LIVRE IV, CHAPITRE III
de prescher l'Evangile , et de baptiser tous croyans en la rémission dos pédiez '. Or au paravant il leur avoil ordonné de distribuer à son exemple le Sacrement de son corps et de son sang '. Vo> là une loy inviolable qui est imposée à tous ceux qui se disent successeurs des Apostres la(iu('lle ils doyvent observer à perpétuité: c'est de prescher l'Evan2;ile et administrer les Sacremens. Dont je conclu que ceux qui néglii^eiit l'un et l'autre , faussement prétendent d'esire en Testât Aposîolique. Que dirons-nous des Pasteurs ? Sainct Paul ne parle point de soy : mais d'eux tous, quand il dit, Qu'on nous estime comme serviteurs de Christ, et dispensateurs des mystères de Dieu*.- Item, en un autre passage, il faut qu'un Evesque soit diligent observateur de la doctrine de vérité, afin qu'il puisse exhorter le peuple par saine doctrine, et rédarguer tous conlredisans *•. De ces deux sentences et des autres semblables, nous pou^ons inférer que l'office des Pasteurs coniient ces deux parties : asçavoir, d'annoncer l'Evangile et administrer les Sacremens. Or la façon d'enseigner n'est pas seulemenl de prescher en public , mais appartient aussi aux admonitions particulières. Pourlant sainct Paul appelle les Epliésicns en tesmoins qu'il n'a point fuy qu'il ne leur ait annoncé tout ce qui leur esloit expédient de sçavoir, les enseignant en public et par les maisons , recommandant aux Juifs et aux Gentils la pénitence et foy en Jésus- Christ". Item, un peu après il proteste qu'il n'a cessé d'admonester un chacun d'eux avec larmes^. Or mon intention n'est pas de raconter yci toutes les vertus d'un bon Pasteur, mais seulement de monstrer en brief quelle profession font ceux qui se nomment Pasteurs, et veulent estre tenus pour tels : c'est de tellement présider en l'Eglise , qu'ils n^yent point une dignité oisive , mais qu'ils instruisent le peuple en la doctrine chreslienne, qu'ils administrent les Sacremens, et qu'ils corrigent les fautes par bonnes admonitions, usans de la dis-
1) MatUi. XXVni, 19.
3) I Cor. IV, 1.
6) Acl. XX, ÏO, 21.
î) LucXXII, (9.
*) Tile I, 9.
6) Acl. XX, 31.
cipline paternelle que Jésus-Christ a ordonnée. Car Dieu dénonce à tous ceux (ju'il met pour faire le guet en l'Eglise, que si quelqu'un périt en son ignorance parleur négligence, (ju'il en requerra le sang de leurs mains '. Semblablement ce que dit sainct Paul leur compète à tons: asçavoir qu'ils sont maudits s'ils ne preschent l'Evangile, vcu que la dispensalion l8ur en est commise ^ Finalement, ce que les Apostres ont fait par tout le monde, un chacun Pasteur est attenu de le faire en son Eglise , à laquelle il est député.
7 Combien qu'en assignant à un chacun son Eglise, nous ne nions point que celuy qui est lié en un lieu ne puisse bien aider les autres Eglises, soit qu'il y surveinst quelque tumulte lequel peut estre appaisé par sa présence, soit qu'on vousist user de son conseil en queUjue difficulté. i\lais pource que ceste police est nécessaire pour entretenir la paix des Eglises, asçavoir qu'un chacun sçache sa charge, afin qu'ils ne courent tous en un lieu pour troubler l'un l'autre, et que de là n'adviene confusion : semblablement que ceux qui ont plus de soin de leur aise ou de leur proulit que de l'éditicalion de l'Eglise, n'abandonnent leur lieu à leur fantasie, cesle division des places se doit communément observer tant qu'il est possible, atin qu'un chacun se tenant en ses limites, ne s'ingère point d'usurper la charge des autres. Et cela n'est point inventé des hommes, mais est institué de Dieu mesme. Car nous lisons que sainct Paul et Barnabas ont ordonné des Prestres par toutes les Eglises de Lystre, d'Antioche et d'Iconie ^ Aussi sainct Paul commande à Tile d'ordonner des Prestres en chacun lieu '*. Suyvant cela il fait mention des Evesques de Philippes ": et en un autre passage, d'ArchippusEvesque des Colossiens^ Pareillement sainct Luc récite la prédication qu'il feit aux Prestres de l'Eglised'Ephèse '', Pourtant quiconques auraprins la charge d'une Eglise, qu'il sache qu'il est obligé
1) Ezéch. III, 17.
3) Acl. XIV, 23.
5) Phil. I, 1.
