LIVRE m, CHAPITRE XXV
n'est pas raisonnable que la chair, laquelle est souillée d'imniondieilé, ressuscite; voire comme s'il n'y avoit nulle sûuiileure aux âmes, lesquelles loulesfois ils confessoyent devoir estre participantes du salut éternel. C'est doncques autant comme s'ils eussent dit que ce qui est infecté des macules de péclié, ne peut estre purgé. Car de l'autre resverie infernale qu'ils ont tenue , c'est que les âmes sont naturellement pollues, pource qu'elles ont leur origine du diable : je n'en parle point, comme d'une chose trop brutale; seulement j'adverti, que tout ce que nous avons en nous indigne du ciel, n'empeschera point la résurrection, en laquelle tout sera réparé. Mesmes quand sainct Paul commande aux tidèles de se nettoyer de toute ordure de chair et d'esprit S le jugement qu'il dénonce ailleurs s'ensuyt quant et quant de là : asçavoir que chacun recevra loyer selon ce qu'il aura fait en son corps, soit bien soitmaP. A quoy s'accorde ce qu'il dit ailleurs, Afin que la vie de Jésus-Christ soit manifestée en nostre chair mortelle '■'. Pour laquelle raison il prie aussi bien que Dieu garde les corps entiers jusquesau jour de Jésus-Christ, comme les âmes et esprits*. Et n'est point de merveilles : veu que ce seroit chose trop absurde, que les corps, lesquels Dieu s'est dédiez pour temples^, tombassent en pourriture sans espérance de résurrection. Il y a encores plus, qu'ils sont membres de Jésus-Christ. Item, que Dieu veut et ordonne que toutes les parties luy en soyent sanctifiées. Item, qu'il requiert que son nom soit célébré par les langues, qu'on luy lève les mains pures au ciel ^ et qu'elles soyent instrumens pour luy offrir sacrifices. Puis que le Juge céleste fait un tel honneur à nos corps, quelle rage est-ce à un homme mortel de les réduire en poudre, sans espérance qu'ils doyvent estre restaurez? Pareillement sainct Paul, en nous exhortant de porter le Seigneur tant en nos corps qu'en nos âmes, d'autant que l'un et l'autre est à luy '', ne permet pas qu'on con-
1) 2 Cor. VU, 1. 2) 2 Cor. V, 10.
3) 2 Cor. IV, 10. U) | Thess. V, 23.
5) 1 Cor. m, 16 ; VF, 19. 6) 1 Tiui. II, 8. 7) 1 Cor. VI, 20.
damne à pourrir à jamais ce que Dieu s'est ainsi précieusement réservé. Et de faicl, il n'y a article si bien liquidé en l'Escriture que cestuy-ci : c'est que nous ressusciterons en la chair que nous portons. Il faut, dit sainct Paul, que ce corruptible-ci soit reveslu d'incorruplion ; et ce mortel-ci, d'immortalité ^ Si Dieu créoit des nouveaux corps, que deviendroit ce changement dont il parle? S'il eust dit qu'il nous faut estre renouvelez, la façon de parler ambiguë eust possible donné occasion de caviller : mais quand il monstre au doigt les corps dont nous sommes environnez, et leur promet incorruption, ce n'est pas à dire que Dieu nous en forge de nouveaux. Mesmes, comme dit Terlullien, il ne pouvoit plus expressément parler, s'il n'eust tenu sa peau à la main pour en faire monstre. On ne trouvera point aussi d'eschappatoire, enceque luy-mesme alléguant le Prophète Isaie, que Jésus-Christ sera Juge du monde, lécite ces mots, Je suis vivant, dit le Seigneur, et tout genouil se pioyera devant moy ^. Car il déclaire ouvertement que ceux-là mesmes ausquels il parle, seront appelez à rendre conte : ce qui ne conviendroit pas, si des autres corps nouvellement créez y comparoissoyent.il n'y a aussi nulle obscurcie au passage de Daniel, quand il dit, Plusieurs qui dorment en la poudre, seront ressuscitez :
les uns en vie permanente, les autres en opprobre éternel ^ Car il ne dit pas que Dieu prendra matière des quatre élémens, pour forger des corps nouveaux, mais qu'il les prendra des sépulchres, où ils auront esté mis. Et la raison est trop manifeste quant à cela. Car si la mort ayant son origine de la cheute de l'homme, est accidentale, la restauration acquise par Jésus -Christ appartient aux mesmes corps, qui sont devenus mortels par le péché. Et aussi de ce que les Athéniens se mocquent quand sainct Paul leur parle de la résurrection *, de là nous pouvons recueillir quelle en estoit sa doctrine : et pourtant ceste risée peut beaucoup valoir à confermer nostre foy. Pareillement la sentence de Jésus-Christ est
1) 1 Cor. XV, 53. 3) Dan.XlI, 2.
