‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 169 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXV

faut esbahir si après avoir esté tant et plus convaincus, ils sont privez tant de la présence de Jésus-Christ, que de tous autres signes. Le sépulclire est cacheté, les gardes y font le guet, le corps ne se trouve point le troisième jour, les gendarmes estans corrompus par argent sèment le bruit qu'il a esté desrobé par ses disciples ^ Voire comme s'ils eussent eu moyen d'amasser quelque grosse bande, ou qu'ils fussent garnis d'armes, ou qu'ils fussent exercez à oser attenter un tel acte. Que si les gendarmes n'estoyent assez hardis pour les rebouter et chasser, que ne les poursuyvoyent-ils, alin d'estre secourus du peuple pour les prendre? Ainsi, à parler proprement, Pilate a scellé de son cachet la résurrection de Jésus-Christ : et les gardes qui avoyent esté establis au sépulchre, en se taisant ou en mentant ont esté faits héraux à publier la résurrection. Ce pendant la voix des Anges a retenty haut et clair, Il est ressuscité, il n'est plus yci^. La splendeur qui a reluy en eux a monstre clairement que c'estoyent Anges, non pas hommes mortels. Finalement, s'il y avoit encores quelque queue de doute, Jésus-Christ mesme l'a ostée. Les disciples l'ont veu, et non pas pour un coup. Ils ont manié ses pieds et ses mains * : et leur incrédulité a grandement servy à confermer nostre foy. Il leur a familièrement parlé des secrets du royaume de Dieu *. Finalement ils l'ont veu de leurs propres yeux monter au ciel. Et nonseulement les onze Apostres ont esté introduits à un tel spectacle, mais il a esté veu pour un coup de plus de cinq cens frères^. Outreplus, envoyant le sainct Esprit, il a donné certaine approbation non-seulement de sa vie, mais aussi de son empire souverain : comme il avoit prédit. Il vous est expédient que je m'en aille, autrement le sainct Esprit ne viendra point ^ Finalement, sainct Paul n'a pas esté abatu au chemin de Damas par la vertu d'un trespassé: mais a sentyque celuy contre lequel il combatoit, estoit

1) Mallli. XXVn, I

2) Luc XXIV, 6.

4) Ad. 1, 3, 9.

6) Jean XVI, 7.

XXVIII, II, elc.

3j Luc XXIV, 39.

5) 1 Cor. XV, 6.

armé de puissance souveraine *. Il est apparu à sainct Estienne à autre fin * : c'est pour luy faire vaincre la crainte de mort par la certitude de sa vie. De ne vouloir adjouster foy à tant de tesmoignages et si authentiques, ce ne seroit pas seulement incrédulité, mais une obstination perverse, voire du tout furieuse. 4 Ce que nous avons dit, que pour estre cerlillez de la résurrection il nous convient appliquer nos sens à la puissance infinie de Dieu, sainct Paul le diclaire en peu de mots, disant que nous espérons qu'il transfigurera nos corps contemptibles à son corps glorieux, selon l'efficace de sa vertu, par laquelle il se peut assujetir toutes choses^. Et pourtant ce n'est pas raison de regarder yci ce qui se peut naturellement faire : veu qu'il est question d'un miracle qui engloutit par l'excellence de sa grandeur tous nos sens. Toutesfois sainct Paul use d'un exemple naturel pour rédarguer la besiise de ceux qui nient la résurrection : Fol, dit-il, ce que tu sèmes ne cueille point de vigueur, sinon qu'il soit mort au paravant '*. Il veut que nous contemplions l'image de la résurrection en la semence, laquelle se produit de pourriture. Et de faict, la chose ne nous seroit pas si difficile à croire, si nous estions attentifs comme il seroit requis, à tant de miracles qui se présentent à nos yeux par toutes les régions du monde.

Au reste, notons bien que nul ne sera jamais vrayement persuadé de la résurrection à venir, sinon qu'estans ravy en admiration, il donne à la vertu de Dieu la gloire qu'elle mérite. Parquoy Isaïe estant animé de telle fiance s'escrie, Tes morts vivront, ils ressusciteront, voire mon corps pourry. Esveillez-vous et bénissez Dieu, vous qui habitez en la poudre ^ Les choses estans désespérées tout à l'entour, il s'addresse à l'aulheur de vie, lequel a en sa main les issues de mort, comme il est dit au Pseaume ^.

Job aussi estant plus semblable à une povrecharongne qu'à un homme, toutesfois s'appuyant sur la puissance de Dieu

1) Act. IX, 4.

3) Phil. m, 21.

5) Is.XXVI, 19.

2) Acl. vu, 5S.

4) 1 Cor. XV, 3G.

