LIVRE IV, CHAPJTRK III
povres, les Apostres s'excusans qu'ils ne pouvoyent satisfaire à deux ofilces, asçavoir à la prédication, et au soin de nourrir les povres, requirent au peuple qu'il esleust sept hommes de bonne vie qui eussent ceste charge. Voylà quels ont esté les Diacres du temps des Apostres, et quels nous les devons avoir à l'exemple de l'Eglise primitive.
4 0 Or comme ainsi soit que toutes choses se doyvent faire en l'Eglise décentement et par bon ordre \ principalement cela se doit observer quant au gouvernement, d'autant qu'il y auroit plus de danger en cela qu'en tout le reste, s'il se commettoit quelque désordre. Parquoy, afin que plusieurs esprits volages et séditieux ne s'ingérassent témérairement à l'office d'enseigner ou régir l'Eglise, nostre Seigneur a nommément ordonné que nul n'entrast en office public sans vocation. Pourtant à ce qu'un homme soit tenu pour vray minisire de l'Eglise, il est premièrement requis qu'il soit deuement appelé^ : puis conséquemment qu'il responde à sa vocation, c'està-dire qu'il exécute la charge qu'il a prinse : ce que nous pouvons appercevoir en sainct Paul en plusieurs passages.
Car partout où il veut approuver son Apostolat, il allègue communément tant sa vocation, que sa loyauté à s'acquitter de son devoir ^ Si un si grand ministre de Jésus-Christ ne s'ose attribuer authorité pour eslre ouy en l'Eglise, sinon d'autant qu'il est constitué par l'ordonnance du Seigneur, et qu'il s'acquitte tidèlement de sa commission : quelle impudence sera-ce, si quelqu'un, quiconques qu'il soit, veut usurper le mesme honneur, estant destitué de vocation, ou ne faisant point ce qui est du devoir de son office? Mais pource que nous avons n'aguères touché de la charge, il nous faut à présent traitter seulement de la vocation.
11 Or ceste matière gist en quatre points : c'est que nous sçachions quels doyvent estre les ministres qu'on eslit, comment on les doit eslire, qui sont ceux qui ont le droict d'élection, et avec quelle
0 1 Cor. XIV, 40.
3) Rom. I, 1; ICor. I, 1.
2) liéb. V, 4.
cérémonie on les doit Introduire en leur charge. Je parle seulement de la vocation extf^rieure, laquelle appartient à l'ordre de l'Eglise : me taisant de la vocation secrète, de laquelle un chacun ministre doit avoir tesmoignage en sa conscience devant Dieu, et dont les hommes ne peuvent estre tesmoins. Or ceste vocation secrète est une bonne asseurance (lue nous devons avoir en nosire cœur, que ce n'a point esté pour ambition ne pour avarice que nous avons prins cest estât : mais d'une vraye crainte de Dieu, et par un bon zèle d'édifier l'Eglise. Cela est bien requis comme j'ay dit, en chacun de nous qui sommes ministres, si nous voulons que nostre ministère soit approuvé de Dieu. Néanlmoins si quelqu'un y entre par mauvaise conscience , il ne laisse point d'estre deuement appelé quant à l'Eglise, moyennant que sa meschanceté ne soit point descouverte. Nous avons aussi accoustumé de dire d'aucuns hommes privez, qu'ils sont appelez au ministère quand nous les voyons après cela : d'autant que la science avec la crainte de Dieu, et les autres vertus d'un bon Pasteur sont comme une préparation pour y venir. Car ceux que Dieu a esleus à cest office, il les garnit premièrement des armes qui sont requises pour l'exploiter, afin qu'ils n'y vienent point vuides et mal apprestez. Pourtant sainct Paul en la première aux Corinthiens voulant traitter des offices, commence par les dons que doivent avoir ceux qui y sont appelez ^ Mais pource que c'est le premier point des quatre que j'ay proposez, venons à le déduire.