2) Rom. XIV, ll;ls. XLV, 23.
4) Ad. XVII, 32.
beaucoup à observer, quand il dit, Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme : mais craignez celuy qui peut jetter corps et âme en la géhenne du feu ^ Car il n'y auroit point cause de craindre cela, si le corps que nous portons à ceste heure, n'estoit sujet au supplice dont il parle. L'autre sentence n'est pas plus obscure, L'heure est venue, en laquelle tous ceux qui sont es sépulchres orront la voix du Fils de Dieu: et ceux qui auront bien fait, sortiront en résurrection de vie : et ceux qui auront mal fait, en condamnation ^. Dirons-nous que les âmes se reposent aux sépulchres, pour ouyr de lu au dernier jour la voix de Jésus-Christ? N'est-ce pas plustost à dire que les corps par son commandement reprendront la vigueur dont ils estoyent décheus. D'avantage, si Dieu nous donnoit d'autres corps, où seroit la conformité du chef avec les membres ? Christ est ressuscité: ace esté en se baslissant un corps nouveau? Mais plustost selon qu'il avoit prédit, Destruisez ce temple, et je le réédifleray en trois jours ^ Il a doncques prins derechef le corps mortel, duquel il s'estoit chargé. Car il ne nous eust guères proutité, qu'il y eust eu un autre corps substitué, et que celuy qui a esté offert en sacrifice de nostre purgation eust esté aboli. Car il nous faut bien retenir la conjonction et société dont traiiie l'Apostre : c'est que nous ressusciterons, puis que le Seigneur Jésus- Christ est ressuscité *. Comme aussi ce ne seroit pas raison que nostre chair, en laquelle nous portons la mortification de Jésus-Christ ^, fust privée de sa résurrection. Ce qui a esté aussi manifesté par exemple notable, quand luy ressuscitant plusieurs corps des saincts sont aussi sortis des sépulchres *. Car on ne peut nier que ce n'ait esté un préambule, ou plustost une arre de la résurrection dernière que nous attendons, comme au paravant les Pères avoyent semblable tesmoignage en Enoch et Elle, lesquels Tertullien dit estre assignez à la résurrection : d'autant que Dieu les ayant
1) Malth. X, 28.
3) Jean 11,19.
5) 2 Cor. IV, 10.
2) JeanV, 28,29.
4) 1 Cor. XV, 12.
6) Matlh. XXVII, 52
exemptez en corps et en âme de leur fragilité, les a prins en sa garde jusques alors.
8 J'ay honte d'employer tant de paroles en une chose si claire : mais je prie les lecteurs d'avoir patience avec moy, afm que les esprits pervers et hardis n'ayent nuls pertuis ne bresches à tromper les simples. Ces gens volages contre lesquels je dispute, mettent en avant la resverie de leur cerveau, qu'il y aura une création nouvelle de corps. De quelle raison sont-ils esmeus de le penser, sinon pource qu'il leur semble incroyable , qu'une charongne qui aura esté consumée de longtemps en pourriture, recouvre son estai premier. Ainsi la seule incrédulité leur est mère de ceste opinion : au contraire, le sainct Esprit nous exhorte par toute l'Escriture, d'espérer la résurrection de nostre chair. Pour ceste cause, comme sainct Paul tesmoigne, le Baptesme nous en est comme un seau ^ : la saincte Cène nous convie à une mesme fiance, quand nous prenons en la bouche les signes de la grâce spirituelle. Et de faict, l'exhortation de sainct Paul d'offrir nos membres pour armes en obéissance de justice^, seroit bien froide et maigre, si ce qu'il adjouste n'estoit conjoinct quant et quant : asçavoir que celuy qui a ressuscité Jésus-Christ, vivifiera aussi nos corps mortels ^ Car de quoy serviroit-il d'appliquer nos pieds et mains, yeux et langues au service de Dieu, s'ils n'estoyent participans du fruit et loyer? Ce que sainct Paul conferme ouvertement, disant que le corps ne doit point estre adonné à paillardise, mais au Seigneur ; et que le Seigneur est sur le corps, et que celuy qui a ressuscité Jésus-Christ, nous ressuscitera aussi par sa vertu. Ce qui s'ensuyt est encores plus clair, que nos corps sont temples du sainct Esprit, et membres de Christ''. Ce pendant nous voyons comme il conjoinct la résurrection avec la chasteté etsaincteté : comme un peu après il estend le pris de la rédemption jusques à nos corps. Et de faict, il n'y auroit nul propos que le corps de sainct Paul, auquel il a porté
1) Col. II, 12.
3) Rom. VIII, U.
2) Rom. VI, 19.
4) 1 Cor. VI, 13-15, 19.