‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 177 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

gncz, qui leur devra bien suffire un seul pour tous :asçavoir que jamais ne seront destituez de Prophètes *. Or comme il n'a point envoyé le peuple ancien aux Anges, mais leur a suscité dos docteurs de la terre, qui tissent office d'Anges envers eux : aussi aujourd'huy il nous veut enseigner parle moyen desliommes. Comme aussi jadis il ne s'est pas contenté d'avoir donné sa seule Loy par escrit, mais a estably les Sacrificateurs pour es- Ire expositeurs d'icelle, et par la bouche desquels il a voulu qu'elle fust entendue ^ : aussi aujourd'huy il luy plaist que non-seulement chacun soit attentif à lire en son particulier, mais qu'il y ait maistres et docteurs pour nous guider et aider; ce qui emporte double utilité. Car d'une part c'est un bon examen pour esprouver l'obéissance de nostre foy, quand nous oyons les ministres qu'il nous envoyé comme si luy-mesme parloit; secondement il pourvoit à nostre infirmité , aimant mieux parler à nous de façon humaine par ses messagers, afin de nous allécher doucement, que détonner en sa majesté pour nous effaroucher. Et de faict, tous fidèles sentent combien ceste façon familière d'enseigner nous est propre, veu qu'il est impossible que nous ne soyons effrayez quand Dieu parle en sa hautesse. Ceux qui estiment que l'authorité de la Parole est anéantie par le mespris et basse condition des ministres qui l'annoncent, descouvrent leur ingratitude : veu qu'entre tant de dons excellens desquels Dieu a orné le genre humain, c'est une prérogative souveraine, qu'il daigne bien consacrer leurs bouches et langues à son service, afin que sa voix y résonne. Qu'il ne nous soit pas donc;ques grief de nostre costé, de recevoir en toute obéissance la doctrine de salut qu'on nous propose de son commandement exprès. Car combien que sa vertu ne soit point attachée à nuls moyens externes, si nous a-il voulu astreindre à ceste façon ordinaire, laquelle si on rejette comme font plusieurs fantastiques, on s'enveloppe en beaucoup de liens mortels. Plusieurs sont induits ou par or-

gueil et présomption, ou par desdain, ou par envie ù se persuader qu'ils jjroufileront assez en lisant en leur privé, ou méditant : dont ils mesprisent les assemblées publiques, et pensent que la prédication soit superflue. Or pource qu'ils dissoudent ou rompent entant qu'en eux est le lien d'unité, lequel Dieu veut esire gardé inviolable : c'est bien raison qu'ils reçoyvent le salaire de tel divorce : comme tous s'ensorcellent d'erreurs et resveries qui les meinent à confusion. Parquoy afin que la pure simplicité de foy nous demeure, qu'il ne nous soit grief ne fascheux d'user de cest exercice , lequel Dieu en l'instituant a déclairé nous estre nécessaire, et lequel il nous recommande tant et plus. Il ne s'est jamais trouvé nul, mesmes de ces chiens masiins qui se desbordent à toutes mocqueries, (jui osast dire qu'on doyve bouscher les aureilles quand Dieu parle; mais les Prophètes et saincts Docteurs ont tousjours eu grans combats et difficiles contre les raeschans, pour les assujetir à la doctrine qu'ils preschoyent : pource que leur arrogance ne peut recevoir ce joug, qu'ils vueillent estre enseignez par la bouche et ministère des hommes. Or cela est autant comme effacer l'image de Dieu, laquelle reluit en la doctrine; car voylà aussi pourquoy il a esté commandé anciennement aux fidèles de chercher l'image de Dieu au Temple ^ ce qui leur est si souvent réitéré en la Loy : c'est pource que la doctrine et exhortation des Prophètes leur estoit comme une image vive de Dieu, comme sainct Paul se glorifie que la gloire de Dieu reluit en sa prédication en la face de Christ ^. Et d'autant plus nous doyvent estre détestables tous ces Apostats qui s'efforcent à dissiper les Eglises, comme s'ils chassoyent les brebis de leur parc ou estable, pour les exposer à la gueule des loups. Quant à nous, retenons ce que j'ay allégué de sainct Paul : asçavoir que l'Eglise ne se peut édifier que par la prédication externe, et que les saincts ne sont retenus entr'eux par autre lien, que quand d'un commun accord en apprenant et

1] Lévit. XIX, 31 ; Deul. XVHI, 14, 15. 2; Mal. II, 7.

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