6) Ps. LXVIII, 21.

ne doute point, comme s'il estoiten plene et entière vigueur, se remettre à ce jourlà, Je sçay, dit-il, que mon rédempteur vit, et qu'au dernier jour il se lèvera sur la poudre (asçavoir pour y desployer sa vertu) et que derechef je seray vestu de ma peau, et verray Dieu en ma cliair.

Je le verray, et non autres Car combien qu'aucuns destournent ces passages plus subiilement, comme s'ils ne devoyent point estre entendus de la résurrection : quoy qu'ils disent, ils conferment ce qu'ils veulent ruiner : d'autant que les saincts ne cherchent meilleur allégement en leurs fascheries, que de la similitude de la résurrection. Ce qui sera encores mieux entendu par le passage d'Ezéchiel, Car pource que les Juifs ne pouvoyent accepter la promesse de leur retour, mais objectoyent à rencontre, qu'il n'estoit non plus vray-semblable que le chemin leur feust ouvert, que de faire sortir les morts du sépulchre : une vision est donnée au Prophète, c'est qu'il y a un champ plein d'os tout secs, ausquels Dieu commande de reprendre chair, peau et nerfs ^ Combien que Dieu.sous ceste ligure incite son peuple à bien espérer de sa rédemption, toutesfois il prend l'argument d'espérance, de ce que son office est de ressusciter les morts : comme aussi ce nous est le souverain patron de toutes les délivrances que les fidèles reçoyvent au monde. Pourtant Jésus-Christ après avoir dit que la parole de l'Evangile a force de vivifier : d'autant que les Juifs rejettoyent cela bienloing,adjouste tantost après. Ne vous esbahissez pas de cela : car l'heure vient en laquelle tous ceux qui sont es sépulchres, orront la voix du Fils de Dieu, et en sortiront ^ Commençons doncques à l'exemple de sainct Paul, de triompher desjà au milieu de nos combats d'aulant que celuy qui nous a promis la vie à venir, est puissant pour garder nostre dépost'^. Et ainsi, glorilions-nous hardiment que la couronne de justice, laquelle le juste Juge nous rendra, nous est apprestée^Parce moyen toutes les fascheries que nous

1) Job XIX, 23.

3) Jean V, 23, 2£ ï>) 2 Tim, lY, 8.

2) Ezéch.XXXVn, !.) 2 Tira. 1,12.

avons à endurer, nous serviront de miroir pour contempler une meilleure vie : pource qu'il convient à la nature de Dieu, de rendre la pareille aux iniques qui nous molestent : et à nous qui sommes injustement affligez, nous donner repos en la manifestation de Jésus-Christ, quand il viendra avec les Anges de sa vertu en feu flamboyant^ Mais retenons aussi ce qui est incontinent après dit, qu'il viendra pour estre glorifié en ses saincts, et rendu admirable en tous ceux qui auront creu pource qu'on aura adjousté foy à l'Evangile.

5 Or combien que les esprits des hommes se deussent du tout appliquera ceci, et en faire estude continuelle, toutesfois comme si de propos délibéré ils vouloyent abolir toute mémoire de résurrection, ils ont appelé la mort, Le défmement de toutes choses, et l'abolition de l'homme. Car de faict, quand Solomon dit, qu'un chien vif est meilleur qu'un lion mort ^, il parle de l'opinion communément receue. Comme en l'autre passage, Qui sçait si l'âme de l'homme monte en haut, et l'âme d'une beste descend en bas^? Or ceste stupidité brutale a eu sa vogue en tout temps : et mesmes a trouvé entrée en l'Eglise, quand les Sadducéens n'ont point eu honte de maintenir publiquement qu'il n'y avoit nulle résurrection, et que les âmes estoyent mortelles ^ Mais afin que ceste lourde ignorance ne servist d'excuse aux infidèles, ils ont esté tousjours incitez par un mouvement naturel de se mettre quelque image de la résurrection devant les yeux. Car à quoy tendoit l'observation d'ensevelir les morts, tant sacrée et inviolable, sinon pour estre arre d'unenouvelleviePEt ne peut-on répliquer que cela soit venu d'erreur ou de vaine fantasie, veu que le mesme a esté gardé en grande saincteté entre les Pères, voire de tout temps. Et Dieu a voulu que ceste coustume demeurast entre les Payens, afin que ce leur fust un mémorial et remembrance de la résurrection, pour esveiller leur tardiveté. Or combien que ceste cérémonie ne leur ait lors rien proufité, et

1) 2 Thess. I, 6-8. 2) Ecclés. IX, 4.

3) Ecclés. 111, 21.

4) Marc Xll, 18 ; Luc XX, 27 ; Acl. XXm, 8.

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