LIVRE IV, CHAPITRE
j'eiilen qu'elle n'est nulle part receuf! pour y avoir comme certain siéije, qu'elle ne produise quelque efficace. Commt^nt que ce soit, par tout où la prédication de l'Evangile est révéremment escoutée, et les Sacremens ne sont point négligez, là apparoist pour ce temps, certaine forme d'Eglise, dont on ne peut douter, et de laquelle il n'est pas licite de contemner l'authorité , ou mespriser les admonitions, ou rejetter le conseil, ou avoir les castigalions en mocquerie. Beaucoup moins est-il permis de s'en diviser, ou de rompre l'unité d'icelle. Car Dieu estime tant la communion de son Eglise, qu'il tient pour un traistre et apostat de la Clirestienté, celuy qui s'estrange de quelque compagnie chrestienne, en laquelle il y a le ministère de sa Parole et de ses Sacremens. Il a en telle recomdation l'authorité d'icelle, que quand elle est violée, il dit que la siene propre l'est; Car ce n'est pas un tiltre de petite importance qu'elle soit nommée Pillier et fermeté de la vérité : item, la maison de Dieu *. Car par ces mots sainct Paul signifie que l'Eglise est establie gardienne de la vérité de Dieu, afin qu'elle ne s'abolisse point en ce monde, et que Dieu se sert du ministère ecclésiastique, pour garder et entretenir la pure prédicaiion de sa Parole, et se monstrer père de famille envers nous, en nous paissant de la nourriture spirituelle, et procurant songneusement tout ce qui appartient à nostre salut. Ce n'est pas aussi une petite louange, quand il est dit que Jésus- Christ a esleu et séparé son Eglise pour son espouse, afin qu'il la rende pure et nette de toute macule ^ : mesmes qu'elle est sa plénitude'; dont il s'ensuyt, quequiconques se départ d'icelle renonce Dieu et Jésus-Christ. Et d'autant plus nous faut-il garder de ce divorce si énorme, par lequel nous taschons, entant qu'en nous est, de ruiner la vérité de Dieu : et par ce moyen sommes dignes qu'il foudroyé avec toute l'impétuosité de son ire, pour nous briser, il n'y a aussi nul crime plus détestable, que de violer par nostre desloyauté le sainct ma-
1) 1 Tira, m, 15.
3) Ephés. I, 23.
2) Ephés. V, 27.
riage que le Fils unique de Dieu a bien daigné contracter avec nous.
11 Pourtant il nous faut diligemment retenir les m;ir(jues ci-dessus mises, et les estimer selon le jugement de Dieu.
Car il n'y a rien que Saian machine plus de faire, que de nous amener A l'un de ces deux points : c'est qu'en abolissant ou effaçant les vrais signes dont nous pouvons discerner l'Eglise, il nous en oste toute vraye distinction : ou bien de nous induire à nous les faire contemner, afin de nous séparer et révolter de la communauté de l'Eglise. Il a esté fait par son astuce, que la pure prédication de l'Evangile a esté cachée par longues années : et maintenant par mesme malice il s'efforce de renverser le ministère, lequel Jésus-Christ a tellement ordonné en son Eglise, qu'iceluy abatu, il faut que l'édification de l'Eglise périsse. Or combien est-ce une périlleuse tentation , ou plustost pernicieuse, quand il entre au cœur de l'homme de se diviser d'une congrégation, en laquelle apparoissent les enseignes dont nostre Seigneur a suffisamment pensé marquer son Eglise? Nous voyons combien il est mestier de se donner garde d'une part et d'autre. Car à ce que nous ne soyons point trompez sous le tiltre de l'Eglise il nous faut examiner à ceste épreuve que Dieu nous baille, toute congrégation qui prétend le nom d'Eglise, comme on esprouve l'or à la touche : c'est que si elle a l'ordre que nostre Seigneur a mis en sa parole et en ses Sacremens, elle ne nous trompera point, que nous ne luy puissions rendre seurement l'honneur qui appartient à l'Eglise. Au contraire, si sans Parole de Dieu et de ses Sacremens, elle veut estre recognue Eglise , il ne nous faut point moins garder de telle tromperie, qu'éviter témérité en l'autre endroict.
