LIVRE IV, CHAPITRE II
mesclians idolâtres. En Judée, il y eut beaucoup de changemens. Car aucuns des Rois corrompoyent le service de Dieu par fausses superstitions : les autres s'i'irorçoyent de réformer les abus qui y estoyent survenus. En la lin, les Prestres mesiiies polluèrent le temple de Dieu d'idolâtrie toute patente.
9 Maintenant que les Papistes nient s'ils peuvent, comment qu'ils taschent d'excuser leurs vices, que l'estjit de l'Eglise ne soit aussi corrompu et dépravé entre eux, comme il a esté au Royaume d'Israël sous Jéroboam. Or leur idolâtrie est plus lourde beaucoup, et ne sont point une seule goutte plus purs en doctrine, voire s'ils n'y sont plus impurs. Dieu m'est tt-smoin, et aussi seront tous ceux qui auront quelque droict jugement, que je n'amplilie rien en cest endroict : et la chose aussi le démonstre. Or quand ils nous veulent contraindre à la communion de leur Eglise, ils requièrent deux choses de nous. La première est, que nous communiquions à toutes leurs prières, Sacremens et cérémonies. La seconde, que tout ce que Jésus-Christ attribue d'honneur, de puissance et jurisdiction à son Eglise, nousl'altribuyonsàlaleur. Quant au premier, je confesse que les Prophètes qui ont esté en Jérusalem du temps que Testât public estoit desjà là fort dépravé, n'ont point sa<'rilié à part, et n'ont point fait des assemblées séparées des autres pour prier. Car ils avoyent le commandement de Dieu, par lequel il leur estoit ordonné de venir au temple de Solomon ^ Ils sçavoyent que les Prestres léviiiques, combien qu'ils fussent indignes d'un tel office, néantmoins pource qu'ils avoyent esté ordonnez de Dieu, et n'estoyent \»oint encores déposez, devoyent estr e recognus pour ministres légitimes, ayans le degré de prestrise'. D'avantage, ce qui est le principal point de nostre dispute, on ne les contraignoit à nulle façon de faire superstitieuse. Qui plus est, ils ne faisoyent rien qui ne fust institué de Dieu. Entre les Papistes, qu'est-ce qu'il y a de semblable? Car à grand'peine nous pouvons-nous assembler une fois avec eux,
1) Deut. XII, 13, 14.
2) Ex. XXIX, 9.
qu'il ne nous fale contaminer en idolâtrie manifeste. Certes le principal lien de la communion qu'on peut avoir avec eux, est en la Messe, laquelle nous rejetions comme un sacrilège extrême. Si c'est à tort ou à droict, nous le verrons en un autre lieu. Pour le présent ce m'est assez de monstrer que nous avons en cest endroi(;t une autre cause que n'ont pas eue les Prophètes, lesquels n'estoyent contraints de veoir ou faire aucunes cérémonies, sinon instituées de Dieu, jà soit qu'ils sacritiassent avec les meschans. Si doncques nous voulons avoir un exemple du tout semblable, il le faut prendre du Royaume d'Israël. Selon l'ordonnance de Jéroboam, la Circoncision y estoit observée, on y faisoit les sacritices, on y tenoit la Loy pour saincte, on y invoquoit le Dieu qui avoit esté adoré par les Pères : toutesfois à cause des cérémonies con-trouvées et forgées contre la défense de Dieu, tout ce qui s'y faisoit estoit réprouvé comme damnable*. Qu'on m'allègue un seul Prophète, ou quelque autre fidèle, qui ait jamais adoré ou sacrifié en Béthel. Ils n'avoyent garde : car ils sçavoyent bien qu'ils ne le pouvoyent faire, sans se souiller en quelque sacrilège.
Nous avons doncques que la communion de l'Eglise ne se doit point estendre jusques-Ià, que quand une Eglise déclineroit à des façons de servir Dieu vicieuses et profanes, il la fale ensuyvre.
10 Mais nous avons encores meilleure cause de leur résister quant à l'autre point. Car entant qu'il est dit qu'il nous faut porter pévérence à l'Eglise, luy donner authorité, recevoir ses admonitions, estre sujets à son jugement, s'accorder du tout à icelle : selon ceste considération nous ne pouvons point ottroyer le nom d'Eglise aux Papistes, qu'il ne nous soit nécessaire de leur rendre sujétion et obéissance. Toutesfois je leur ottroyeray volontiers ce que les Prophètes ont donné aux Juifs et Israélites de leur temps, quand les choses y estoyent en semblable estât ou meilleur. Or nous voyons que les Prophètes crient par tout, que les assemblées d'iceux sont conventicules profanes,
1) I Rois XII, 31.
