‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 204 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE V

Pastour, lequel ne peut estre auprès de son troupeau, niesnies quand il voudroit: et loutesfois ils sont tant effronlez qu'ils couvrent sous ombre de l'Eglise ces or dures tant abominables, alin qu'on ne les reprene point. Qui plus est, ceste belle succession qu'ils allèguent, pour dire que l'Eglise s'est conservée entre eux depuis le temps des Apostresjusques à présent, consiste enclose en ces niescbancetez.

8 Voyons maintenant comment ils exercent fidèlement leur office : qui est la seconde marque par laquelle on doit estimer les vrays Pasteurs. Les Prestres qu'ils font, sont en parlie Moynes, en partie séculiers, comme ils les appellent. Les premiers ont esié incognus en l'Eglise ancienne; et de faict, l'office de Prestrise répugne tellement à la profession monachale,que quand anciennement on eslisoit un Moyne pour estre au Clergé, il sortoit du premier estât : mesmes sainct Grégoire, au temps duquel il y avoit desjà beaucoup de vices, ne peut porter une telle confusion. Car il veut, si quelqu'un est fait Abbé, qu'il se déveste de Testât du Clergé : d'autant que nul, comme il dit, ne peut estre Moyne et du Clergé ensemble, d'autant que l'un empesche l'autre *. Maintenant, si j'interrogue nos gens, comment celuy lequel les Canons déclairent n'estre point idoine en un office, s'acquittera de son devoir: que me respondront-ils ? Je croy bien qu'ils m'allégueront ces Décrets avortez d'Innocence et de Boniface, lesquels reçoyvent tellement un Moyne au degré de Prestrise, qu'il demeure néantmoins tousjours en son cloistre. Mais est-ce raison que quelque asne sans aucun sçavoir ne prudence, incontinent qu'il aura occupé le siège romain, renverse toutes les ordonnances anciennes d'un petit mot ?

combien que de cela nous en parlerons puis après. Pour le présent qu'il suffise que du temps que l'Eglise estoit plus pure, on tenoit cela pour une grande absurdité, qu'un Moyne fust en Testât de prestrise. Car sainct Hiérosme nie qu'il face office de Prestre pendant qu'il converse entre les Moynes, mais se fait

1) Epist. XI, lib. m.

comme liouime lay. qui doit estre gouverné par les Prestres. Mais encores que nous leur pardonnions ceste faute : comment est-ce qu'ils exercent l'office? Il y en a aucuns des mendians, et quelque peu des autres, qui prescbent : tout le reste ne sert que de cbanter ou dire Messe en leurs cavernes : comme si Jésus-Christ avoit entendu que les Prestres fussent créez à ceste lin, ou comme si la nature de Toftice le portoit. Or au contraire TEscriture tesmoigne que le propre d'un Prestre c'est de gouverner l'Eglise '.

N'est-ce point donc^ques une profanation mescbante de destourner à autre fin, ou plustostdu tout cbanger la saincte institution de Dieu? Car quand on les ordonne, nommément on l#ur défend de faire les choses que le Seigneur enjoinct à tous Prestres. Qu'ainsi soit, on leur chante ceste leçon : Qu'un Moyne se contentant de son cloistre, ne présume point ne d'enseigner, ne d'administrer les Sacremens, ne d'exercer autre charge publique. Qu'ils nient, s'ils peuvent, que ce ne soit une mocquerie manifeste de Dieu, de créer un Prestre alin qu'il se déporte de l'office : et qu'un homme ait le tiltre, qui ne peut avoir la chose.

9 Je vien aux séculiers, lesquels en partie sontbénéliciez, comme ils les nomment: c'est-à-dire ils sont prouveus pour leur ventre : en partie falourdiers, qui gaignent leur vie à chanter ou à barbolter, à ouyr les confessions, porter les mors en terre, et autres choses semblables. Des bénéfices, les uns ont charge d'âmes, comme Eveschez et Cures: les autres sont salaires de gens délicats qui vivent en chantant, comme prébendes, chanoineries, dignitez, chapelles, et autres semblables. Combien que tout va tellement à rebours, que les Abbayes et Prieurez sont donnez non-seulement à Prestres séculiers, mais à des petis enfans : et cela se fait tellement par privilège, que c'est une coustume ordinaire.

