‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 192 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE

nous ne mesprisons point la dortiine laquelle nous est présentée. Quiconques doncques veut abolir un tel ordre et telle espèce de régime, ou bien le niesprise comme s'il n'estoit point nécessaire, machine de dissiper l'Eglise, ou mesnies de la ruiner du tout. Car il n'y a ne la clairlé du soleil, ne viande, ne bruvage qui soit tant nécessaire pour conserver la vie présente, qu'est l'ofliee d'Apostres et de Pasteurs pour conserver l'Eglise.

3 Pourtant j'ay desjà adverty ci-dessus, que nostre Seigneur a exalté la dignité de cest estât de toutes les louanges qu'il esloit possible: alinque nous l'ayons en estime comme une chose excellente dessus toutes les autres. Quand il commande au Prophète de crier que les pieds des Evangélistes sont beaux ', et que leur advénement est bien heureux : quand il nomme les Apostres, La clairté du monde, et le sel de la terre ^ : par cela il dénote qu'il fait une singulière grâce aux hommes en leur envoyant des Docteurs. Finalement, il ne pouvoit priser plus hautement cest estât, qu'en disant à ses Apostres, Qui vous escoute, il m'escoute, et qui vous rejette, nie rejette ^. 31ais il n'y a nul passage plus notable, qu'un de sainct Paul en la seconde Epistre aux Corinthiens, où il traitte de propos délibéré ceste question. 11 dispute doncques qu'il n'y a rien plus digne ne plus excellent en l'Eglise, que le ministère de l'Evangile, d'autant qu'il est ministère de l'Esprit, de salut et de vie éternelle *. Toutes ces sentences et les semblables revienentàun but, c'est que nous n'ayons point en mespris, et n'anéantissions point par nostre nonchalance la façon de gouverner l'Eglise par le ministère des hommes, que Jésus-Christ a institué pour durer à tousjours. D'avantage, il a déclairé non-seulement de paroles, mais aussi par exemples, combien c'estoit une chose nécessaire. Quand il voulut illuminer Cornille le Centenier plusplenement en la cognoissance de l'Evangile, il luy envoya un Ange pour le renvoyer à sainct Pierre \ Quand il voulut appeler sainct

1) Is. LU, 7.

3) Luc X. 16.

5) Ael. X, 3.

2) Malth. V, \3, 14.

4) 2Cor. III, 9; IV,

Paul à soy, et le recevoir en son Eglise, il parla à luy de sa propre bouche^:

néantmoins il le renvoya à un homme mortel, pour recevoir la doctrine de salut, et le sacrement de Baptesme. Si cela ne s'est point fait témérairement, qu'un Ange, qui est autrement messager de Dieu, se soit déporté d'annoncer l'Evangile, mais ait envoyé quérir un homme pour ce faire : que Jésus-Christ, qui est le î\laislre unique des fidèles, au lieu d'enseigner sainct Paul, l'ait renvoyé à l'eschole d'un homme: sainct Paul, di-je, lequel il vouloit ravir au troisième ciel, pour luy révéler des secrets admirables^ : qui est-ce qui osera maintenant mespriser le ministère humain, ou le laisser là comme superflu, veu que nostre Seineur en a tellement approuvé l'usage et la nécessité ?

4 Touchant de ceux qui doyvent présider en l'Eglise, pour la régir selon l'ordonnance de Christ , sainct Paul met en premier lieu les Apostres, puis les Prophètes, ticrcement les Evangélistes, après les Pasteurs, finalement les Docteurs^.

Mais de tous ceux-là il y en a deux , desquels l'office est ordinaire en l'Eglise chrestipune : les autres ont esté suscitez par la grtàce de Dieu du commencement, c'est-à-dire quand l'Evangile commença d'estre presché. Combien que quelquesfois encores il en suscite quand la nécessité le requiert. Si on demande quel est l'office des Apostres, il appert par ce commandement qui leur fut fait. Allez, preschez l'Evangile à toute (Téature*. Il ne leur assigne point certaines bornes à un chacun, mais il leur donne charge de réduire tout le monde en son obéissance; afin qu'en semant l'Evangile par tout où ils pourront, ils exaltent son règne en toutes nations. Parquoy sainct Paul voulant approuver son Apostolat, ne dit point qu'il ait acquis quelque certaine ville à Jésus-Christ, mais qu'il a çà et là publié lEvangile, et qu'il n'a point basti sur le fondement des autres, mais qu'il a planté des Eglises où le nom du Seigneur Jésus n'avoit point esté ouy ^ Les Apostres

i) Acl. IX, 6.

3) Ephés. IV, 11.

