‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 172 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXV

les marques de Jésus-Chrisl*, et auquel il l'a magnifiquement glorifié, fust privé du loyer de la couronne. Et voylà pourquoy il dit que nous attendons nostre Rédempteur des cieux, lequel transfigurera nos corps mesprisez en la gloire du sien ^ D'avantage, si ceste sentence est vraye, qu'il nous convient entrer au Royaume de Dieu par beaucoup d'afflictions ^ il n'est pas équitable de repousser de ceste entrée les corps que Dieu exerce sous la bannière de la croix, et lesquels il honore de victoire. Par ainsi jamais il n'y a eu doute entre les fidèles, qu'ils n'espérassent d'estre en la suyte de Jésus- Christ, lequel transfère à sa personne nos afflictions, pour monstrer qu'elles nous meinent à vie. Mesmes Dieu a confermé de cela les Pères anciens sous la Loy, par cérémonie visible. Car la façon d'ensevelir, comme nous avons veu, a servi à monstrer que les corps estoyent mis en repos pour attendre une vie meilleure. Ce qui a esté mesmes signifié par les onguens aromatiques, et autres figures d'immortalité, pour suppléera l'obscurité de la doctrine, ainsi que par les sacrifices et choses semblables. Car la superstition n'a pas engendré ceste coustume, veu que nous voyons le sainct Esprit insister aussi diligemment sur les sépultures, que sur les principaux mystères de nostre foy. Et Jésus-Christ prise ceste humanité d'ensevelir, comme chose digne d'estre en grande recommandation^: et non pour autre cause, sinon que par ce moyen les yeux sont destournez du sépulchre qui engloutit et abolit toutes choses, à un spectacle du renouvellement à venir. D'avantage, l'observation tant songneuse qu'en ont eue les Pères, et de laquelle ils sont louez, prouve bien que ce leur a esté une aide chère et précieuse pour nourrir leur foy. Car Abraham ne se fust pas si fort empesché d'avoir sépulchre pour sa femme ^, si la religion ne l'eust incité à cela, et qu'il se fust mis devant les yeux quelque utilité par-dessus le monde :

asçavoir qu'en ornant le corps de sa femme trespassée des enseignes et mar-

1) Gai. VI, 17.

3) Act. XIV, 22.

5) Gen. XXlil, 4, 19.

2) Pliil. III, 21.

V) 51,iUh. XXVI, 10.

(jues de la résurrection, il confermast la foy tant de luy (jue de sa famille. Il y en a encores une preuve plus évidente en l'exemple de Jacob, leiiuel pour testifier à ses successeurs que l'espérance de la terre promise ne luy estoit point esvanouye du cœur, mesmes en la mort commande que ses os y soyent transportez ^ Je vous prie, s'il eust deu estre revestu d'un nouveau corps au dernier jour, le commandement n'eust-il pas esté ridicule d'avoir soin d'une masse de poudre, qui devoit estre réduite à néant? Parquoy si l'Escriture a telle authorilé envers nous qu'elle mérite, il n'y aura nulle doctrine mieux approuvée (}ue ceste-ci. Qui plus est, les mots de Résurrection et de Ressusciter signifient cela, voire aux petis enfans : veu que nous ne dirons pas que ce qui est créé de nouveau, ressuscite; et autrement le dire de Jésus-Christ tomberoit bas. De tout ce que le Père m'a donné, rien ne périra : mais je le res^usciteray au dernier jour^. A quoy aussi tend le mot de Dormir, lequel ne se peut approprier qu'aux corps, dont aussi est venu le mot de Cimetière, qui vaut autant comme dormitoire. Il reste que je touche aucunement de la manière de ressusciter. Notamment je préten d'en donner quelque petit goust, pource que sainct Paul usant du mot de Mystère^, nous exhorte à sobriété, et bride la licence de spéculer trop hardiment et trop subtilement. En premier lieu nous avons à retenir ce qui a esté exposé : c'est que nous ressusciterons en la mesme chair que nous portons aujourd'huy, quant à la substance : mais non pas quant à la qualité; comme la mesme chair de Jésus- Christ, qui avoit esté offerte en sacrifice, estant ressuscitée a eu autre dignité et excellence en soy, tout ainsi presque que si elle eust esté changée. Ce que sainct Paul exprime par similitudes familières : c'est comme la chair de l'homme et des bestes est d'une mesnie substance, non point de qualité : la matière des estoiJles est une, la clairté diverse '* : aussi combien que nous retenions la substance de nos corps, qu'il se fera changement pour

1) Gen. XLVll, 30.

3) 1 Cor. XV, bl.

