CHAPITRE II
Comparaison de la fausse Eglise avec la vraye.
\ Il a desjà esté exposé quelle importance doit avoir entre nous le ministère de la Parole de Dieu et des Sacremcns, et jusques où nous luy devons porter cest honneur, pour le tenir comme enseigne et marque de l'Eglise : c'est-àdire, que par tout où il est en son entier, il n'y a nuls vices touchant les mœurs, qui empeschent que là il n'y ait Eglise. Secondement , qu'encores qu'il y ait quelques petites fautes, ou en la doctrine, ou aux Sacremens, qu'iceluy ne laisse point d'avoir sa vigueur. D'avantage il a esté monstre queles erreurs aus-
quels on doit ainsi pardonner, sont ceux (jui ne touchent point la principale doctrine de nostre religion, et ne contrevienent aux articles de la foy, esquels doyvent consentir tous fidèles. Et quant aux Sacremens, que les fautes qu'on peut tolérer , sont celles qui n'abolissent point et ne renversent l'institution du Seigneur. I\Iais s'il advient que le mensonge s'eslève pour destruire les premiers points de la religion chrestienne, et destruire ce qui est nécessaire d'entendre des Sacremens, en sorte que l'usage en soit anéanly, lors s'ensuyt la
ruine de l'Eglise, tout ainsi que c'est fait de la vie de l'homme, quand le gosier est coupé, ou que le (;œur est navré. Ce que monstre sainct Paul, quand il dit que l'Eglise est fondée sur la doctrine des Prophètes et des Apostres, Jésus- Christ estant la principale pierre K Si le fondement de l'Eglise est la doclrine des Apostres et des Prophètes, laquelle enseigne les fidèles de constituer leur salut en Christ, qu'on osle cesle doctrine, comment l'édifice pourra-il demeurer debout? Il est doDcques nécessaire que l'Eglise déchée, quand la doctrine laquelle seule la soustient, est renversée. D'avantage, si la vraye Eglise est colomne et firmament de vérité ^, il n'y a point de doute que ce n'est pas l'Eglise où règne la fausseté et le mensonge.
2 Or puis que cela est en toute la Papauté, il est facile de juger quelle Eglise il y reste. Au lieu du ministère de la Parole, il y a un gouvernement pervers et confit de mensonges, lequel esteint ou estouflfe la pure clairté de la doctrine. Au lieu de la sacrée Cène de nostre Seigneur, il y a un sacrilège exécrable. Le service de Dieu y est du tout desfiguré par diverse forme de superstitions. La doctrine, sans laquelle la Chrestienté ne peut consister, y est ensevelie ou rejettée. Les assemblées publiques sont escholes d'idolâtrie et impiété. Il ne faut point doncques craindre qu'en nous retirant de la participation de ces sacrilèges, nous facions divorce avec l'Eglise de Dieu. La communion de l'Eglise n'a pas esté instituée à telle condition , qu'elle nous soit un lien pour nous astreindre à idolâtrie, impiété, ignorance de Dieu, et autres meschancetez, mais plustost pour nous entretenir en la crainte de Dieu, et en l'obéissance de sa vérité. Je sçay bien que les flatteurs du Pape magnifient grandement leur Eglise, pour faire à croire qu'il n'y en a point d'autre au monde. Puis après, comme s'ils avoyent gaigné leur procès, ils concluent que tous ceux qui se destournent de l'obéissance d'icelle, sont schismatiques : et que tous ceux qui osent ouvrir la bou-
1) Epbés. II, 20.
2) I Tim. UI, 15.
che pour répugner à la doctrine d'icelle sont hérétiques. Mais par quelle raison prouvent-ils qu'ils ayenl la vraye Eglise? ils allèguent des histoires anciennes, ce qui a esté autresfois en Italie, en Espagne et en la Gaule, et qu'ils sont descendus de ces saincts personnages, qui ont esté les premiers fondateurs des Eglises en tous ces pays-là, et qui ont enduré mort et passion pour la confirmation de leur doctrine. Pourtant que l'Eglise ayant ainsi esté consacrée entre eux, tant par les dons spirituels de Dieu, que par le sang des saincts 3îartyrs, a esté conservée par succession perpétuelle des Evesques, à ce qu'elle ne décheusi pas. Ils allèguent combien Irénée, Tertullien, Origène et sainct Augustin, et les autres anciens Docteurs ont estimé ceste succession. Toutesfois quiconques me voudra prester l'aureille, je luy monstreray clairement combien toutes ces allégations sont frivoles. J'exhorteroye aussi bien ceux qui les mettent en avant, d'appliquer leurs esprits à ce que je leur diray, si je pensoye proufiter quelque chose par les enseigner : mais pource que sans avoir aucun esgard à la vérité, ils ne cherchent autre chose qu'à maintenir leur proufit particulier, je parleray seulement pour les bons, et ceux qui ont désir^de cognoistre la vérité, et leur monstreray comment ils se pourront despescher de toutes ces cavillations. Premièrement, je demande à nos adversaires, pourquoy c'est qu'ils ne nous mettent en avant l'Afrique, l'Egypte et toute l'Asie. 11 n'y a autre cause sinon d'autant que ceste succession des Evesques y est faillie par le moyen de laquelle ils se vantent que l'Eglise a esté conservée entre eux. Ils revienent doncques à ce point-là, qu'ils ont la vraye Eglise, d'autant que jamais elle n'a esté destituée d'Kvesques, depuis qu'elle a commencé d'eslre, veu que les uns ont succédé aux autres par un ordre perpétuel. 3Iais que sera-ce, si je leur allègue d'autre costé la Grèce? Je leur demande doncques derechef, pourquoy c'est qu'ils disent que l'Eglise est périe en Grèce : entre lesquels ceste succession, laquelle selon leur fantasie est le seul moyen de conserver l'Eglise, n'a