5) Rom. XV, 19, 2

2) 2 Cor. XII, S.

4) Marc XVI, 15.

doncques ont esté envoyez pour réduire le monde de la dissipation où il estoit , en l'obéissance de Dieu, et édifier par tout son règne par la prédication de l'Evangile : ou bien si quelqu'un l'aime mieux ainsi, pour faire les fondemens de l'Eglise par tout le monde , comme par les premiers et principaux maistres de l'édilice. Sainct Paul appelle Prophètes, non pas en commun tous exposileurs de la volonté de Dieu, mais ceux qui avoyent quelque singulière révélation par-dessus les autres ^ Or il n'y en a point de nostre temps, ou bien ils ne sont pas cognus comme alors. Par le nom d'Evangélistes, j'enten ceux qui avoyent un office prochain à celuy des Apostres, combien qu'ils fussent inférieurs en dignité comme ont esté Luc, Timothée, Tile et les autres semblables. Possible que nous pourrons aussi bien mettre en ce rang les Septante disciples que Jésus-Christ esleut pour estre en second degré après ses Apostres ^ Si on reçoit ceste interprétation, comme je pense que c'est le vray sens de sainct Paul , ces trois offices n'ont pas esté ordonnez pour estre perpétuels en l'Eglise, mais seulement pour le temps qu'il faloit dresser les Eglises où il n'y en avoit point ; ou bien qu'il faloit annoncer Jésus-Clirist aux Juifs, atin de les amener à luy comme à leur Rédempteur. Combien que je ne nie pas que Dieu n'ait encores suscité des Apostres puis après, ou bien des Ev.ingélisies en leur lieu, comme nous voyons qu'il a esté fait de nostre temps. Car il esioit mestier qu'il y en eust de tels poui' réduire au droict chemin le povre peuple, qui s'estoit deslourné après l'Antéchrist. ISéantmoins je di que c'est un office extraordinaire , pource qu'il n'a point de lieu où les Eglises sont deuemenl ordonnées. S'ensuyvent les Docteurs et les Pasteurs, desquels l'Eglise ne se peut jamais passer. Or je pense que c'est la différence entre ces deux espèces, que les Docteurs n'ont point charge de la discipline, ne d'administrer les Sacremens, ne de faire les exhortations et remonstrances : mais seulement d'exposer l'Escri-

1) Epliés. IV, II.

2) Luc X, 1.

ture, afin qu'il y ait tousjours saine doctrine et pure conservée en l'Eglise. Or la charge des Pasteurs s'estend à toutes ces choses.

5 Nous avons maintenant quels ont esté les offices ordonnez à un temps pour le régime de l'Eglise , et quels ont esté ceux qui ont deu durer à tousjours. Si nous voulons conjoindre les Evangélistes avec les Apostres, pour en faire une seule espèce, il nous restera deux couples correspondantes l'une à l'autre. Car telle similitude qu'ont les Docteurs avec les Prophètes , est des Apostres avec les Pasteurs. L'office des Prophètes a esté plus excellent, à cause du don singulier de révélation qui leur estoit fait : mais l'office des Docteurs a du tout une mesme fin , et s'exerce quasi par un mesme moyen. Ainsi, les douze Apostres que Jésus-Christ esleut pour publier son Evangile par tout le monde, ont excédé tous les autres en dignité et en ordre. Car combien que selon la déduction du mot, tous ministres de l'Eglise se peuvent nommer Apostres ', d'autant qu'ils sont envoyez de Dieu, et sont ses messagers, toutesfois pource qu'il estoit hien requis que la vocation de ceux qui devoyent mettre en avant l'Evangile du temps qu'il estoit nouveau, fust approuvée par certain tesmoignage , il convenoit que ces douze-là qui avoyent telle commission, et sainct Paul qui a esté puis après adjousté à leur compagnie', fussent ornez d'un tiltre excellent pardessus les autres. Sainct Paul fait bien cest honneur à Andronique et Junie, de les nommer Apostres, voire excellens entre les autres ^ : mais quand il veut parler proprement, il n'attribue ce nom qu'à ceux qui avoyent telle prééminence que nous avons dite : et tel est l'usage commun de l'Escriiure. Toutesfois les Pasteurs ont une semblable charge qu'estoit celle des Apostres , excepté que chacun d'eux a son Eglise limitée. Il est mestier d'exposer plus clairement que cela veut dire.

6 Nostre Seigneur envoyant ses Apostres, leur commanda , comme dit a esté ,

1) Mallh. X, 1 ; Luc YI, 13, 2) Gai. I, 1 ; Ad. IX, 18. 3) Rom. XVI, 7.

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