‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 210 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VI

a esté tenu d'eux. Qu'on espluohe bien depuis un l)Oiit jiisques à l'autre, on ne trouvera auire cliose, sinon qu'il a esté un d'entre les douze pareil aux autres : et compagnon, non pas maisire. 11 met bien en avant en la congrégation ce(|ii'il faut faire, et admoneste les autres, mais il les escoute aussi d'autre part j et ne leur permet point seulement de dire leur opinion, mais d'ordonner et décerner ce qu'il leur send)le. Quand ils ont décrété quelque chose, il suyt et obtempère '.

Quaiul il escrit aux Pasteurs, il ne leur conuutnde point d'auihorlté comme supérieur, mais il les fait ses compagnons, et les exhorte amiablement, comme il se fait entre ceux qui sont pareils ^. Quand il est accusé d'avoir conversé entre les Gentils, combien (|ue ce soit à tort, toutesfois il en respond, et s'excuse ^. Quand on luy commande d'aller avec .lehan en Samarie, il ne refuse point d'y aller "*. D'autant que les Apo.^tres l'envoyent, en cela ilsdéclairent (lu'ils ne letienent point pour supérieur : d'autant qu'il obéit, et reçoit la charge (pu luy est commise : en cela il confesse qu'il a société conuiiune avec eux, n(m pas domination sur eux. El encoresque nous n'eussions point toutes ces choses, toutesfois l'Epistreaux Galatiens nous en [)Ourroii seule oster toute difficulté : là où saincl Paul tout au long de deux chapitres ne fait quasi autre chose que de monstrer qu'il est pareil à sainct Pierre en degré d'office. Pour ce faire, il raconte ({u'il n'estoit pas venu à Pierre pour faire profession d'estre sujet à luy, mais pour approuver à un chacun le consentement de doctrine qui estoit entre eux. Mesmes que sainct Pierre ne requit point cela de luy : mais qu'il luy donna la main en signe de société, pour travailler ensemble en la vigne du Seigneur. D'avantage, que Dieu luy avoil fait autant de grâce entre les Geniils, qu'il avoit fait à Pierre entre les Juifs. Finalement, pource que Pierre ne se portoit point droiclement, qu'il l'avoii reprins, et qu'iceluy avoit obéy à sa remonstrance '. Toutes ces choses démons-

1) Act. XV, 7, etc.

3) Actes SI, 3, I., etc.

5) Gai. I, 18; U, 7-14.

2) 1 Pierre V, 1.

4) Act. VIII, II.

trent plenement qu'il y avoit équalité entre sainct Pierre et sainct Paul : ou bien, (lue sainct Pierre n'avoit pas plus de puissance sur les autres (|u'iceux avoyent sur luy. El de faict, c'est l'intention expresse de sainct Paul, de monstrer qu'il ne doit point estre réputé inférieur en son Apostolat à Pierre ou à Jehan, d'autant tiue ç'ont esté ses compagnons, non ses maistres.

8 Ylais encores (lue je h'uv accorde de Pierre ce qu'ils demandent, asçavoir (|u'il a esté Prince des Apostres, et (ju'il a précédé les autres en dignité : toutesfois il n'y a point de propos de faire une reigle générale d'un exemple particulier, et de tirer en consétiuence ce qui a esté fait pour une fois, quand mesmes la raison est diverse. Il y en a eu un principal entre les Apostres, voire pource qu'ils estoyenl en petit nombre. Si un a jirésidé sur douze, s'ensuyt-il par cela qu'un seul doyve présider sur cent mille? Ce que douze ont eu un d'entre eux pour dresser la compagnie, ce n'est point de merveille. Car la nature porte cela, et la façon humaine , (lu'en toute compagnie, en^ores que tous soyent égaux en puissance, il y en ait un qui soit pour conducteur, auquel tous les autres se rangent. 11 n'y a nul conseil, ne parlement, ny assemblée quelconque qu'elle soit, qui n'ait son président ou gouverneur. 1! n'y a nulle bande qui n'ait son capitaine : ainsi il n'y auroit nul inconvénient, si nous confessions que les Apostres eussent donné une telle primauté à sainct Pierre. Mais ce qui a lieu entre |)eu de gens, ne se doit soudainement tirer à tout le monde, pour lequel régir nul homme ne peut suffire luy seul. !\lais l'ordre dénature, disent-ils, nous enseigne qu'il y doit avoir un souverain chef sur chacun corps. Et pour confermer leur dire, ils ameinent l'exemple des grues et des mousches à miel, lesquelles eslisent lousjours un Roy ou gouverneur, et non pas plusieurs. Je reçoy volontiers ces exemples, .\lais je demande si toutes les mousches à miel qui sont au monde, :^'amassent en un lieu pour eslire un Roy. Chacun Roy est content de sa ruche :

pareillement chacune bande de grues a

son conrlucteur propre. Que conclurrontils doncques de cela, sinon que chacune Eglise doit avoir son EvesquePIls nous allèguent après, les exemples des seigneuries terriennes, et assemblent les sentences qui sont aux Poètes et autres escrivains, pour louer tel ordre et monarchie. A cela nous avons facile response : car la monarchie n'est pas tellement louée, mesmes des escrivainspayens, comme si un seul homme devoit gouverner tout le monde : mais ils signifient seulement que nul Prince ne peut endurer compagnon en ses pays.

