‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 22 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IIL

mortifiée, laquelle est plene d'iniquité. Or c'est un commandement bien difticile, d'aulant qu'il emporte que nous nous desvestions de nous-niesmes, et délaissions nostre propre naîure. Car il ne faut pas estimer que la chair soit bien mortiliée, sinon que tout ce que nous avons de nous soit anéanty et aboly. .>lais vcu que toutes les pensées et affections de nostre nature sont répugnantes à Dieu, et ennemies de sa justice ', la première entrée en l'obéissance de la Loy est, de renoncer à nosire nature et à toute nostre volonté. En après est signifié en ce passage du Prophète le renouvellement de vie par les fruits qui s'en ensuyvent : asçavoir, justice, jugement et miséricorde. Car il ne suffiroit point de faire les œuvres extérieurement ; sinon que l'àme fust premièrement adonnée à l'amour et affection d'icelles. Or cela se fait quand l'Esprit de Dieu ayant transformé nos âmes en sa sainctelé, les dirige tellement à nouvelles pensées et affections, qu'on puisse dire qu'elles sont autres qu'elles n'estoyent au paravant.Et defaict, nous sommes naturellement destournez de Dieu pour ne jamais tendre ny aspirer à ce qui est bon et droict, jusques à ce que nous ayons apprins de nous quitter. Et voylà pourquoy tant souvent il nous est commandé de despouiller le vieil homme , renoncer au monde et à la chair: et en nous retirans de nos cupiditez, mettre peine à estre renouvelez de l'esprit de nosire entendement. Et ce mot de Morlilication nous advertit combien il nous est difficile d'oublier nosire naturel : entant qu'il signifie que nous ne pouvons pas estre pliez ne formez à la crainte de Dieu, ny apprendre les rudimens de piélé, sinon qu'estans occis du glaive de l'Esprit, avec violence nous soyons réduits à néant. Comme si Dieu prononçoit qu'il est requis que nous mourions, et soyons anéantis en tout ce que nous avons, devant que luy nous reçoive ou accepte pour ses enfans.

9 L'une et l'autre nous vient de la communii.ation que nous avons avec Christ. Car si nous sommes vrayement

1) Rom. Vni,

pariicipans de sa mort, par la vertu d'icelle nostre vieil homme est crucifié, et la masse de péché qui réside en nous est mortifiée, à ce que la corruption de nosire première nature n'ait plus de vigueur*. Si nous sommes pariicipans de sa résurrection, par icelle nous sommes ressuscitez en nouveauté de vie, laquelle respond à la justice de Dieu. Pour parler donc en un mot, je di que pénitence est une régénération spirituelle : de laquelle le but est, que l'image de Dieu qui avoit esté obscurcie et quasi effacée en nous par la transgression d'Adam, soit restaurée. Ainsi l'appelle l'Apostre, quand il dit qu'ayans le voile osté, nous représentons la gloire de Dieu, estans transformez en une mesme image, de gloire en gloire, comme par l'Esprit de Dieu ^. Item, Soyez renouvelez en voslre came, et vestez le nouvel homme : lequel est créé selon Dieu et justice, et vraye sainctelé*, Item en un autre lieu. Ayant vestu le nouvel homme, lequel est renouvelé à la cognoissance et image de celuy qui l'a créé**^. Ainsi doncquesparceste régénération nous sommes de la grâce de Christ réparez en la justice de Dieu; de laquelle nous estions décheus par Adam : comme il plaist à Dieu de restituer en leur entier tous ceux lesquels il adopte en l'héritage de la vie éternelle. Or ceste restauration ne s'accomplit point ny en une minute de temps, ny en un jour, ny en un an : mais Dieu abolit en ses esleus les corruptions de la chair par continuelle succession de temps, et mesmes petit à petit : et ne cesse de les purger de leurs ordures, les dédier à soy pour temples, réformer leurs sens à une vraye pureté, afin qu'ils s'exercent toute leur vie en pénitence, et sçachent que cesle guerre ne prend jamais lin qu'à la mort. Dont l'impudence d'un certain apostat est tant plus vileine, quand il me reproche que je confon Testât de la vie présente avec la gloire future, en interprétant avec saincl Paul que l'image de Dieu gist en saincteté et justice véritable : comme si en voulant définir ceci ou cela, il ne fust pas requis de prendre la per-

1) Rom. VI, 6.

3) Ephés. IV, 23, 2V.

î) 2 Cor. ni, 18.

