LIVRE IV, CHAPITRE I
Je me suis réservé sept mille liommes, qui n'onl point flescliy le genouil devant Baal K
3 Combien que l'article du Symbole s'estende aussi aucunement à l'Eglise externe, afin que chacun de nous soit instruit de se maintenir en fraternel accord avec tous les enfans de Dieu, de rendre à l'Eglise l'authorité qui luy appartient, et finalement de se porter comme brebis du troupeau. Et pourtant est adjoustée, La communion des Saincts : lequel membre, combien qu'il ait esté omis des Anciens, n'est pas à mespriser, d'autant qu'il exprime trèsbien la qualité de l'Eglise; comme s'il estoit dit que les Saincts sont assemblez à telle condition à la société de Christ, qu'ils doyvent mutuellement communiquer entre eux tous les dons qui leur sont conférez de Dieu. Toulesfois la diversité des grâces n'est pas ostée par cela, comme nous voyons que les dons de l'Esprit sont distribuez en plusieurs sortes : et aussi l'ordre de la police n'est point dissipé, que chacun ne possède ses biens à part, selon qu'il est nécessaire pour conserver paix entre les hommes, que chacun soit maistre de ses facultez. Mais ceste communauté doit estre entendue comme sainct Luc la descrit : Il n'y avoit qu'un cœur et une âme en la multitude descroyans-. Item sainct Paul, en exhortant les Ephésiens d'estre un corps et un esprit : comme ils sont appelez en une espérance ^ Car il ne se peut faire que ceux qui sont vrayement persuadez que Dieu leur est un commun Père, et que Christ est leur chef seul à tous, ne soyent conjoincts entre eux en amour fraternelle, pour communiquer ensemble au proufit l'un de l'autre. Or il nous est bien requis et utile de cognoistre quel fruit nous revient de ceci : car nous croyons tellement l'Eglise, que nous devons estre asseurez d'estre membres d'icelle. Car voylà comme noslre salut sera bien appuyé et fermement : en sorte que si tout le monde estoit esbranlé, telle certitude demeurera debout. Premièrement il est fondé en l'élection de Dieu : et ne peut défaillir, sinon que sa provi-
1) 1 Rois XIX, 18.
3) Ephcs. IV, 4.
2) Act. IV, 32.
dence éternelle soit dissipée. D'avantage, il est confermé entant qu'il fautque Christ demeure en son entier, lequel ne souffrira ses fidèles estre distraits de soy non plus que ses membres estre déchirez par pièces. En outre nous sommes certains qu'entant que nous demeurons dedans le sein de l'Église, la vérité demeure avec nous. Finalement, nous entendons que ces promesses nous appartienent, où il est dit qu'il y aura salut en Sion : Dieu demeurera à tousjours en Jérusalem, et ne bougera jamais du milieu d'icelle*.
Telle vertu a l'unité de l'Eglise, qu'elle nous peut retenir en la compagnie de Dieu, Pareillement ce mot de Communion nous peut grandement consoler :
c'est que puis que tout ce que nostre Seigneur a conféré de grâces à ses membres et aux nostres, nous appartient, nostre espérance est confermée par tous les biens qu'ils ont. Au reste pour se tenir en l'unité d'icelle Eglise, il n'est jà meslier que nous voyions une Eglise à l'œil: ou que la touchions à la main ; plustost entant que nous la devons croire, en cela il nous est signifié qu'il ne nous la faut point moins recoguoistre quand elle nous est invisible, que si nous la voyions évidemment. Et n'en est nostre foy de rien pire, quand elle recognoist l'Eglise que nostre intelligence ne peut comprendre : d'autant qu'yci il ne nous est point commandé de discerner les esleus des réprouvez (ce qui appartient à Dieu seul et non à nous) mais d'avoir ceste certitude en nos cœurs, que tous ceux qui par la clémence de Dieu le Père et la vertu du sainct Esprit sont venus en la participation de Christ, sont ségrégez pour le propre héritage de Dieu : et d'autant que nous sommes en leur nombre, nous sommes héritiers d'une telle grâce.
