‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 185 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

leur (l'ignorance, veu que c'esl chose notoire qu'il estoit si bien instruit en la Loy ? Ne sçavoit-il pas quel erime c'esloil d'adultère et homicide, luy qui les punissoit tous les jours en ses sujets? Les Patriarches pensoyent-ils que ce fust chose bonne et honneste de meurtrir leur l'rère ? Les Corinthiens avoyeul-ils si mal proulité , qu'ils estimassent incontinence , paillardise, haine, contention, estre plaisante à Dieu? Sainct Pierre, après avoir esté si diligemment admonesté, ignoroit- 11 quelle faute c'estoit de renoncer son maistre ? Ne fermons point doncques par nosire inhumanité la porte à la miséricorde de Dieu, laquelle si libéralement se présente à nous.

29 Ce ne m'est pas chose incognue, qu'aucuns anciens Docteurs ont interprété les péchez qui se remettent journellement , estre les fautes légères qui survienent par l'inlirmité de la chair.

D'avantage qu'il leur a semblé advis que la pénitence solennelle, laquelle estoit lors requise pour les grandes offenses, ne se devoit non plus réitérer que le Baptesme. Laquelle sentence ne se doit tellement prendre, comme s'ils eussent voulu jetter en désespoir celuy qui estoit retombé depuis avoir esté une fois receu à repentance : ou bien qu'ils eussent voulu amoindrir les fautes quotidiennes,

comme petites devant Dieu. Car ils sçavoyent bien que les Saincts trébuschent ou chancellent souvent en quelque infidélité, qu'il leur advient de jurer sans mesiier, de se courroucer outre mesure, voire aucunesfois venir jusques à injures manifestes, et cheoir en d'autres vices ijue nostre Seigneur n'a pas en petite abomination : mais ils usoyent de ceste manière de parler, afin de mettre différence entre les fautes privées, et les crimes publiques qui emportoyent grans scandales en l'Eglise. D'avantage , ce qu'ils pardonnoyent avec si grande difficulté à ceux qui avoyent commis quelque cas digne de correction ecclésiastique, n'estoit pas qu'ils pensassent que les pécheurs obteinssent difficilement pardon de Dieu : mais par telle sévérité ils vouloyent donner frayeur aux autres, afin qu'ils ne cheusseni point en telles offenses dont ils méritassenc d'estre excommuniez de l'Eglise. Combien que la Parole de Dieu, laquelle nous devons seule yci tenir pour nostre reigle, requiert une plus grande modération et humanité. Car elle enseigne que la rigueur de la discipline ecclésiastique ne doit point aller jasques-là, que celuy dont on doit chercher le proulll, soit accablé de tristesse : comme nous avons plus amplement monstre ci-dessus.

Page 1