12 Quels doyvent estre ceux qu'on eslit pour Evesques, sainct Paul le monstre amplement en deux passages. La somme toulesfois revient là, qu'il n'en faut point eslire qui ne soyent de saine doctrine et de saincte vie, et ne soyent point entachez de quelque vice notable, lequel les rende contemptibles, et face que leur ministère soit en opprobre 2. 11 y a une mesme raison aux Diacres et aux Prestres. Pour le premier, il faut tousjours regarder qu'ils ne soyent point ineptes
1) l Cor. XU, 8. 2) 1 Tim. UI, 2, 3 ; Tite I, 9.
ou insuffisans à porter la charge qu'on leur baille : c'est-à-dire , qu'ils soyeiil garnis des choses lesquelles sont requises à faire l'office. En ceste sorte, nostre Seigneur Jésus-Christ voulant envoyer ses Aposlres, les a premièrement douez et pourveus des armes et instrumens dont ils ne se pouvoyent passer '. Et sainct Paul ayant mis la description d'un bon Evesque, admoneste Timoihéede ne se point souiller en eslisant ceux qui n'auroyent point telle suffisance ^. Ce mot que nous avons mis , comment ils les faut eslire, ne se doit rapporter à la cérémonie, mais à la révérence et solicitude de laquelle on doit user en faisant telle élection. A quoy appartienent les jusnes et prières que sainct Luc dit que les tidèles faisoyent, ayans à créer des Prestres *. Car pource qu'ils sçavoyent bien que c'esloit une chose de fort grande importance, ils n'osoyent rien attenter sinon avec grande crainte, en pensant bien à ce qu'ils avoyent à faire. Principalement ils faisoyent leur devoir de prier Dieu pour demander l'Esprit de conseil et discrétion.
13 Le troisième point que nous avons mis en nostre division, estoit, A qui il appartient d'eslire les ministres. Or on ne peut prendre une certaine reigle de cela en l'institution ou élection desÂpostres, d'autant (}u'elle n'a point esté du tout semblable à la vocation commune des autres. Car pource que c'estoit un office extraordinaire, afin qu'ils eussent quelque |)rééminence pour estre discernez d'avec les autres, il afalu qu'ils ayent esté esleus de la propre bouche du Seigneur. Les Apostres doncques ont esté ordonnez en leur estât, non point par élection humaine, mais par le seul commandement de Dieu et de Jésus-Christ.
De là aussi vient, que quand ils en voulurent substituer un au lieu de Judas, ils n'en osèrent point nommer un lequel y fust : mais ils en piindrent deux, prians Dieu qu'il déclairast par sort lequel il avoit choisi *. Et en ce mesme sens faut prendre ce que dit sainct Paul aux Gala-
1) Luc IXI, ISjIXlV, 49; Marc XVI, 15; Act. I, 8.
2) 1 Tnn. V, -22. 3) Acl. XIV 23.
4) Act. I, 23.
tiens, quand il nie qu'il n'a point esté créé Apostre, ne des hommes, ne par les hommes, mais par Jésus-Christ et par Dieu le Père *. Quant au premier, asçavoir de n'estre esleu des hommes, ce luy a esté une chose commune avec tous bons ministres. Car nul ne peut exercer le sainct ministère de la Parole, qu'il ne soit appelé de Dieu. Quant à l'autre, de n'estre point esleu par les hommes, il l'a eu propre el particulier à soy. Pourtant, quand il se glorilie de n'estre point esleu par les hommes , non-seulement il se vante d'avoir ce que doit avoir chacun bon Pasteur, mais il veut aussi approuver son Apostolat. Car pource qu'il y en avoit entre lesGalaliens(iui s'esiudioyent de diminuer son authorité, alléguans qu'il estoit un petit disciple ordonné par les Apostres : atfn de maintenir la dignité de sa prédication, laquelle ces meschans vouloyenl amoindrir, il luy estoit mestier de monstrer qu'il n'estoit rien inférieur aux autres Apostres. Pourtant il afferme qu'il n'a pas esté esleu par le jugement des hommes, comme estoyent les Pasteurs communs, mais par l'ordonnance et décret de Dieu.
14 Que cela soit requis à la vocation légitime des Evesques, qu'ils soyent esleus par les hommes, nul de sain entendement ne le niera, veu qu'il y en a tant de tesmoignages de l'Escriture. Et à cela ne contres ient rien ceste sentence de sainct Paul que nous venons d'exposer : asçavoir qu'il n'a point esté esleu des hommes ne par les honnnes * : veu qu'il ne parle point là de l'élection ordinaire des ministres, mais du privilège spécial des Apostres. Combien que luy-mesme a tellement esté esleu par le Seigneur, que ce pendant l'ordre ecclésiastique est intervenu en sa vocation. Car sainct Luc récite que comme les Apostres prioyent et jusnoyent, le sainct Esprit leur dit, Séparez-raoy Paul et Barnabas à l'ouvrage auquel je les ay esleus^. De quoy servoit ceste séparation et imposition de mains, depuis que le sainct Esprit avoit teslifié son élection, sinon pour conserver la police de l'Eglise, que les ministres fus-
il Gai. I, I.
3J AcI.XUI, 2.
2) Gai. I, 1.