‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 215 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VII

liautesse dPsora;ueilIPUX. Je di hardiment, (juc quiconque s'appelle Evesqne universel , ou appelé d'estre ainsi nommé , est précurseur de i'Antecln'ist: d'aulanl qu'il se préfère par orgueil à tous ^ Iitm, dere<;lief i'i Anasiase, J'ay dit que l'Evescjue de Constaiilinople ne peut avoir paix avec nous , qu'il ne corrige la liauiesse de ce mot superstitieux et orgueilleux , lequel a esté trouvé par le premier apostat ; encores que je me taise de l'injure qu'il vous fait. Si quelqu'un est nomme Evesque universel, toute l'Eglise trébusdie si cesluy-là djet'-*. Voylà les paroles de sainct Grégoire. Toucliant ce qu'il raconte qu'on avoit offert cest honneur à Léon au Concile de Chalcédoine, cela n'a nulle apparence de vérité ; car il n'en est point de nouvelles aux actes qui en sont esciils; et Léon mesmes, quand il réprouve en plusieurs Epistres le Décret qui avoit là esté fait en faveur de l'Evcsque de Conslantinoble, n'eust point laissé cesi argument derrière, duquel il se fust mieux aidé que de tous les autres, si on luy eust offert un tel honneur, et qu'il l'eust refusé. Mesmes d'autant qu'il esloil homme fort ambitieux, il n'eust point volontiers obmis ce qui eust fait à sa louange. Sainct Grégoire doncques s'est abusé en cela, qu'il a pensé que le Concile eust voulu tant magnitier le siège romain. Et de faict, c'est une mocquerie, qu'un Concile universel ait voulu estre autheur d'un nom lequel fust meschant, profane, exécrable, plein d'orgueil et de sacrilège : voire mesmes procédé du diable , et publié par le précurseur d'Antéchrist : comme il le dit.

Et toutesfois il adjouste que son prédécesseur l'a refusé, "de peur que les autres Evesjpies ne fussent privez de leur honneur légitime. En un autre passage , Nul n'a voulu estre ainsi nommé, nul ne s'est ravi ce nom téméraire , de peur qu'il ne semblast advis qu'il despouillast ses frères de leur honneur, en se colloquant en degré souverain *.

1) Ejusdem lib. epist. LXXX ; Aviana Diacon., episl. LXXXIU ejusdem lib.; Mauricio Aug., Hpisl. CXCIV, lib. VII.

2) lib. VI, epist. CLXXXVIII.

3) Lib. IV, episl. LXXVI, ad Mauriaum; EuUilio. supra, et episl. LXIX, lib. VU, Euscb. Episiop. Thessalonic.

5 Je vien maintenant à la jurisdiction laquelle le Pape s'attribue sur toutes les Eglises , sans aucune difficulté. Je sçay combien il y en a eu de combats anciennement. Car jamais ne fut (jue le siège romain n'appétast quehpie supériorité sur les autres Eglises : et ne sera i)oint hors de propos si je démonslre par quel moyen il est parvenu dés le temps ;tncien à quelque prééminence. Je ne parle point de cesle tyrannie désordonnée que le Pape a usurpée à soy depuis peu de temps : car je différeray ce point a un autre lieu. IVlais il est besoin de monstrer yci briefvement, comment et par quels moyens il s'est exalté desjà dés long temps pour entreprendre quelque jurisdiction sur les autres Eglises. Du temps que les Eglises d'Orient estoyent troublées et divisées par les Arriens, sous l'empire de Constance et Constant fils de Conslantin le Grand , Athanafee principal défenseur de la foy catholique fut déchassé de son Eglise. Geste calamité le contraignit de venir à Rome atin que par l'authorité de l'Eglise romaine il peust résister à la rage de ses ennemis, et conl'ermer les bons lidèles qui estoyent en grande extrémité. Estant là venu, il fut honorablement receu de Jule Evesque de Rome pour lors, et obteint par son moyen que les Evesques d'Occident prinssent sa cause en main. Ainsi d'autant que les fidèles d'Orient avoyent mestier de quelque aide, et qu'on les secourust d'ailleurs, et qu'ils voyoyent que leur principal secours esioit de l'Eglise romaine, ils luy déféroyent volontiers autant d'honneur qu'ils pouvoyent. Mais le tout revenoit là, qu'on estimast beaucoup d'estre en la communion d'icelle, et qu'on réputast pour une grande ignominie d'en estre excommunié. Après cela les meschans garnemens et de mauvaise vie luy ont beaucoup augmenté sa dignité. Car c'estoit un subterfuge (commun à ceux qui méritoyent d'estre punis en leurs Eglises, que de s'encourir à Rome comme en franchise. Pourtant si quelque Prestre avoit esté condamné par son Evesque, ou quelque Evesque par le Synode de sa province , incontinent il en appeloit à Rome. Et les Evesques romains estoyent