7) Acl. XS, 18, de
2) 1 Cor. IX, 16.
4) Tile I, 5.
6) Col. IV, 17.
à la servir selon la vocation de Dieu : non pas qu'il soit là tellement attaclié qu'il n'en puisse jamais bouger, quand la nécessité publique le requerroit, moyennant que cela se face par bon ordre : mais i'enten que celuy qui est appelé en un lieu, ne doit plus penser de changer et prendre de jour en jour nouvelle délibération, selon que sa commodité se portera. Secondement, quand il seroit expédient que quelqu'un changeast de place, j'enten qu'il ne doit point attenter cela de sa propre teste, mais qu'il se doit reigler par l'authorité publique de l'Eglise.
8 Au reste, ce que j'ay nommé indifféremment ceux qui ont le gouvernement de l'Eglise, Evesques, Prestres, Pasteurs et Ministres, je l'ay tait suyvant l'usage de l'Escriture, laquelle prend tous ces mots pour une mesme chose. Car tous ceux qui ont charge d'administrer la Parole, sont là nommez Evesques. En ceste manière sainct Paul, après avoir commandé à Tite d'ordonner des Prestres en chacun lieu, adjouste quant et quant, Car il faut que l'Evesque soit irrépréhensible ^ Suyvant cela il salue les Evesques de Philippes ^ comme estans plusieurs en un mesme lieu. Et sainct Luc, après avoir dit que sainct Paul convoqua les Prestres d'Ephèse, les nomme puis après Evesques ^. Or nous avons yci à noter, que jusques à ceste heure je n'ay parlé que des offices qui consistent en l'administration de la Parole : comme aussi sainct Paul ne fait mention que de ceuxlà en ce chapitre IV'' des Ephésiens que j'ay allégué. Mais en l'Epistre aux Romains, et en la première aux Corinthiens il en récite d'autres, comme les puissances, les dons de guairir maladies, les gouvernemens, l'interprétation, la charge de soliciter les povres * : desquels nous laisserons là ceux qui n'ont esté que pour un temps, pource qu'il n'est jà besoin pour le présent de nous y arrester. Il y en a deux espèces qui durent à perpétuité : asçavoir, les gouvernemens et la solicitude des povres. Or j'estime qu'il appelle Gouverneurs, les Anciens qu'on
1) Tite I, 5, 6.
3) Acl. XX, 17.
2) Phil. I, 1.
4) Rom. XII,
i, 8 , I Cor. XII, :
eslisoit d'entre le peuple pour assister aux Evesques à faire les admonitions, et tenir le peuple en discipline. Car on ne peut autrement exposer ce qu'il dit, Celuy qui gouverne, qu'il face cela en solicitude ^ Pourtant du commencement chacune Eglise a eu comme un conseil ou consistoire de bons preud'homraes, graves et de saincte vie, lesquels avoyent l'authorité de corriger les vices comme il sera veu puis après. Or (lue cest estât n'ait point esté pour un seul aage, l'expérience le démonstre. Il faut doncques tenir que cest office de gouvernement est nécessaire pour tout temps.
9 La solicitude des povres a esté commise aux Diacres : combien que sainct Paul en met deux espèces en l'Epistre aux Romains, Celuy qui distribue, dit-il, qu'il le face en simplicité : celuy qui exerce miséricorde, qu'il le face joyeusement ^. Veu qu'il est certain qu'il parle là des offices publiques de l'Eglise, il faut qu'il y ait eu deux genres de Diacres différens. Or si je ne suis bien abusé, au premier membre il dénote les Diacres qui administroyent les aumosnes : au second, ceux qui avoyent la charge de penser les povres, et leur servir : comme esloyent les vcfves, desquels il fait mention à Timothée. Car les femmes ne pouvoyent exercer autre office publique, que de s'employer au service des povres ^. Si nous recevons ceste exposition, comme elle en est digne, veu qu'elle est fondée en bonne raison, il y aura deux genres de Diacres : dontles premiers serviront à l'Eglise, en gouvernant et dispensant les biens des povres : les seconds, en servant les malades et les autres povres. Or combien que le nom de Diaconie s'estende plus loing, toutesfois l'Escriture nomme spécialement Diacres, ceux qui sont constituez par l'Eglise pour dispenser les aumosnes, et qui sont comme receveurs ou procureurs des povres, desquels l'origine, l'institution, et la charge est descriie aux Actes par sainct Luc *. Car pource qu'il se leva un murmure entre les Grecs, d'autant qu'on ne tenoit conte de leurs vefves au ministère des
1) Rom. XII, 8.
3) 1 Tim. V, 9, iO.
2) Rom. XII. 8.
i) Act VI, 3.