LIVRE m, CHAPITRE XXV
d'engendrer prendra fin alors. La solution est aisée, asçavoir quand l'Escriture prise tant le don de lignée, que cela se rapporte à l'augmentation de Testât présent, selon que Dieu advance l'ordre de nature de jour en jour, jusques à ce qu'il l'ait amené à sa perfection : mais lors qu'il n'en sera point besoin. Mais pource que beaucoup de gens simples et inconsidérez sont facilement surprins de tels alléchemens, et puis se jettent plus profond au labyrinthe : et finalement quand chacun se plaist en son opinion, il n'y a nulle mesure de combats : le meilleur expédient est, de nous contenter ce pendant que nous sommes pèlerins en terre, de veoir en miroir et obscureté les choses que nous verrons en la fin face à face K Car on en trouve bien peu en tout le monde, qui se soucient par où il faut aller, et ce pendant veulent sçavoir qu'on fait en Paradis. Tous presque sont lasches et froids à combatre, et ce pendant ils se forgent des triomphes imaginaires.
12 Or pource que nulle description ne suffiroit à bien exprimer l'horreur de la vengence de Dieu sur les incrédules^ les tormens qu'ils doyvent endurer nous sont figurez par choses corporelles : asçavoir par ténèbres, pleurs, grincemens de dents, feu éternel, et vers rongeans leur cœur incessamment ^. Car il est certain que le sainct Esprit, par telles manières de parler a voulu dénoter une extrême horreur, qui esmeuve tous les sens:
comme quand il dit, qu'une géhenne profonde leur est préparée de toute éternité, laquelle est ardente en feu : pour lequel entretenir il y a tousjours bois appareillé, et que l'Esprit de Dieu est comme soulphre pour l'enflamber. Combien doncques que par telles formes de parler nous devions estre instruits à concevoir aucunement la misérable condition des iniques, toutesfois si nous faut-il là principalement ficher nostre pensemenl, quelle malheureté c'est d'estre séparé de toute compagnie de Dieu. Et non-seulement ce, mais sentir sa Majesté
1) ) for. Xni, 12.
2) Mallh. VIII, 12; XXII, (3; Matlli. III. 12; Marc IX, ♦a, 44; I». LXVI, 24 ; XXS, 33.
contraire ù nous : laquelle nous ne puissions fuir qu'elle ne nous persécute tousjours. Car premièrement son indignation est comme un feu embrasé, lequel de son attouchement dévore et engloutit toutes choses ^ Puis après, toutes créatures servent tellement à icelles pour exécuter sa rigueur, que tous ceux ausquels Dieu a révélé son ire, sentent le ciel, la terre, la mer, toutes bestes et toutes autres choses comme armées en leur ruine et perdition. Pourtant l'Apostre n'a pas dit une chose de petite conséquence, disant que les infidèles seront punis éternellement en ce que la face du Seigneur et la gloire de sa vertu les persécutera ^. Et toutes fois et quantes que les Prophètes menacent pour effrayer les iniques sous similitudes corporelles , combien qu'ils n'excèdent point mesure en leur parler, si est-ce qu'ils meslenl souvent quelques traces du jugement à venir, disans que le soleil sera obscurci, et la lune perdra sa clairté, et tout le basliment du monde sera dissipé et confus. Parquoy les misérables consciences ne peuvent trouver aucun repos, qu'elles ne soyent agitées et poussées commede tourbillons, qu'elles ne se sentent comme déchirées de l'ire de Dieu , qu'elles ne soyent poinctes et navrées de playes mortelles, brief : qu'elles ne soyent effrayées et comme esperdues de la foudre du ciel, et qu'elles ne soyent brisées de la main puissante de Dieu : tellement qu'il seroit plus supportable d'estre abysmé en tous gouffres, que d'estre en telles frayeurs : et ne fust-ce que pour une minute de temps. Je vous prie, quelle punition leur est-ce, d'estre ainsi affligées et pressées à jamais sans remède? De quoy il<*y a une sentence notable au Pseaume XC : c'est combien que Dieu extermine de son seul regard toutes créatures mortelles ^ qu'il presse plus âsprement ses serviteurs en ce monde, voire d'autant qu'ils sont plus timides que les autres : afin de les inciter sous le fardeau de la croix à se haster, jusques à ce qu'il soit tout en toutes choses *.
1) Héb.X, 27.
3) Ps. XC, 9, n.
î) 2Thess. I, 9.
») « Cor. XV, 28.
LE QUATRTÈME LIVRE
DE
L'INSTITUTION CHRESTIENNE
Qui est des moyens extérieurs, ou aides, dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ son Fils, et nous retenir en luy.