‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 225 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE VIll · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VIll

çavoir d'exposer l'Escriturc jà donnée, et nionstrer toutes les choses qui sont jù dites, eslre accomplies en Jésus-Christ : combien encores qu'ils n'ont point fait cela, ei ne l'ont deu faire, sinon de par le Seigneur, c'est-à-dire, ayans l'Esprit de Jésus-Christ, leur dictant ce qu'ils avoyenl à dire. Car le Seigneur Jésus a limité toute leur ambassade en ceste sorte, leur commandant d'aller et enseigner :

non point ce qu'ils auroyent forgé à la volée d'eux-mesmes, mais seulement tout ce qu'il leur avoit enjointe D'avantage, on ne pourroil souhaiier sentence plus claire, (]ue quand il leur dit, Ne soyez point appelez Maistres : car vous avez vous tous un Miiistre au ciel, asçavoir moy*. Et afin de leur ficher ceste parole plus avant au cœur, il la répète en un mesme lieu deux fois. Or pource que leur rudesse les empeschoit de comprendre ce qu'ils avoyent ouy et apprins de leur Maistre, il leur promet l'esprit de vérité pour les addresser en la vraye intelligence de toutes choses^. Car ceste restriction est bien notable, quand il assigne au saiiict Esprit cest oflice, de suggérer ce qu'il avoit desjà enseigné de sa bouche.

9 Pourtant sainct Pierre estant trèsbien enseigné de son Maistre quel estoit son office, ne réserve ny à soy ny aux autres sinon de dispenser ce qui luy estoit commis. Celuy qui parle, dit -il, qu'il parle comme les paroles de Dieu ^ : c'està-dire hardiment, et non pas en chancelant, comme font ceux qui ne sont pas authori-ez d'en haut, et n'ont pas la magnanimité qui est requise en bons serviteurs de Dieu. Qu'est-ce là autre chose, sinon rejetter toutes inventions de l'esprit humain, de quelque cerveau qu'elles .soyent procédées, afin que la pure Parole de Dieu soit enseignée et apprinse en l'Eglise des fidèles? et subvertir tous décrets d'hommes, de quehjue estât qu'ils soyent, alin que les seules ordonnances de Dieu soyent tenues? Voyià les armes spirituelles, puissantes à Dieu pour la démolition des munitions : par lesquelles les bons gendarmes de Dieu destruisent

{) Malllj. sxvin, so.

») Jean XIV, 26 ; XVI, 13.

2) Mallh. XXIII, 8.

4) 1 Pierre IV, H.

les conseils et toute haulesse qui s'eslèvc à rencontre de la cognoissance de Dieu et meinent toute cogitation captive à l'obéissance de Christ, et ont vengcnce preste contre toute désobéissance ^ Voylà la puissance ecclésiasliiiue clairement déclairée, laquelle est donnée aux Pasteurs de l'Eglise, de quelque nom (pi'ils soyent appelez : c'est asçavoir que par la Parole de Dieu, de laquelle ils sont constituez administrateurs, hardiment ils osent toutes choses, et contraignent toute gloire, haulesse et vertu de ce monde, d'obéir et succomber à la majesté divine : que par icelle Parole ils ayent couimandement sur tout le monde : qu'ils édifient la maison de Christ, subvertissent le règne de Satan : qu'ils paissent les brebis et exterminent les loups : qu'ils conduisent par enseignemens et exhortations ceux qui sont dociles : qu'ils contraignent et corrigent les rebelles et obstinez : qu'ils lient, et deslient, tonnent et foudroyent, si mestier est : mais tout en la Parole de Dieu, Combien qu'entre les Apostres et leurs successeurs il y a ceste différence, comme j'ay dit, que les Apostres ont esté comme Notaires jurez du sainct Esprit, à ce que leurs Escritures soyent tenues comme autheiiti(]ues : les successeurs n'ont autre commission que d'enseigner ce qu'ils trouvent eslre contenu aux saincles Escritures. (Concluons doncques qu'il n'est point permis à tous ministres iidèles de forger de nouveau quelque article de foy : mais qu'il faut simplement adhérer à la doctrine à laquelle Dieu nous a tous assujetis sans exception. Quand je di cela, mon intention est non-seulement de nionstrer ce qui est licite à chacun particulier, mais aussi à toute l'Eglise universelle. Quant est des personnes, nous sçavons que sainct Paul estoit ordonné Apostre sur les Corinthiens : toulesfois il dit qu'il ne domine point sur leur foy^. Qui sera celuy qui osera maintenant usurper domination, laquelle sainct Paul tesiifie ne compéter point à sa personne ? Que s'il eust approuvé ceste licence desbridée, qu'un Pasteur peust demander qu'on ad-

1) î Cor. X, 4-6.