12 Quant à ce que nous disons que le pur ministère de la Parole et la pure manière d'administrer les Sacremens, est un bon gage et arre pour nous asseurer qu'il y a Eglise en toutes compagnies où nous verrons l'un et l'autre, cela doit avoir telle importance, que nous ne devons rejetter nulle assemblée laquelle entretiene l'un et l'autre, combien qu'elle soit su-
INSTITUTION CIIRESTIENNE.
jette à plusieurs vices. Qui plus est, il y pourra avoir quelque vice ou en la doctrine, ou en la façon d'administrer les Sacremens, qui ne nous devra point du tout aliéner de la communion d'une Eglise. Car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont point d'une mesme sorte. Il y en a aucuns dont la cognoissance est tellement nécessaire que nu! n'en doit douler, non plus que d'arrests ou de principes de la Cliresiienté. Comme pour exemple, qu'il est un seul Dieu: que Jésus-Chiist est Dieu et Fils de Dieu : que nosire salut gisl en sa seule miséricorde : et autres seuiblables. Il y en a d'autres lesquelles sont en dispute entre les Kglises : et néantnioins \>e rompent pas l'unité d'icelles. Pour donner exemple : S'il advenoit qu'une Eglise leinst que les âmes estans séparées des corps fussent transférées au ciel incontinent : une autre, sans oser déterminer du lieu, pensast simplemiMit qu'elles vivent en Dieu : et que telle diversité fust sans contention el sans opiniastreté ;pourquoy s.' diviseroyent-elles d'ensemble? Ce sont les paroles de l'Apostre, (lue si nous voulons estre parfaits, il nous faut avoir un mesme senliitient : au reste, que si nous avons quelque diversité, Dieu nous révéleia ce qui en est^ En cela ne monstre-il pas que si les Chrestii'HS ont aucune dissension des matières qui ne sont point grandement nécessaires, que cela ne doit point faire de trouble ne sédition entre eux? Bien est vray que c'est le principal d'accorder en tout el par tout : mais d'autant qu'il n'y a nul qui ne soit enveloppé de quelque ignorance, il faudra ou que nous ne laissions nulle Eglise, ou que nous pardonnions l'ignorance à ceux (jui faudronl es choses U'S(}uelies se peuvent ignorer sans péril de salut, et sans que la religion boit violée. Je n'enten ycide maintenir aucuns erreurs, voire les moindres du monde : et ne voudroye qu'on les nourpisl par les dissimuhr el ïlalter. Mais je di qu'il ne faut pas par dissension légèrement abandonner une Egli.>e, en laquelle est gardée en son entier la doctrine principale de nostre salut et les Sacremens comme nostre Seigneur a or-
1) Phil. ni, 1S.
donné. Ce pendant si nous taschons de corriger ce(juinous y desplaist, nous ne faisons que nostre devoir. Et îi cela nous induit la sentence de sainct Pau', que celuy qui a quelque meilleure révélation, qu'il se lève pour parler, et que le premier se taise^ car par cela il ai)pertqu'à unchai'un membre de l'Eglise est donnée la charge d'éditier les autres, selon la mesure de grâce qui est en luy, moyennant que cela se face décentcment et par ordre, c'est-à-dire que nous ne renoncions point la communion de l'Eglise, et aussi que demeurans en icelle nous ne troublions point la police ne la discipline.
13 Quant à l'imperfection des mœurs, nous en devons beaucoup plus endurer. Car il est facile de trébuscber en cest endroict : et le diable a de merveilleuses machinations pour nous séduire. 11 y en a eu lousjours aucuns, lesquels se faisans •h croire qu'ils avoyent une saiiu;teté parfaite, comme s'ils eussent esté quelques Anges de Paradis, ont mesj)risé toute compagnie des hommes en laquelle ils appercevoyent quelque infirmité humaine.
Tels ont esté jadis ceux qu'on nommoit Galbai es, c'esl-à-dire les purs : el aussi les Donalistes, qui approchoyent de la folie des autres. Aujourd'huy il y a quelques Anabaptistes semblables : asçavoir ceux qui veulent apparoistre les plus habiles, el qui pensent avoir proufité par-dessus les autres. Il y en a d'autres qui pèchent plus par un zèle de justice inconsidéré, que par telle outrecuidance. Car quand ils voyent qu'entre ceux ausquels l'Evangile est aiMioncé, le fruil n'est pas correspondant à la doctrine, incontinent ils jugent qu'il n'y a là nulle Eglise. Quant à leur olfense, elle est trèsjusle : el certes nous en donnons trop de matière, el ne pouvons aucunement excuser nostre maudite paresse, hujuelle Dieu ne laissera point impunie, comme desjà il commence à la chasiier d'horribles verges. Blalheur doncques sur nous, qui faisons par nostre licence désordonnée, que les couse iences débiles sont navrées et scanda'isées en nous; néanimoins ceux dont il est question faillent aussi de leur part, entant
1) 1 Cor. XIY, 30.