avec lesquelles il ne seroit non pins licite de consentir, que de renoncer Dieu*. Et de faict, si telles assemblées eussent esté Eglises, il s'ensuyvroit qu'Elie, Miellée et les autres Prophètes semblables d'Israël, eussent esté esiranges de l'Eglise : semblablement en Judée, Isaïe, Jérémie, Osée et les autres lesquels estoyent en plus grande exécration, tant aux Prophètes et Prestres de leur temps qu'au commun peuple, que s'ils eussent esté Payens. Semblablement si telles assemblées eussent esté Eglises, il s'ensuyvroit que l'Eglise de Dieu ne seroit point colomne de vérité "^ : mais (irmament de mensonge : et ne seroit point le sanctuaire de Dieu, mais un réce|>iacle d'idoles. Il convenoit doncquesaux Prophètes de n'avoir nul consentement avec telles assemblées, veu que c'eust esté une conspiration meschante contre Dieu. Par mesme raison si quelqu'un recognoist pour Eglises les assemblées qui sont sous la tyrannie du Pape, lesquelles sont contaminées d'idolâtrie, de diverses supersiitions et de meschante doctrine, pensant qu'il fale persister en leur communion, jusques à consentir à leur doctrine, cestuy-là erre grandement. Car si ce sont Eglises, elles ont la puissance des clefs. Or les clefs sont conjoincles d'un lien per|)étuel avec la Parole, laquelle en est exterminée. Item, si ce sont Eglises, ceste promesse de Jésus-Christ leur appartient, que tout ce qu'ils auront lié en terre sera lié au ciel', etc. Or tous ceux (jui font profession sans feintise d'estre serviteurs de Jésus-Christ, en sont rejcttez. Paniuoy, ou la promesse de Jésus-Christ seroit vaine, ou ce ne sont point Eglises : au moins selon ceste considératiun. Finalement, au lieu d'y avoir le ministère de la Parole, on n'y a que des escholes d'impiélé, et un abysme de toutes espèces d'erreur. Parquoy encores ne sont-co point Eglises quant à ce regard, où il n'y restera nulle marque, par l3(|uejle les sainctes assemblées des fidèles soyent discernées des convenlicules des Turcs.
1 1 Toutesfois comme il y avoit encores pour lors quelques prérogatives apparte-
1) Is. I, 14. 2) i Tim. III, 15.
3) Malth. XVI, 19 ; XYIII, 18 ; Jean XX, 23.
nantes à l'Eglise, qui restoyent aux Juifs : aussi nous ne nions pas que les Papistes aujourd'huy n'ayent quelques traces qui leur sont demeurées par la grâce de Dieu, de la dissipation de l'Eglise. Dieu avoit une fois fait s(m alliance avec les Juifs, laquelle persistoit entre eux : estant pluslosi appuyé en sa propre fermeté, que pource qu'elle fust observée d'eux.
Oui plus est, leur impiété estoit comme un empeschement, lequel il faloit qu'elle surmontast. Pourtant, combien que par leur desloyauté ils méritoycnt bien que Dieu relirast son alliance d'eux, né.intmoins selon qu'il est constant et ferme à exercer sa bonté, il coniinuoit tousjours de maintenir sa promesse entre eux. Ainsi la Circoncision ne pouvoit tellement estre souillée de leurs mains impures, qu'elle ne fust tousjours signe et sacrement de l'alliance de Dieu. El pour ceste raison Dieu appeloit les enfans qui naissoyent de ce peuple-là, siens ' : lesquels ne luy eussent de rien appartenu, sinon par une bénédiction spéciale. En ceste manière, d'autant qu'il a mis une fois son alliance en France, en Italie, en l'Alemagne et autres pais, combien que tout ait esté après oppressé par la tyrannie de l'Anleclirist, néantmoins alin que son alliance y demeurasl inviolable, il a voulu que le Baptesme y soit demeuré pour tesmoignage d'icelle alliance : lequel d'autant qu'il e.-l ordonné et consacré de sa bouche, relient sa vertu maugré l'impiélé des hommes. Semblablement il a fait par sa providence, qu'il y demeurast aussi d'autres reliques, afin que l'Eglise ne périst point du loul. Et comme aucunesfois les basiimcns sont démolis en telle sorte, que les fondemens demeurent el quelques apparences de la ruine : aussi nostre Seigneur n'a point permis que son Eglise fust tellement rasée ou desiruite par l'Antéchrist, qu'il n'y demeurast rien de l'édilice. Et combien que pour se venger de l'ingraliiude des hommes qui avoyen-i mesprisé sa parole, il ait penids qu'il se fcist une horrible ruine, toutesfois il a voulu qu'il y demeurasl encores quelque portion de reste,
1) Ezéch. XVI 20