2) 2 Cor. I, 24.

joustast certaine foy à tout ce qu'il luy plaira d'enseigner, jamais il n'eust estably ceste police entre les Corinthiens, que deux ou trois Prophètes parlassent, et que les autres jugeassent : que si quelqu'un des autres avoit meilleure révélalion, qu'il parlast, et que le premier se teust*. Car par ces paroles, sans nul espargner, il a assujeli l'aulhorité de tous hommes à la censure et jugement de la Parole de Dieu. Mais quelqu'un me dira que c'est autre chose de l'Eglise universelle. Je respon que sainct Paul a aussi bien prévenu ceste doute, quand il dit en un autre passage, que la foy est par rouye,voire l'ouyede la Parole de Dieu^. Je vous prie, si la foy dépend de la seule Parole de Dieu, et regarde à icelle seule, et sur icelle seule se repose, que reste-il plus à la parole de tout le monde? Et de cela, nul qui sçaura bien que c'est de foy, n'en pourra douter ny hésiter. Car il faut qu'elle soit fondée en une telle fermeté, qu'elle puisse consister invincible et sans s'estonner à rencontre de Satan, toutes les machinations d'enfer, et toutes les tentations du monde. Or ceste fermeté ne se trouvera qu'en la seule Parole de Dieu. D'avantage, il y a une raison universelle, laquelle il nous faut yci considérer : c'est que Dieu oste aux hommes la faculté de forger aucun article nouveau, afin que luy seul nous soit pour Maistre et Docteur en la doctrine spirituelle : comme il est luy seul véritable, ne pouvant mentir ne tromper. Ceste raison n'appartient pas moins à toute l'Eglise qu'à chacun fidèle.

iO Or si ceste puissance est comparée avec celle de laquelle se vantent les tyrans spirituels, qui contrefont les Evesques et recteurs des âmes, il n'y aura nulle meilleure similitude qu'entre Christ et Bélial. Mon intention n'est pas d'exposer comment et en quel désordre ils ont exercé leur tyrannie: seulement je réciteray la doctrine laquelle ils défendent, premièrement par livres et prédication, puis après par feu et par glaive. D'autant qu'ils tienent pour une résolution certaine, qu'un Concile universel

1) 1 Cor. XIV, 29, 30.

î) Rom. X, 17.

représente vrayement l'Eglise : se fondans sur ce principe, ils concluent sans aucune doute, que tous Conciles universels sont régis directement du sainct Esprit: et pourtant qu'ils ne peuvent errer. Or comme ainsi soit qu'eux-mesmes régissent les Conciles, et mesmes qu'ils les facent : tout ce qu'ils leur attribuent d'authorité, ils le prenent à la vérité pour eux. Ils veulent doncques que nostre foy se liene debout, ou qu'elle tombe bas à leur plaisir : tellement que tout ce qu'ils auront arresté d'une part ou d'autre, nous soit ferme et résolu. S'ils ont rien approuvé, que nous le recevions sans aucun scrupule : s'ils ont rien condamné, que nous le tenions aussi pour condamné ; ce pendant ils forgent à leur poste, et sans avoir esgard à la Parole de Dieu telles doctrines qu'ils veulent : ausquelles pour ceste seule raison ils entendent qu'on doit adjouster foy. Car ils n'estiment point qu'un homme soit Chrestien, sinon qu'il s'accorde à toutes leurs déterminations, tant affirmatives que négatives :

pour le moins de foy implicite, comme ils appellent : se fondans là-dessus, qu'il est en l'authorité de l'Eglise de faire nouveaux articles de foy.

41 Premièrement voyons de quels argumens ils s'aident, pour monstrer que ceste puissance ait esté donnée à l'Eglise : puis après nous verrons de quoy leur proufite ce qu'ils allèguent, touchant l'Eglise. L'Eglise, disent-ils, est garnie de belles et excellentes promesses, de n'estre jamais abandonnée de Christ son espoux, qu'il ne la conduise par son Esprit à toute vérité. Mais des promesses qu'ils ont coustume d'alléguer, il y en a une grande partie qui ne sont pas moins données à un chacun fidèle en particulier, qu'à toute l'Eglise ensemble. Car combien que Jésus-Christ parloit aux douze Apostrcs, en leur disant, Je seray avec vous jusques à la fin du monde *. Item, Je prieray le Père, et il vous donnera un autre consolateur, asçavoir l'Esprit de vérité^: toutesfois il ne promettoit point cela seulement au nombre des douze, mais à chacun d'eux, voire mesmes

1) MiiUh. VUI, 20.

2) Jean XIV, 16, 17.

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