‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 18 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE II

rions pas nous arrcster fermement à ceste introduction qu'il avoit mise. Toutesfois ce point et les autres seml)lables se traitteront ailleurs: maintenant qu'il nous suffise d'entendre qne c'est de foy. 42 Or par tout où sera ceste vive foy, il ne se peut faire qu'elle n'emporte tousjours avec soy l'espérance de salut éternel : ou plustost qu'elle ne l'engendre et produise. Car si ceste espérance n'est en nous, quelque beau babil de paroles fardées que nous ayons de la foy, il est certain que nous n'en tenons rien. Car si la foy, comme dit a esté, est une certaine persuasion de la vérité de Dieu, qu'icelle vérité ne peut mentir, tromper ne frustrer : quiconques a conceu ferme certitude, il attend pareillement que le Seigneur accomplira ses promesses, lesquelles il tient pour véritables : tellement qu'en somme , Espérance n'est autre chose qu'une attente des biens que la foy a creu estre véritablement promis de Dieu. Ainsi la foy croit que Dieu est véritable : espérance attend qu'il révélera en temps sa vérité. La foy croit qu'il est nostre Père : espérance attend qu'il se portera tousjours tel envers nous. La foy croit que la vie éternelle nous est donnée : espérance attend que nous l'obtiendrons une fois. La foy est le fondement sur lequel espérance repose : espérance nourrit et maintient la foy. Car comme nul ne peut rien attendre de Dieu, sinon celuy qui a premièrement creu à ses promesses : aussi derechef il faut que l'imbécillité de nostre foy soit entretenue, en attendant et espérant patiemment afin de ne point défaillir. Parquoy sainct Paul parle trèsbien, quand il constitue nostre salut en espérance', laquelle en attendant Dieu avec silence, retient la foy, à ce qu'elle ne trébusche par se trop haster : elle la conferme à ce qu'elle ne vacille point es promesses de Dieu , ou en ait quelque doute : elle la recrée et réconforte, à ce qu'elle ne se lasse point : elle la conduit jusques à son dernier but, à ce qu'elle ne défaille point au milieu du chemin, ou mesmes en la première journée : finalement en la re-

1) Rom. VIII, 24.

nouvelant et restaurant de jour en jour' elle luy donne vigueur assiduelle pour persévérer. Et encores verrons-nous plus clairement en combien de sortes il est mestier que la foy soit confermée par espérance, si nous considérons de combien d'espèces de tentations sont assaillis ceux qui ont une fois receu la Parole de Dieu. Premièrement le Seigneur en différant ses promesses, souvontesfois nous tient en suspens plus que nous ne voudrions. En cest endroict c'est l'office de la foy de faire ce que dit le Prophète : asçavoir si les promesses de Dieu sont tardives que nous ne laissions point de les attendre ^ Aucunesfois aussi non-seulement Dieu nous 4aisse languir, mais donne apparence d'estre courroucé contre nous:

à quoy il faut que la foy nous subviene , atin que suyvans la sentence de l'autre Prophète , nous puissions attendre le Seigneur, combien qu'il ait caché sa face de nous^. Il se dresse aussi des mocqueurs, comme dit sainct Pierre, qui demandent où sont les promesses , et où est la venue de Jésus-Christ': veu que depuis la création du monde, toutes choses vont en un mesme train. Voire mesmes la chair et le monde nous suggèrent cela en l'entendement. Yci il faut que la foy estant soustçnue et appuyée sur l'espérance, soit fichée et s'arresle du tout à contempler l'éternité du Royaume de Dieu, afin de réputer mille ans comme un jour*.

43 Pour ceste affinité et similitude , l'Escriture aucunesfois confond l'un avec l'autre de ces deux vocables, Foy et Espérance : comme quand sainct Pierre dit que la vertu de Dieu nous conserve par foy jusques à la révélation de salut : ce qui estoit plus convenable à l'espérance qu'à foy. Néantmoins cela ne se fait point sans raison, veu que nous avons monstre Espérance n'estre autre chose sinon fermeté et persévérance de foy. Quelquefois ils sont conjoincts ensemble :

comme en la mesme Epistre : Afin que vostre foy et espoir soit en Dieu^. Et sainct Paul aux Philippiens déduit l'at-

1) H-ib. II, 3.

3) 2 Pierre III, 4.

5) 1 Pierre I, 5, 21.

2) Is. VIII, n.

4) Ps. XC, 4 ; 2 Pierre III, 8.

INSTITUTION OHRESTIENNE.

tente de l'espoir^: pource qu'en espérant patiemment nous tenons la bride à nos désirs, jusques à ce que l'opportunité de Dieu soit venue. Ce qui sera plus facile à entendre du cliapitre X aux Hébrieux que j'ai desjà allégué. Sainct Paul en un autre passage, combien qu'il parle improprement, entend toutesfois le mesme par ces mots, Nous attendons par foy en esprit l'espérance de justice ^ : voire pource qu'ayans receu le tesmoignage de l'Evangile touchant de l'amour gratuite de Dieu, nous attendons que Dieu mette en évidence et effect ce qui encores est caché sous espoir. Or il n'est pas maintenant difficile à veoir combien lourdement s'abuse le Maistre d* Sentences, en faisant double fondement d'espérance:

asçavoir la grâce de Dieu, et le mérite des œuvres. Certes elle ne peut avoir autre but que la foy. Or nous avons clairement monstre que la foy a pour son but unique la miséricorde de Dieu, et que du tout elle s'y arreste, ne regardant luillement ailleurs. Mais il est bon d'ouyr la belle

raison qu'il allègue: Si tu oses, dit-il, espérer quelque chose sans l'avoir mérité, ce n'est point espérance mais présomption. Je vous prie, mes amis, qui sera celuy qui se tiendra de maudire telles bestes, lesquelles pensent que c'est témérairement et présomptueusement fait de croire certainement que Dieu est véritable? Car comme ainsi soit que Dieu nous commande d'attendre toutes choses de sa bonté, ils disent que c'est présomption de se reposer et acquiescer en icelle. Mais un tel maistre est digne des disciples qu'il a eus es escholes des Sophistes, c'est-à-dire Sorboniques. Nous au contraire quand nous voyons que Dieu apertement commande aux pécheurs d'avoir certaine espérance de salut, présumons hardiment tant de sa vérité, que moyennant sa miséricorde, rejettans toute tiance de nos œuvres, nous espérions sans aucune doute ce qu'il nous promet. En ce faisant nous trouverons que celuy qui a dit. Il vous sera fait selon vostre foy% ne nous abusera point.

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