‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 183 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

se ruent fièrement sur les Pasteurs qui taschent à faire leur devoir, d'autant qu'en exhortant les fidèles à prouliler, ils les advertissent que toute leur vie ils seront entachez de quelque vice, et pour cesie cause les incitent à gémir devant Dieu, pour obtenir pardon. Car ces grans correcteurs leur reprochent que par ce moyen ils retirent le peuple de perfection. Or je confesse bien qu'en incitant les hommes à sainctelé, on ne doit point estre froid ne lasche, mais qu'on y doit travailler à bon escient. Au reste, de faire à croire aux liommes, pendant qu'ils sont au chemin, que desjà ils sont accomplis, c'est les abruver d'une resverie diabolique. Et pourtant au Symbole la rémission des péchez est conjoincte bien à propos à l'Eglise : veu qu'elle ne se peut obtenir sinon de ceux qui sont membres de l'Eglise, comme dit le Prophète ^ Il faut doncques que ceste Jérusalem céleste soit premièrement édiliée, en laquelle après ceste grâce ait lieu, c'est que de tous ceux qui en seront citoyens, leur iniquité sera effacée. Or je di qu'il faut qu'elle soit premièrement édifiée, non pas que l'Eglise puisse aucunement estre ^ns la rémission des péchez, mais d'autant que le Seigneur n'a point promis sa miséricorde, sinon en la communion des saincts. C'est doncques nostre première entrée en l'Eglise et au royaume de Dieu, que la rémission des péchez, sans laijuelle nous n'avons aucune alliance ny appartenance avec Dieu : comme il est monstre par le Prophète Osée, En ce jour -là, dit le Seigneur, je feray alliance avec les bestes de la terre et les oiseaux du ciel. Je rompray arc et glaive : et feray cesser toute bataille de la terre, et feray dormir tous les homme sans crainte. Je feray alliance avec eux à tousjours, l'alliance sera en justice, en jugement, en miséricorde et en pitié ^, nous voyons comment nostre Seigneur nous réconcilie à soy par sa miséricorde. Pareillement en un autre lieu, quand il prédit qu'il recueillera le peuple, lequel il avoit dissipé en son ire : Je les purgeray, dit-il, de toute iniquité en laquelle ils m'ont offensé*. Pourtant

1) Is.XXXIIT, IV.

3) Jér. XXSUl, 8.

S) Osée U, 18, 19.

nous sommes receus en la compagnie de l'Eglise de première entrée par le signe de lavement: dont il nous est monstre que nous n'avons nul accès en la famille de Dieu, sinon que premièrement par sa bonté nos ordures soyent nettoyées.

21 Et de faict, ce n'est pas pour un coup que par la rémission des péchez Dieu nous reçoit en son Eglise : mais aussi par icelle il nous y entretient et conserve. Car à quel propos nostre Seigneur nous f^oit-il un pardon qui ne nous apporteroit nulle utilité ? Or est-il ainsi que la miséricorde de Dieu seroit vaine et frustratoire, si elle nous estoit pour une seule fois concédée. De laquelle chose un chacun fidèle se peut rendre tesmoignage, veu qu'il n'y a nul qui ne se sente en toute sa vie coulpable de beaucoup d'inlîrmitez, lesquelles ont besoin de la miséricorde de Dieu. Et de faict, non sans cause Dieu promet particulièrement à ses domestiques de leur estre toujours pitoyable , commandant que ce message leur soit journellement porté. Parquoy, comme nous sommes tousjours chargez, ce pendant que nous vivons, des reliques de péché, il est certain que nous ne pourrions consister une seule minute de temps en l'Eglise , si la grâce de Dieu ne nous subvenoit assiduellement en nous remettant nos fautes. Au contraire, le Seigneur a appelé les siens à salut éternel : ils doyvent doncques estimer que sa grâce est tousjours preste à leur faire merci de leurs offenses. Parquoy il faut tenir ce point résolu, que par la clémence de Dieu, moyennant le mérite de Jésus-Christ, par la sanctification de son Esprit, la rémission de nos péchez nous a esté faite, et nous est faite journellement, entant que nous sommes unis au corps de l'Eglise.