Touchant des Prestres mercenaires, ou falourdiers, qui se loent à journée, que feroyent-ils autre chose que ce qu'ils font? asçavoir, en se prostituant à exer-

i) Act. XX, S8.

cer une telle marchandise honteuse et vilene, principalement en telle multitude? Pourtant, comme ainsi soit qu'ils ayent honte de mendier apertement, ou qu'ils n'espèrent point de beaucoup prouliter en ce faisant, ils circuissent courans ç"i et là comme chiens aflfamez : et par leur importunilé, comme par abbay, ils arrachent par force des uns et des autres quelques morceaux pour fourrer en leur ventre. Si je vouloye yci démonstrer quel déshonneur c'est à l'Eglise, que Testât et degré de Prestrise soit abbaissé jusques-là, il n'y auroit point de tin. Je n'useray point doncques de longues quérimonies, pour déclairer la grandeur de ceste turpitude. Seulement je di en brief, que si l'oflice d'un Presire est de paistre l'Eglise, et d'administrer le règne spirituel de Jésus-Christ, comme la Parole de Dieu l'ordonne, et les anciens Canons le requièrent : tous tels Prestres, qui n'ont nul ouvrage ne loyer qu'à faire marchandise de Messes et briborions, non-seulement se déportent de faire leur devoir, mais qu'ils n'ont nul office légitime à exercer. Car on ne leur donne point de lieu à enseigner. Ils n'ont nul troupeau à gouvertier. Brief, il ne leur reste que l'autel pour offrir Jésus-Christ en sacrifice : ce qui est sacrifier, non pas à Dieu, mais au diable, comme nous verrons ci-après.

10 Je n'attouche point yci les vices des personnes, mais seulement le mal -qui est enraciné en leur institution, et ne s'en peut séparer. J'adjousteray une parole, laquelle sonnera mal en leurs aureilles : mais puis qu'elle est vraye il la faut dire : c'est qu'autant en est-il de tous Chanoines, Doyens, Chapelains, Prévosts, Chantres, et tous ceux qui vivent de bénéfices oisifs. Car quel ministère ou service peuvent-ils faire à l'Eglise? Ils se sont deschargez de la prédication de la Parole, du soin de la discipline, et de l'administration des Sacremens, comme de choses trop fascheuses. Qu'est-ce doncques qu'il leur reste, pourquoy ils se puissent vanter d'estre vrais Prestres? Ils ont la chanterie et la pompe des cérémonies ; mais tout cela n'est rien à propos. S'ils allèguent la

coustume, l'usage, la prescription du long temps : j'appelle à la sentence de Christ, en laquelle il nous a exprimé quels sont les vrais Prestres, et que doyvent avoir ceux qui veulent qu'on les répute tels. S'ils ne peuvent porter une condition si dure, que de se submettre à la reigle de Jésus-Christ : pour le moins qu'ils permettent que ceste cause soit décidée par l'authorité de la première Eglise : mais leur condition ne sera jà meilleure, si on juge de leur estât selon les Canons anciens. Ceux qui ont esté changez en Chanoines, devoyent estre les Prestres de la ville, comme ils ont esté autrefois, pour gouverner l'Eglise en commun avec l'Evesque, et estre comme ses assesseurs en office de Pasteur. Toutes les dignitez des Chapitres n'appyrtienent de rien au gouvernement de l'Eglise, encores moins les chapelles, et telles ordures ou fatras. En quelle estime doncques les aurons-nous tous?

Certes et la Parole de Jésus-Christ, et l'observation de l'Eglise ancienne les rejette du tout de l'ordre de Prestrise : toutesfois ils maintienent qu'ils sont Prestres. Il leur faut doncques oster ceste masque : et ainsi on trouvera que leur profession est du tout diverse et estrange de l'office de Prestrise, tel qu'il nous est défini par les Apostres, et a esté requis en l'Eglise ancienne. Pourtant tous tels ordres ou estais, de quelque tiltre qu'on les orne pour les magnifier, veu qu'ils sont nouvellement forgez, pour le moins qu'ils ne sont point fondez en l'institution du Seigneur, ny en l'usage de l'Eglise ancienne, ne doyvent avoir aucun lieu en la description du régime spirituel, lequel a esté ordonné par la bouche de Dieu mesme, et receu de l'Eglise. Ou s'ils veulent que je leur mavSche mieux les paroles : veu que tous Chapelains, Chanoines, Doyens, Prévosts, Chantres, et tels ventres oisifs, n'attouchent point du petit doigt une seule portion de ce qui est nécessairement requis en l'office de Prestrise, on ne doit nullement souffrir qu'en usurpant faussement l'honneur , ils violent la saincte institution de Jésus-Christ.

1 1 Reste maintenant les Evesques et

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