2) Jean VI, 39.

4) 1 Cor. XV, sa, 40.

les rendre de condition plus noble. Parquoy ce corps corruptible ne périra point, et ne s'esvanouira, pour nous faire ressusciter : mais sera despouiilé de sa corruption, pour recevoir estât incorruplitible. Or pource que Dieu a tous les élémens en sa sujétion, nulle difficulté ne l'empeschera qu'il ne commande à la terre, à l'eau et au feu de rendre ce qui semblera avoir esté consumé par eux. Ce qu'aussi Isaïe testifie, Voyci, le Seigneur sortira de son lieu, pour visiter l'iniquité de la terre : et la terre descouvrira son sang, et ne cachera plus ses occise Ce pendant il faut noter la diversité d'entre ceux qui seront jadis trespassez, et ceux qui seront trouvez survivans en ce jour-là. Car nous ne dormirons pas tous, dit sainct Paul, combien que nous soyons tous changez^ : c'est-à-dire qu'il ne sera point nécessaire qu'il y entreviene distance de temps entre la mort et le commencement de la seconde vie; car en une minute de temps, et moins qu'on ne mettroit à ciller l'œil, le son de la trompette pénétrera par tout, pour appeler les morts à un estât incorruptible, et pour reformer les vivans en pareille gloire par changement soudain. Et voylà comme il console en un autre lieu les tklèles qui ont à mourir : c'est que ceux qui seront survivans au dernier jour, ne préviendront point les morts : mais plustost que ceux qui dorment en Christ ressusciteront les premiers=^. Si quelqu'un objecte le passage de l'Apostre, qu'il est ordonné à tous hommes de mourir une fois'' : la solution est facile, que c'est une espèce de mort, quand Testât de nature est changé : et qu'on en peut ainsi parler proprement.

Parquoy ces deux s'accordent trèsbien : c'est que ceux qui despouilleront leurs corps mortels, seront renouvelez par la mort : toutesfois puis que le changement se fera soudain, qu'il n'est point requis que le corps soit sJ'paré de l'âme.

9 31ais il s'esmeut yci une question plus difficile : asçavoir de quel droict ou liltre la résurrection doit estre commune aux iniques qui sont maudits de Dieu, veu que c'est un singulier béiiétice de

1) Ij. XXVI, 21.

3J 1 Thcss. IV, 15.

2) 1 Cor. XV, 51.

4) Heb. IX, Î7.

.lésus-Christ. Nous sçavons que tous ont esté asservis à la mort en Adam : Jésus- Christ eetant la résurrection et la vie S est venu : est-ce pour vivilier inditféremment tout le genre humain? Mais il ne semble pas estre probable, que les incrédules obtienent en leur aveuglement obstiné ce que les serviteurs de Dieu recouvrent par la seule foy. Ce point toutesfois demeure arresté, que la résurrection sera d'un costé à vie, et de l'autre coslé à mort : et que Jésus-Christ viendra pour séparer les boucs des agneaux 2. Je respon que nous ne devons pas trouver ceci tant estrange, veu que nous en avons journellement la similitude. Nous sçavons que tous ont esté privez en Adam de l'héritage du monde, et que nous méritons d'estre bannis du monde comme de Paradis terrestre, et estre privez de toute nourriture aussi bien que de l'arbre de vie. Dont vient ceci doncques que Dieu non-seulement fait luire son soleil sur les bons et sur les mauvais 3, mais que sa libéralité inestimable descoule sur les incrédules en toute planté et largesse, quant aux commoditez de la vie présente? Certes nous voyons de là que les biens qui sont propres à Chiist et à ses membres, s'espandent aussi bien sur les contempteurs de Dieu : non pas à ce que la possession leur en soit légitime, mais aiin qu'ils en soient rendus plus inexcusables. Et de faict. Dieu se monstrera souvent si large bienfaiteur envers les meschans, que les bénédictions que les lidèles reçoyvent de luy en seront obscurcies :

toutesfois le bien qu'il fait à ceux qui en sont indignes leur tourne en plus grande condamnation. Si quelqu'un répli(iue,que la résurrection ne doit point estre comparée aux biens caduques et terrestres : je respon derechef, que les hommes estans aliénez de Dieu, qui est la seule fontaine de vie, ont mérité une mesme ruine que le diable, pour estre du tout exterminez : mais que par le conseil admirable de Dieu ce moyen a esté establi, qu'ils vesquissent en la mort et hors de la vie. Parquoy on ne doit point trouver ceci estrange, que la résurrection soit cora-

1) Joan XI, 2"..

3) Mallh. V, 45.

2) Mallli. XXV, 32.

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