plus convoiteux de recevoir telles appellations (|u'il n'eust esté de besoin : d'autant qu'il leur senibloit bien advis que cela estoit une espèce de prééminence, de s'entremettre des affaires des Eglises lointaines. En ceste manière, quand Eutyches meschant hérétique fut condamné par Flavien Archevesque de Constantinoble, il s'en veint plaindre à Léon qu'il avoil esté traitlé injustement. Incontinent Léon s'ingéra de défendre une meschante cause et ruineuse, pouradvancer son auihorité : et feit de grandes quérimonies contre Flavien , comme s'il eust condamné un homme innocent devant que l'avoir ouy. El feil tant par son ambition , que l'impiété d'Eutyches ce pendant se conferma, là où elle eust esté esteinie s'il ne s'en fust meslé. Cela aussi bien est souvent advenu en Aphrique.

Car incontinent que quelque meschant avoit esté convaincu par-devant son juge ordinaire, il trottoit à Rome , et par calomnie chargeoil son Evesque d'avoir mal procédé contre luy. Le siège romain estoit tousjours prest de s'interposer. Et de faict, ce fut ceste convoitise des Evesques de Uome, qui esmeui les Evesques d'Aphrique d'ordonner que nul n'appelast d'outre mer, sur peine d'excommunication.

6 Quoy qu'il en soit, regardons quelle jurisdiciiou ou puissance avoit alors le siège romain. Pour vuider ceste matière, il est à noter que la puissance ecclésiastique gisi en ces quatre points : asçavoir d'ordonner les Evesques, d'assembler les Conciles, en la jurisdiction ou inférieure ou supérieure , et en corrections ou censures. Quant au premier, tous les anciens Conciles commandent que chacun Evesque soit ordonné par son 3Iétropolitain , et ne commandent point que l'Evesque de Rome y soit appelé , sinon en sa province. Or petit à petit ceste coustume a esté introduite , que tous les Evesques d'Italie allassent à Rome pour estre là consacrez : exceptez les Métropolitains , qui ne voulurent point estre astreints à telle servitude. Mais quand il faloit ordonner quelque Métropolitain, l'Evesque de Rome envo>oit là un de ses Prestres pour assister à l'acte seulement, et non

pas y présider. De cela on en peut veoir l'exemple en une épistre de sainct Grégoire, touchant la consécration de Constance Archevesque de Milan, après le trèspas de Laurent ^ : combien que je ne pense pas que c'ait esté une ordonnance de long temps. Mais il est vray-semblable qu'en signe de communion mutuelle ils envoyoyent du commencement l'un à l'autre par honneur et par amitié, des ambassadeurs, pour estre tesmoins de la consécration.

Depuis on a fait une loy de ce qui se faisoit au paravant à volonté. Ouoy qu'il en soit, c'est chose notoire que l'Evesque de Rome n'avoit anciennement la puissance de consacrer Evesques; sinon en sa province, c'est-à-dire, aux Eglises dépendantes de la ville : comme porte le Canon du Concile de Nice. A la consécration des Eves(iues estoit adjoincte la coustume d'envoyer Epistres synodales : en quoy l'Evesque de Rome n'estoit de rien supérieur aux autres. Afin d'entendre que cela veut dire , les Patriarches incontinent après leur consécration avoyent ceste façon d'envoyer les uns aux autres une Epistre, en laquelle ils rendoyent lesmoignage de leur foy, en laquelle ils faisoyent profession d'adhérer à la doctrine des saincts ConciiCS. Ainsi en faisant confession de leur foy, ils approuvoyent leur élection les uns aux autres. Si l'Evesque de Rome eust receu une telle confession des autres, et n'en eust point donné de son costé, en cela il eust esté recognu comme supérieur :

mais comme ainsi soit qu'il lust tenu d'en faire autant que les autres , et qu'il fust sujet à la loy commune, cela certes estoit signe de société, et non pas de maistrise. De cela nous avons plusieurs exemples aux epistres de sainct Grégoire, comme à Cyriaque, et Anastase, et à tous les Patriarches ensemble ^.

7 S'ensuyvent les corrections ou censures, desquelles comme les Evesques romains ont usé envers les autres, aussi ils ont souffert que les autres en usassent envers eux. Irénée Evesque de Lion reprint asprement Victor Evesque de Rome,

)) Lib. II, epist. LXVIU et CLXX.

2) Jnast., hb. I, epist. XXIY, XXV, Cyriaco, epist. CLXIX, lih. VI.

Page 1