‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 223 sur 346 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la puissance de l'Eglise quant çt, déterminer des articles de lafoy : et comment on la tirée en la Papauté pour pervertir toute pureté de doctrine.

^ S'ensuyt maintenant le troisième point, qui est de la puissance de l'Eglise: laquelle est à considérer partie en chacun Evesque, partie aux Conciles, desquels les uns sont généraux , les autres provinciaux. Je parle seulement de la puissance spirituelle, laquelle est propre à l'Eglise. Or icelle consiste en trois membres : asçavoir en la doctrine, ou en la jurisdiclion, ou en la faculté d'ordonner loix et statuts. Le point de la doctrine contient deux parties : la première est , de faire des articles de foy : la seconde est l'authorité d'exposer ce qui est contenu en l'Escriture. Or devant que commencer à entrer plus spécialement en matière, je prie et exhorte tous fidèles lecteurs qu'ils ayent ceste considération, de réduire tout ce qui est dit de la puissance de l'Eglise , à la fin pour laquelle sainct Paul dit qu'elle a esté donnée : c'est asçavoir en édification, et non point en destruction '. Ainsi tous ceux qui en veulent droictement user, ne doyvent point estre en autre réputation, que d'estre tenus pour ministres de Christ, et semblablement du peuple chreslien , comme dit sainct Paul ^. Or ceste est la seule façon d'édifier l'Eglise, si les ministres s'estudient et mettent peine de garder à Jésus-Christ son authorité entière : laquelle ne peut autrement estre sauve, sinon qu'on luy réserve ce qu'il a receu du Père : c'est-à-dire qu'il soit seul Maistre en l'Eglise. Car c'est de'iuy, et sinon point de nul autre , qu'il est escril, Esc(iutez-le ^. Pourtant la Puissance ecclésiastique mérite bien d'estre prisée et estimée, moyennant qu'elle soit en-

I) i Cor.X, 8; XUI, tO.

3) Mdllh. XVII, 5.

•2) 1 Cor. IV, 1 .

close en ces limites : c'est qu'on ne la tire point çà et là en plaisir des hommes. Pour ceste cause il est besoin d'observer comment elle est descrite et des Prophètes et des Apostres. Car si nous concédons simplement aux hommes telle puissance que bon leur semblera de demander, chacun voit par ce moyen que la porte seroit ouverte à une tyrannie désordonnée, laquelle ne doit avoir nulle entrée en l'Eglise de Dieu.

2 Pourtant il convient noter que tout ce qui est attribué par l'Escriture de dignité ou authorité tant aux Prophètes et Prestres de l'ancienne Loy, qu'aux Apostres et leurs successeurs , n'est point attribué à leurs personnes, mais au ministère et office ausquels ils sont constituez : ou pour dire plus clairement, à la Parole de Dieu , à l'administration de laquelle ils sont appelez. Car si nous les regardons tous par ordre , tant Prophètes et Prestres qu'Apostres et disciples, nous trouverons qu'il ne leur a esté jamais donné puissance aucune de commander ou enseigner, sinon au nom et en la parole du Seigneur. Car quand ils sont envoyez, il leur est quant et quant enjoinct de ne rien apporter du leur, mais de parler par la bouche du Seigneur. Dieu aussi ne les met pas en avant au peuple, pour commander qu'on leur donne audience , jusques à ce qu'il leur eust baillé leur charge et comme leur rolle de ce qu'ils devoyent dire. Il a bien voulu que Moyse, qui est le Prince des Prophètes, fust ouy par-dessus les autres : mais sa commission luy est donnée en premier lieu, à ce qu'il ne puisse rien annoncer sinon de par le Seigneur. Pourtant quand le peuple a receu sa doctrine , il est dit qu'il a creu à Dieu , et ù

Moyse son serviteur*. Semblablement l'aulliorité des Prestres a esté establie avec grosses menaces, à ce qu'elle ne fust en mespris à personne ^. Mais le Seigneur démonstre de l'autre costé avec quelle condition on les devoit ouyr, disant qu'il a fait son alliance avec Lévi , afin que la Loy de vérité fust en sa bouche. Puis tantost après il adjouste, Que les lèvres du Prestre garderont la science : et qu'on cherchera la Loy en sa bouche, d'autant qu'il est messager du Seigneur '. Pourtant si le Prestre veut estre escouté, il faut qu'il face comme bon messager de Dieu : c'est de fidèlement réciter ce qui luy est donné en charge. Et de faict, quand il est parlé de les escouter, nommément il leur est enjoinct de respondre selon la Loy du Seigneur **.