22 Et de faict, c'est pourquoy le Seigneur a donné les clefs à son Eglise, afin qu'elle eust la dispensation de ceste grâce pour nous en faire parlicipans. Car quand Jésus-Christ a commandé à ses Apostres, et leur a donné la puissance de remettre les péchez ^ : ce n'a pas esté seulement afin qu'ils desliassent ceux qui se conver-

1] Matlh. XVI, 19; XVIII, 18; Jean XX, 23.

tiroyent à la foy chrestienne, et qu'ils feissent cela pour une fois : mais aiin qu'ils exerçassent cest office continuellement envers les tidèles. Ce que sainct Paul enseigne , quand il escrit que Dieu a commis aux ministres de son Eglise l'ambassade de réconciliation, pour exhorter journellement le peuple à se réconcilier à Dieu au nom de Christ ^ Pourtant en la communion des saincts, les péchez nous sont remis conlinuellement par le ministère de l'Eglise, quand les Prestres et Evesques, ausquels ceste charge est commise, conferment les consciences des lidèles par les promesses de l'Evangile , et les certifient que Dieu leur veut faire pardon et merci : et cela tant en commun qu'en particulier, selon que la nécessité le requiert. Car il y en a d'aucuns si intirmes, qu'ils ont bien mestier qu'on les console à part et en privé : et sainct Paul ne dit pas que seulement en sermon public, mais aussi parles maisons il a enseigné le peuple en la foy de Jésus- Christ, admonestant un chacun de son salut ^. Pourtant il nous fautyci observer trois choses. La première est, que quelque saincteté qui soit aux fidèles, néantmoins pendant qu'ils habitent en ce corps mortel, ils ne peuvent consister devant Dieu, sinon en ayant rémission de leurs péchez, d'autant qu'ils sont tousjours povres pécheurs. La seconde est , que ce bénéfice est donné à l'Eglise comme en garde, tellement que nous ne pouvons obtenir pardon de nos fautes devant Dieu, qu'en persévérant en la communion d'icelle. La troisième est, que ce bien nous est distribué et communiqué par les Ministres et Pasteurs, tant en la prédication de l'Evangile qu'aux Sacremens : et mesmes la puissance des clefs est principalement comprinse en cela. Pourtant l'office d'un chacun de nous est, de ne chercher la rémission de nos péchez ailleurs qu'où Dieu l'a mise. Touchant de la réconciUation publique qui appartient à la police, il sera dit en son lieu.

23 Or d'autant que ces esprits frénétiques dont je parle, s'efforcent d'oster à l'Eglise ceste retraite unique de salut , il

nous faut d'avantage confermer les consciences à l'encontrede cest erreur si pestilent. Les Novatiens ont troublé l'Eglise ancienne de ceste fausse doctrine : mais nostre aage présent a quelques Anabaptistes, qui ne leur ressemblent point mal en ceste fantasie. Car ils imaginent que le peuple de Dieu est par le Baplesme régégénéré en une vie pure et angélique, laquelle ne doit estre contaminée de macules aucunes de la chair. Et s'il advient qu'après le Baptesme ils déclinent, ils ne luy laissent nulle attente que la rigueurde Dieu inexorable. En somme, ils ne font nul espoir au pécheur qui est trébusché en faute , après avoir receu grâce de Dieu , d'obtenir pardon et merci. Car ils ne recognoissent autre rémission des péchez, sinon celle par laquelle nous sommes premièrement régénérez. Or combien qu'il n'y ait nul mensonge plus clairement réfuté en l'Escriturequecestuy-ci, néantmoins pource que telle manière de gens trouvent des simples personnes pour abuser (comme Novatus a eu anciennement plusieurs sectateurs) monstrons briefvement combien leur erreur est dangereux, tant pour eux que pour les autres. Premièrement, puis que par le commandement de Dieu tous les saincts usent journellement de ceste requeste , que leurs péchez leur soyent remis ^ : en cela ils confessent estre pécheurs. Et ne le demandent pas en vain : car le Seigneur Jésus ne nous a point ordonné de demander choses qu'il ne les nous vueille donner. Et mesmes ayant promis en général, que toute l'oraison qu'il nous a baillée seroit exaucée du Père, il donne une promesse spéciale pour ceste demande.

Que voulons-nous d'avantage? Le Seigneur veut que tous ses Saincts, de jour en jour en toute leur vie se confessent pécheurs, et leur promet pardon. Quelle audace est-ce doncques, ou de nier qu'ils soyent pécheurs, ou quand ils ont failly, les exclurre de touie grâce ? D'avantage, à qui veut-il que nous pardonnions septante fois sept fois ^, c'est-à-dire toutes fois et quantes ? N'est-ce pas à nos frères ? Et pourquoy veut-il cela, sinon afin (fue

1) 2 Cor. V, 19,

2) Acl. XX, 20. 21.

1) Mallh.VI, 12

2) Matlli. XVIir, 22.

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