4 Mais pource que maintenant mon intention est de parler de l'Eglise visible, apprenons du seul tiltre de Mère, combien la cognoissance d'icelle nous est utile, voire nécessaire : d'autant qu'il n'y a nulle entrée en la vie permanente, sinon que nous soyons conceus au ventre de ceste mère, qu'elle nous enfante, qu'elle
1) Joël II, 32; Abd. 17 ; Pj. XLYI, 6.
nous allaite de ses mammelles : finalement qu'elle nous tiene et garde sous sa conduite et gouvernement, jusques à ce qu'estans despouillez de ceste chair mortelle nous soyons semblables aux Anges ^ Car nostre infirmité ne souffre pas que nous soyons retirez de l'eschole, jusques à ce que nous ayons esté disciples tout le cours de nostre vie. Il est aussi à noter, que hors le giron d'icelle on ne peut espérer rémission des péchez ne salut aucun, tesmoins Isaie et Joël ^ : ausquels Ezéchiel s'accorde, disant que ceux que Dieu veut exterminer de la vie céleste, ne seront point au rolle de son peuple *, Et à l'opposite il est dit que ceux qui se convertiront au service de Dieu et à la vraye religion, se viendront enroller entre les bourgeois de Jérusalem^ Pour laquelle raison il est dit en l'autre Pseaume, Qu'il te souviene de moy, ô Dieu, en l'amour que tu portes à ton peuple : visite-moy en ton salut, pour me faire sentir la bénélicence que tu gardes à ion peuple : que je m'esjouisse en la liesse de ta gent, que je m'esjouisse avec ton héritage ^. Par ces mots la faveur paternelle de Dieu, et le tesmoignage spécial de la vie spirituelle est restreint au troupeau de Dieu, afin que nous soyons advertis que c'est une chose pernicieuse et mortelle de se distraire ou séparer de l'Eglise.
5 Maintenant poursuyvons à déduire ce qui appartient à cest argument. Sainct Paul dit que Jésus-Christ pour remplir toutes choses a establi les uns Apostres, les autres Prophètes, les autres Evangélistes, les autres Pasteurs et Docteurs, pour l'accomplissement des Saincls, pour l'ouvrage d'administration, afin d'édilier le corps de Christ, jusques à ce que nous soyons tous parvenus en l'unité de la foy et de la cognoissance du Fils de Dieu, en homme parfaict et en la mesure d'aage accomplie en Christ ^. Nous voyons que Dieu, combien qu'il peut eslever en un moment les siens en perfection, les veut néantmoins faire croistre petit à petit sous, la nourriture de l'Eglise. Nous
2) Is. XXXVII, 32 ; Joël II, 32.
4) l's. LXXXVIl, 6.
6) EpUés. IV, 11-13.
1) Malth. XXII, 30.
3) Ezécli.XilI, 9.
3) PS. CVl, 4, b.
voyons que la manière est exprimée :
asçavoir entant que la prédication est commise aux Pasteurs. Nous voyons comment tous sont rangez à cela, de se laisser avec un esprit docile et débonnaire gouverner par les Pasteurs créez à cest usage. El aussi long temps auparavant le Prophète Isaie avoit descrit le règne de Jésus-Christ sous ces marques : Mon esprit qui est en toy, et les paroles que j'ay mises en ta bouche ne départiront point jamais ne de ta bouche, ne de la bouche de tes enfans, ne de leurs successeurs^; dont il s'ensuyt que ceux qui refusent d'estre appastelez par l'Eglise, ou rejettent la viande spirituelle qu'elle leur otfre, sont dignes de mourir de faim. C'est bien Dieu qui nous inspire la foy, mais par l'organe de son Evangile : comme sainct Paul admoneste que la foy vient de l'ouye ^, comme la puissance de sauver réside en Dieu ^ : mais il la desploye en la prédication de l'Evangile, selon que le mesme Aposlre lesmoigne ailleurs. Voylà pourquoy il a voulu sous la Loy que le peuple ancien s'assemblast au Sanctuaire, afin que la doctrine enseignée par la bouche du Sacrificateur, entreteinst l'unité de foy. Et de faict, ces tiltres tant excellens et magnifiques, que le temple est le repos de Dieu, son sanctuaire et domicile, qu'il repose entre les Chérubins *, ne tendent à autre fin que pour faire priser et aimer avec toute révérence la prédication de la doctrine céleste, et qu'elle ait sa dignité, laquelle pourroit estre amoindrie quand on s'amuseroit à regarder les hommes mortels qui la portent. Parquoy afin que nous sçachions qu'un thrésor inestimable nous est présenté dedans des pots de terre °, Dieu luy-mesme se met en avant : et selon qu'il est aulheur de cest ordre, il veut estre recognu présent en ce qu'il a institué. Pour ceste cause, après avoir défendu à son peuple de se mesler de devinemens, arts magiques, nécromancie, et toutes autres superstitions, il adjouste qu'il leur donnera moyen d'estre ensei-
1) Is. LIX, 21. 2) Rom. X, 17.
3) Rom. I, 16.
4) Ps. CXXXII, 14 ; LXXS, 2 j LXXXIV, .
5) 2 Cor. IV, 7.