LIVRE III, CHAPITRE I
que nous sommes enfans de Dieu, il nous donne fiance et courage à prier : mesmes il nous met les Pnroles en la bouche, à ce que nous puissions hardiment crier, Abba, Père. Par une mesme raison il est appelé L'arre et le ' seau de nostre héritage ^ pour ce qu'il nous vivifie du ciel, combien que nous soyons pèlerins en ce monde, et semblables à povres trespassez : et nous certifie que nostre salut estant en la garde de Dieu, est bien asseuré de tout danger. De là mesmes vient l'autre tiltre, qu'il est nommé Vie, à cause de la justice ^. Or pource qu'en nous arrousant de sa grâce invisible il nous rend fertiles à produire fruits de justice, comme la pluye engraisse la terre de son humeur, voylà pourquoy il est souvent nommé Eau : comme en Isaïe, Vous tous qui avez soif, venez aux eaux. Item, J'espandray de mon Esprir, sur celle qui a soif, et feray couler les rivières sur la terre seiche '. A quoy respond la sentence de Jésus-Christ, quej'ay n'aguères alléguée, Si quelqu'un a soif, qu'il viene à moy *. Combien qu'il est aucunesfois marqué de ce nom, pour la force qu'il a de purger et nettoyer : comme en Ezéchiel, où Dieu promet des eaux pures pour laver toutes les souilleures de son peuple ^. Or pource qu'en nous arrousant de la liqueur de sa grâce, il nous restaure en vigueur et nous refocille : de cest effect aussi le nom d'Huile et d'Onction luy est donné ®, D'autre part, pource qu'en nous recuisant, et bruslant nos concupiscences vicieuses, qui sont comme superfluitez et ordures, il enflambe nos cœurs en l'amour de Dieu, et en affection de le servir : pour ceste raison il est à bon droict intitulé Feu "'. En somme, il nous est proposé comme la seule fontaine dont toutes richesses célestes descoulent sur nous, ou bien comme la main de Dieu par laquelle il exerce saVertu*. Car c'est par son inspiration que nous sommes régénérez en vie céleste, afin de n'estre plus poussez ou conduits de nous, mais estre gouvernez par son mouvement et opéra-
1) Gai. IV, 6;2Cor. I,îî. 2) Rom. VIIF, 10.
3) Is. LV, 1 ; XLIV, 3. 4) Jean VII, 37.
5) Eîéch. XXXVI, Î3. 6) 1 Jean II, 20, 27.
7) Lue III, (6. 8) Jean lY, IV.
tion : tellement que s'il y a quelque bien en nous, ce n'est seulement que du fruit de sa grâce : et sans luy tout le beau lustre de vertu que nous avons n'est rien, pource qu'il n'y a ([u'aveuglement d'esprit et perversité de cœur. Cela a bien esté desjà clairement exposé, que Jésus-Christ nous est comme oisif, juscjues ù ce que nous le conjoignions avec son Esprit pour nous y addresser : pource que sans ce bien nous ne faisons que regarder Jésus- Christ de loin et hors nous, voire d'une froide spéculation. Or nous sçavons qu'il ne proufite sinon à ceux desquels il est chef et frère premier-nay, mesmes qui sont vestus de luy K Ceste seule conjonction fait qu'il ne soit point venu vain et inutile, quant à nous, avec le nom de Sauveur. A ce mesme but tend le mariage sacré, par lequel nous sommes faits chair de sa chair et os de ses os, voire un avec luy 2. Or il ne s'unit avec nous que par son Esprit, et par la grâce et vertu d'iceluy il nous fait ses membres, pour nous retenir à soy, et pour estre mutuellement possédé de nous.
4 Mais pource que la foy est son principal chef-d'œuvre, la pluspart de ce que nous lisons en l'Escriture touchant sa vertu et opération, se rapporte à icelle foy, par laquelle il nous ameine à la clairté de l'Evangile : comme dit sainct Jehan, que ceste dignité est donnée à tous ceux qui croyent en Christ, d'estre faits enfans de Dieu, lesquels ne sont point nais de chair et de sang, mais de Dieu ^. Car en opposant Dieu à la chair et au sang, il monstre que c'est un don céleste et supernaturel, que les esleus reçoyvent Jésus-Christ par foy, lesquels autrement demeureroyent adonnez à leur incrédulité. La response que fit Jésus- Christ à Pierre, convient à ceci : La chair et le sang ne le t'ont point révélé, mais mon Père qui est au ciel *. J'attouche briefvement ces choses, pource qu'elles ont esté déduites ailleurs tout au long. Le dire aussi de sainct Paul s'accorde trèsbien à ce propos : c'est que les fidèles sont scellez ou cachetez du sainct Esprit
1) Eplios. IV, 15 ; Rom. VIII, 29; Gai. III, 27. î) Ephés. V, 30. 3) JeanI, (3.
t) Malth. Xyi, 17.
de la promesse *. Car il signifie qu'il csi le raaistre intérieur, par le moyeu duquel la promesse de salut entre en nous, et transperce nos âmes : et qu'autrement elle ne feroit que batre l'air, ou sonner à nos aureilles. Pareillement quand il dit que les Thessaloniciens ont esté esleus de Dieu en sancliflcalion de l'Esprit, et en la foy de la vérité ^ : par un tel til et conjonction il nous advertit que la foy ne peut provenir d'ailleurs que de l'Esprit; ce que sainct Jehan explique ailleurs plus ouvertement, parlant ainsi : Nous sçavons qu'il demeure en nous par l'Esprit qu'il nous a donné. Item, Voyci dont nous sçavonsquenousdemeuronsen luy, etjuy en nous : c'est qu'il nous a donné de son Esprit ^. Parquoy le Seigneur Jésus pour rendre ses disciples capables de la sagesse céleste, leur promet l'Esprit de vérité, lequel le monde ne peut comprendre * : et luy attribue cest office comme propre, de leur suggérer et faire cognoislre ce qu'il leur avoit desjà enseigné : comme aussi de faict la clairté se présenteroit en vain
aux aveugles, si cest Esprit d'intelligence n'ouvroit les yeux de l'entendement : en sorte qu'ù juste cause on le peut appeler La clef, par laquelle les thrésors du royaume des cieux nous sont ouverts :
et son illumination peut estre nommée La veue de nos âmes. Voylà pourquoy sainct Paul magnifie tant le ministère de l'Esprit * : ce qui vaut autant à dire comme la prédication ayant avec soy la vivacité spirituelle : pource que les docteurs ne proufiteroyent rien à crier, si Jésus-Christ le souverain maistre ne besongnoit au dedans, pour attirer ceux qui luy sont donnez du Père. Parquoy, comme nous avons dit que toute perfection de salut se trouve en Jésus-Christ, aussi luy, afin de nous en faire participans, nous baptise au sainct Esprit et en feu -, nous illuminant en la foy de son Evangile, et nous régénérant, tellement que nous soyons nouvelles créatures :
finalement nous purgeant de toutes nos pollutions et ordures, pour estre consacrez de Dieu en saincts temples.