le aujourd'liuy eslre contraire à son vouloir. Ils ameinent aussi des cavillations indignes de response: Puis que Dieu est Père de tous, ce n'est pas raison qu'il en déshérite nuls, sinon ceux qui de leur propre coulpe se sont desjà rendus indignes de salut. Voire, comme si la libéralité de Dieu ne s'estendoit pas jusques aux chiens et aux pourceaux. S'il est question du genre humain, qu'ils me respondent pourquoy Dieu s'est voulu allier à un seul peuple pour luy estre Père, laissant les autres derrière : et pourquoy de ce peuple-là qu'il avoit choisi, il en a seulement réservé un petit nombre à soy comme la fleur. Mais l'appétit enragé de mesdire qui incite ces vileins, les empesche qu'ils ne peuvent considérer ce que tout le monde voit : asçavoir que Dieu fait tellement luire chacun jour son soleil sur les bons et sur les mauvais^, que cependant il réserve l'héritage éternel au petit troupeau de ses esleus, ausquels il sera dit, Venez bénits de mon Père, possédez le royaume qui vous a esté appresté devant la création du monde ^. Ils objec-

tent plus outre, que Dieu ne hait rien de ce qu'il a fait. Ce que je leur puis accorder sans préjudicier à ce que j'enseigne : asçavoir, que les réprouvez sont hays de Dieu, voire à bon droict : pource qu'eslans destituez de son Esprit ils ne peuvent apporter que cause de malédiction.

Ils se servent aussi trop sottement de ce propos que la grâce de Dieu est indifféremment commune à tous, d'autant qu'il n'y a nulle diversité entre le Juif et le Gentil. Ce que je leur accorde, derechef, moyennant que ce soit selon que sainct Paul le déclaire , asçavoir que Dieu appelle tant des Juifs que des Payens * ceux que bon luy semble, sans eslre obligé à nul. Par ceci est aussi bien rabatu ce qu'ils allèguent, que Dieu a tout enclos sous péché, afin d'avoir pitié de tous ^. Ouy bien, pource qu'il veut que le salut de tous soii attribué à sa miséricorde : combien qu'un tel bénéfice n'est pas commun à tous. Or quand on aura amené beaucoup de raisons, et débatu d'un costé et d'autre, si nous faut-il venir à ceste conclusion, d'estre ravis en estonnement avec sainct Paul : et si les langues desbordées jettent leurs brocars à rencontre, que nous n'ayons point honte de nous escrier , 0 homme , qui es-tu, pour plaider contre Dieu*? Car sainct Augustin dit bien vray, que ceux qui mesurent la justice de Dieu à la proportion de celle des hommes , font trop perversement *.

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