3 Touchant des Prophètes, nous avons une belle description enEzéchiel, laquelle nous monstre quelle a esté en somme toute leur puissance : Homme, dit le Seigneur, je t'ay ordonné guide sur la maison d'Israël : tu orras doncques la parole de ma bouche, et leur annonceras de par moy ^. Quand nostre Seigneur luy commande d'escouter de sa bouche, ne luy défend-il pas d'inventer quelque chose de soy-mesme ? Et qu'est-ce. Annoncer de par le Seigneur, sinon qu'il parlast tellement, qu'il s'osast hardiment vanter que la parole qu'il apportoit n'estoit pas siene, mais du Seigneur? Il en est autant dit en Jérémie sous autres mots. Le Prophète auquel est révélé le songe, qu'il raconte le songe : et celuy qui a ma parole, qu'il dise ma parole véritable ^.

Certes il leur impose yci loy à tous : c'est qu'il ne souifre point que nul parle outre ce qu'il luy aura commandé. Puis conséquemment il nomme Paille, tout ce qui n'est point procédé de luy seul. Pourtant il n'y en a pas un de tous les Prophètes qui ait ouvert la bouche, sinon ayant receu en premier lieu la Parole de Dieu. Dont si souvent sont par eux répétez ces mots, Parole du Seigneur, Charge du Seigneur, La bouche du Seigneur a parlé,

1) Ex. XIV, 31.

3) M.il. 11, 4, 6, 7.

5) Ezécli. m, 17.

2) Deut. XVII, 9-12 4) Deul. XVII, 11.

6) Jér. XXIII, 28.

Vision receue du Seigneur, Le Seigneur des armées l'a dit : et ce à bon droict. Car Isaïe confessoit ses lèvres estre pollues * : Jérémie disoit qu'il ne sçavoit parler, pource qu'il estoit enfant ^. Que pouvoit-il sortir de leurs bouches pollues et puériles, sinon choses folles ou immondes, s'ils eussent parlé leurs paroles mesmes? Mais quand leursbouches ont commencé à estre organes du sainct Esprit, elles ont esté pures et sainctes. Après que nostre Seigneur a restreint les Prophètes de ceste bride, qu'ils ne puissent rien enseigner ne dire, sinon ce qu'ils auront receu de luy : il les orne lors de tiltres magnifiques. Car après qu'il a lestifié qu'il les a constituez sur les peuples et sur les royaumes, pour arracher et abatre, édifier et planter : il adjouste incontinent la cause. Pourtant qu'il avoit mis sa parole en leur bouche ^, 4 Si nous venons aux Aposlres, il est vray que Dieu lésa honorez de plusieurs beaux tiltres : c'est asçavoir, qu'ils sont la lumière du monde, le sel de la terre : qu'ils doyvent estre escoutez comme Jésus-Christ : que ce qu'ils auront lié ou deslié en terre, sera lié et deslié au ciel * : mais par leur nom mesme, ils monstrent combien il leur est permis en leur office. Ils doyvent estre Apostres, c'est-à-dire envoyez, pour ne babiller point ce que bon leur semblera, mais fidèlement apporter le mandement de celuy duquel ils ont esté envoyez. Et les paroles de nostre Seigneur sont assez claires, où il leur commande d'aller, et enseigner ce qu'il leur avoit ordonné ^ Mesmes il s'est aussi submis à ceste condition, afin que nul ne refusast d'y estre sujet : Ma doctrine, dit-il, n'est pas miene, mais du Père qui m'a envoyé ^. Celuy qui a tousjours esté le conseiller éternel et unique du Père, et a esté constitué de luy Maistre de tous, néantmoins entant qu'il est venu au monde pour enseigner, il démonstre par son exemple à tous ministres quelle reigle ils doyvent suyvre et tenir en leur doctrine. Par ainsi, la puissance de l'E-

2) Jér. 1,

1) Is. VI, 5.

3) Jér. 1,9, 10.

4) Matlh. V, 13, 14; Luc X XVUI, 18.

5) Matth. XXVIII, 19. 6) Jean VU, 16

Jean XX, 23 ; Mallli.

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