'.) Col. m, 10.

feclion et intégrilé. Or en disant que Dieu nous restaure à son image, nous ne nions pas qu'il ne le faoe par accroissement continuel : mais selon que chacun est plus advancé, ceste image de Dieu reluit tant mieux en luy. Or Dieu pour faire parvenir ses fidèles à ce but-là, leur assigne le chemin de pénitence pour toute leur vie, auquel ils ne cessent de courir. iO Yoylà doncques comment les enfans de Dieu sont délivrez de la servilude de péché par la régénération : non point pour ne sentir nulle fascherie de leur chair, comme si desjà ils estoyent en plene possession de liberté : mais plustost en sorte qu'il leur demeure matière perpétuelle de batailler pour les exercer: et non pas pour les exercer seulement, mais pour leur donner mieux à cognoistre leur intirmité. Et en cela consentent tous les escrivains de bon et sain jugement, qu'il demeure en l'homme régénéré une source et nourriture de mal, dont toutes mauvaises cupiditez sortent continuellement, lesquelles l'allèchent et l'incitent à pécher. Ils confessent d'avantage que tous fidèles sont tellement tenus enveloppez de ceste corruption, qu'ils ne peuvent pas résister qu'ils ne soyent souvent esmeus ou à paillardise, ou à avarice, ou à ambition, ou aux autres vices. Or il n'est jà mestier de longue dispute, pour enquérir quelle a esté l'opinion des Docteurs anciens touchant cela : veu que sainct Augustin seul peut suffire pour tous, lequel a fidèlement et avec grande diligence recueilli leurs sentences K Si quelqu'un doncques veut sçavoir qu'ont tenu les Anciens de ce point, je les renvoyé là pour en sçavoir. Or on pourroit penser qu'entre sainct Augustin et nous il y eust quelque répugnance : d'autant que luy, en confessant que tous fidèles, pendant qu'ils habitent en ce corps mortel, sont tellement sujets à concupiscences qu'ils ne se peuvent tenir de convoiter, toutesfûis il n'ose point appeler une telle maladie, Péché : mais en la nommant Infirmité, il dit que lors elle est péché quand outre la conception ou appréhension l'œuvre ou le consentement s'en en-

<) Ad Bonif., lib. IV ; Contra JuL. lib. I, II.

suyt : c'est-à-dire, quand la volonté obtempère au premier appétit. Nous au contraire, tenons que toute convoitise de laquelle l'homme est aucunement chatouillé pour faire contre la Loy de Dieu, est péché : mesmes nous affermons que la perversité laquelle engendre en nous telles concupiscences, est péché. Nous enseignons doncques, que les fidèles ont toujours le péché habitant en eux, jusques à ce qu'ils soyent desvestus de ce corps mortel, pource que la perversité de convoiter, laquelle est répugnante à droicture, réside tousjours en leur chair. Si est-ce néantmoins qu'il ne s'abstient pas tousjours du nom de Péché en telle signification : comme quand il dit, La source dont provienent tous péchez est nommée Péché par sainct Paul : asçavoirla concupiscence. Ce péché quant aux Saincts perd son règne au monde, et périt au ciel^ Par ces mots il confesse que d'autant que les fidèles sont sujets à concupiscence, ils sont coulpables comme pécheurs.

1\ Touchant de ce qui est dit, que Dieu purge son Eglise de tout péché, et qu'il promet ceste grâce au Baptême, et l'accomplit en ses esleus ^, nous référons cela à l'imputation du péché plustost qu'à la matière. Dieu fait bien cela en régénérant les siens, que le règne de péché soit aboly en eux : car il leur donne la vertu de son sainct Esprit, pour les rendre supérieurs et vainqueurs au combat qu'ils ont à rencontre : mais le péché cesse lors de régner seulement en eux : et non point d'y habiter ^. Parquoy nous disons que le vieil homme est tellement crucifié, et que la loy de péché est tellement abolie aux enfans de Dieu, que les reliques néantmoins y demeurent : non pas pour y dominer, mais pour les humilier par la cognoissance de leur infirmité. Nous confessons bien que telles reliques ne leur sont point imputées, non plus que si elles n'estoyent point, mais nous disons que cela se fait par la miséricorde de Dieu. Et ainsi, combien qu'ils soyent absous par grâce, qu'ils ne laissent point de faict d'estre pécheurs et coulpables. Il nous est bien aisé de con-

1) Scrmo Vr, De verbis ApOxioU.

2) Ephés. V, Ï6, 27. 3) Rom. VI, 6.

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