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CHAPITRE III

Des Docteurs et Ministres de l'Eglise, et de leur élection et office.

1 Maintenant il nous faut traitter de l'ordre, selon lequel Dieu a voulu que son Eglise fust gouvernée. Car combien que lu\ seul doyve gouverner et régir en son Eglise, et y avoir toute prééminence, et que son gouvernement et empire se doyve exercer par sa seule Parole : toutesfois pource qu'il n'habite point avec iious par présence visible, en sorte que nous puissions ouyr sa volonté de sa propre bouche, il use en cela du service des hommes, les faisant conmie ses lieutenans ^ : non point pour leur résigner son honneur et supériorité, mais seulement pour faire son œuvre par eux, tout ainsi qu'un ouvrier s'aide d'un instrument. Je suis contraint de réitérer ce que j'ay desjà exposé ci-dessus. Il est vray qu'il pourroit bien faire cela par soy-mesme, sans autre aide ny in-

1J Dan. lï, 27 ; ï Thess. 11, 4. 2) Malth. XXVI, 11.

strument, ou par ses Anges ; mais il y a plusieurs causes pourquoy il aime mieux le faire par les hommes. Premièrement, en cela il déclaire quelle amitié il nous porte, quand il choisit d'entre les hommes ceux qu'il veut faire ses Ambassadeurs ^ qui ayent l'office de déclairer sa volonté au monde, et qui mesmes représentent sa personne : et en cela il approuve par etfect, que ce n'est pas sans cause qu'il nous appelle si souvent ses temples ^, veu que par la bouche des hommes il parle à nous comme du ciel, Se<'ondement, ce nous est un Irèsbon et utile exercice à humilité, quand il nous accouslume à obéir à sa Parole, encores qu'elle nous soit preschée par des hommes semblables à nous, voire mesmes quelquesfois inférieurs en dignité. S'il

1) t Cor. V, 20.

2) 1 Cor. 111, 16; VI, 19; î Cor. VI, 16. Qu'on lise sur cela sainct Augustiu, au livre I de la Uo^lrint (./ires(i«rmp .

parloil luy-mesnie du ciel, ce ne seroit point de nieiveilles si tout le inonde recevoit incontinent son dire en crainte et révérence. Car qui est-ce qui ne seroit estonné de sa puissance, quand il la verroit à l'œil? qui est-ce qui ne seroit effrayé au premier regard de sa majesté?

qui est-ce qui ne seroit confus, voyant sa clairté inlinie ? Mais quand un homme de basse condition et de nulle authorilé quant à sa personne, parle au nom de Dieu, nous déclairons lors par bonne et certaine expérience nostre humilité et l'honneur que nous portons à Dieu, si nous ne faisons nulle difficulté de nous rendre dociles à son ministre, combien qu'en sa personne, il n'ait aucune excellence par-dessus nous. Ainsi pour ceste raison semblablement Dieu cache le thrésor de sa sagesse céleste en des vaisseaux fragiles de terre ', pour expérimenter tant mieux en quelle estime nous l'avons. Tiercement, il n'y avoit rien plus propre pour entretenir charité fraternelle entre nous, qu'en nous conjoignant par ce lien, que l'un soit ordonné Pasteur pour enseigner les autres, et qu'iceux reçoyvent doctrine et instruction de luy. Car si chacun avoit en soy tout ce qu'il luy faut, sans avoir affaire des autres, selon que nostre nature est orgueilleuse, chacun de nous mespriseroit ses prochains, et seroit aussi mesprisé d'eux.

Pourtant Dieu a conjoinct son Eglise d'un lien, lequel il voyoit eslre le plus propre à conserver unité: asçavoir quand il a commis le salut et vie éternelle aux hommes, atin qu'elle fust communiquée par leurs mains aux autres. Et à cela regardoit sainct Paul en escrivant aux Ephésiens, quand il dit. Vous estes un corps et un esprit, comme vous estes appelez en une mesme espérance de vostre vocation. Il n'y a qu'un Seigneur, une foy, un Baptesme, un Dieu et Père de nous tous, qui est sur toutes choses, et espandu par tout, et habile en nous tous : mais à un chacun de nous a esté donnée la grâce, selon la mesure de la donation de Christ. Pourtant il est dit qu'estant monté en haut il a mené ses enne-

1) 2 Cor. IV, 7

mis captifs, et a distribué dons aux hommes. Celuy qui est monté, estoit au auparavant descendu : et est monté afin d'accomplir toutes choses. Pourtant, il a ordonné les uns Apostres^ les autres Prophètes, les autres Evangélistes, les autres Pasteurs et Docteurs, pour la réparation des saincts, pour l'œuvre de l'administration, pour l'édifice du corps de Christ, jusques à ce que nous parvenions tous en unité de foy, et de la cognoissance du Fils de Dieu, en aage parfait : que nous ne soyons plus petis enfans pour estre esbranlez à tout vent de doctrine, mais que suyvans vérité en dilection, nous croissions en celuy qui est le chef, asçavoir Jésus-Christ : auquel tout le corps estant conjoinct par ses nerveures et liaisons, prend accroissement en charité, par la grâce qui est suggérée selon la mesure d'un chacun membre ^

2 Par ces paroles il signifie premièrement que le ministère des hommes, duquel Dieu use pour gouverner son Eglise, est comme la joincture des nerfs, pour unir les tidèles en un corps. Secondement, il démonstre que l'Eglise ne se peut autrement maintenir en son entier, qu'en s'aidant de ces moyens, lesquels le Seigneur a instituez pour la conservation d'icelle : Jésus-Christ, dit-il, est monté en haut pour accomplir ou remplir toutes choses 2. Or le moyen est qu'il dispense et distribue à son Eglise ses grâces par ses serviteurs, lesquels il a commis en cest office, et ausquels il a donné la faculté de s'en pouvoir acquitter : et mesmes il se fait aucunement présent à son Eglise par eux, donnant efficace à leur ministère par la vertu de son Esprit, à ce que leur labeur ne soit point vain. Voylà doncques comme la restauration des saincts se fait : voylà comme le corps de Christ est édifié, comme nous croissons du tout en celuy qui est le chef, comme nous sommes unis entre nous, comme nous sommes tous réduits à l'unité de Christ^: asçavoir quand la Prophétie a lieu entre nous, quand nous recevons les Apostres, quand

1) Epîiés. IV. 4-lB.

3) Ephés. IV, 12, 13.

Eîihés. IV, 10.

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