9 Mais encores le cas posé qu'il soit bon et utile, comme ils veulent, que tout le monde soit réduit en une monarchie : ce qui est néantmoins trèsfaux : mais encores qu'ainsi fust, si ne leur concèderay-je pourtant que cela doyve valoir au gouvernement de l'Eglise. Car elle a Je sus-Christ pour son seul chef ^, sous la principauté duquel nous adhérons tous ensemble, selon l'ordre et forme de police que luy-mesme nous a constitué. Pourtant ceux qui veulent donner la prééminence sur toute l'Eglise à un homme seul, sous ceste couverture qu'elle ne se peut passer d'un chef, font une grosse injure à Jésus-Christ, lequel en est le Chef:

auquel, comme dit sainct Paul, chacun membre doit estre réduit, afin que tous ensemble, selon leur mesure el la faculté qu'il leur donne, soyent unis pour croistre en luy. Nous voyons comme il colloque au corps tous les hommes de la terre sans exception, réservant à Jésus-Christ seul l'honneur el le nom de Chef. Nous voyons comme il assigne à cha<;un membre certaine mesure et son office limité, afin que tant la perfection de grâce comme la puissance souveraine de gouverner, réside en Jésus-Christ seul. Jesçay bien ce qu'ils ont accoustumé de caviller quand on leur fait ceste objection : asçavoir que Jésus-Christ est nommé le seul Chef, à proprement parler, d'autant que luy seul gouverne en son nom et de son authorité : mais que cela n'empesche point qu'il n'y ait un chef dessous luy, quant au ministère, lequel soit comme son vicegérent en terre. Mais ils ne proufitent

1) Ephc$. IV, 15.

rien par ceste caviilation, sinon que premièrement ils ayent prouvé que ce ministère ait esté ordonné de Christ. Car i'Apostre enseigne que l'administration est espandue par tous les membres, et que la vertu procède du seul Chef céleste'. Ou bien, s'ils veulent que je parle plus grpssement, puis que l'Escrituretesmoigne que Jésus-Christ est le Chef, et qu'elle luy attribue cest honneur à luy seul, il ne se doit point transporter à un autre, que Jésus-Christ ne l'ait constitué son vicaire.

10 Or non-seulement on ne lit cela en nulle part, mais il se peut amplement réfuter par beaucoup de passages. Sainct Paul nous a peint quelquesfois l'image de l'Eglise au vif : là il ne fait nulle mention d'un seul chef en terre : plustost on peut inférer de la description qu'il fait, que cela ne convient point à l'institution de Christ, lequel en montant au ciel nous a osté sa présence visible : toutesfois il est monté pour remplir toutes choses'^ : ainsi l'Eglise l'a encores présent, et l'aura tousjours. Quand sainct Paul veut nionstrer le moyen par lequel nous jouissons de la présence d'iceluy, il nous appelle aux ministères desquels il use. Le Seigneur Jésus, dit-il, est en nous tous, selon la mesure de grâce qu'il a donnée à chacun membre; pourtant il a constitué les uns Apostres, les autres Prophètes, les autres Evangélistes , les autres Pasteurs, les autres Docteurs^. Pourquoy est-ce qu'il ne dit qu'il en a constitué un sur tous les autres comme son lieutenant? Car le propos qu'il démeine requiert bien cela, et ne le devoit nullement omettre, s'il estoit vray. Jésus-Christ, dit- il, nous assiste. Comment? Par le ministère des hommes qu'il a commis au gouvernement de son Eglise. Pourquoy ne dit-il plustost, parle chef ministérial lequel il a ordonné en son lieu? Il nomme bien l'unité, mais c'est en Dieu, et en la foy de Jésus- Christ. Quant aux hommes, il ne leur laisse rien, sinon le ministère commun, et à chacun sa mesure en particulier. Et en nous recommandantl'unité, après qu'il a dit que nous sommes un corps et un

1) Ephés. I, 21 ; IV, 15; V, 23; Col. 1,18; 11, 10.

2) Ephés. IV, 10. 3) Ephés. IV, 7, H.

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