‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 236 sur 346 · LIVRE IV. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE X

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de Juifvorie, s'arreslent tellement aux ombres, qirellesnepeuveiUvenirà Christ.

Ce que je les appelle inutiles et iuf'ples, je sçay bien (|ue eela ne sera point croyable à ia prudence charnelle. Car le sens naturel de l'iiomme y prend si grand plaisir, que quand on les oste il luy semble que toute l'Eiçlise est desliguréc : mais c'est ce que sainct Paul dit, qu'elles onl apparence de sagesse, à cause qu'il semble que Dieu y soit servy, et qu'elles nous exercent à humilité et à discipline^ Par cela il nous donne une admouilion très utile, laquelle doit bien estre imprimée en nostre mémoire. Les constitutions humaines, dit-il, ont couleur de sagesse pour nous tromper. Si nous demandons quelle, il respond qu'entant <|u'elles sont forgées des hommes, l'entendement humain recognoissant là ce qui est sien, le reçoit plus volontiers que ce qui seroit autrement trèsbon, mais ne s'accorderoit pas si bien à sa folie et vanité. Il nous respond secondement, que c'est d'autant que nous pensons avoir en icelles une bonne instruction à humilité. Il respond finalement, que c'est d'autant qu'elles semblent advis appartenir à refréner les délices de la chair, d'autant qu'elles conlienent quelque forme d'austérité. Mais quand il a tout dit, les accepte-il ? ou bien use-il de raisons pour descouvrir ceste fausse apparence? Au contraire, pource qu'il estimoit que ce seul mot estoit suffisant pour les réprouver, que ce sont inventions controuvées des hommes, il ne daigne point les rédarguer plus amplement : ou bien, pource qu'il sçavoit que tous services de Dieu forgez à l'appétit des hommes, sont ù rejetter en l'Eglise, et qu'ils doyvent estre d'autant plus suspects aux fidèles, qu'ils ont accoustumé de délecter les hommes : pource aussi qu'il sçavoit qu'il y a telle différence entre la vraye humilité et la fausse imitation d'iceile, qu'il est facile de discerner l'une de l'autre : finalement, pource qu'il sçavoit que ceste austérité dont il parle, ne doit estre tenue que pour un exercice corporel , il a nommé ces choses pour réfuter les traditions humaines entre les

1) Col. II, 23.

fidèles, combien que de là elles prencnl. toute leur dignité entre les hommes.

12 En ceste manière aujourd'huy nonseulement le commun populaire, mais ceux qui pensent estre bien sages selon le monde, prenent un merveilleux plaisir à user d'une grande pompe de cérémonies. Touchant des hypocrites et des sottes femmes qui sont bigotes de nature, il leur semble advis qu'il n'y a rien de plus beau ne de meilleur. Mais ceux qui espluchent de plus près, et considèrent mieux à la droicte reigle que c'est que tout cela vaut, entendent que tout cela n'est que fatras, d'autant qu'il n'en vient nul proulit. Secondement que ce sont abus et tromperies, d'autant que les yeux en sont esbiouis pour mener l'homme en. tout erreur. Je parle des cérémonies ausquelles les Romanistiues font à croire qu'il y a de grans mystères cachez. Or nous expérimentons que ce n'est que dérision : et n'est point de merveilles que ceux qui les ont mises sus, sont tombez en ceste folie de s'amuser et décevoir les autres en tels badinages frivoles, veu qu'ils ont prins pour leur patron en parlie les folles resveries des Payens, en partie les observations de la Loy mosaïque, lesquelles ne nous apparienoyent non plus que les sacrifices des bestes brutes, et les choses semblables, lesquelles ils ont ensuyvies sans discrétion, comme singes. Certes quand il n'y auroit nul autre argument, si est-ce que d'une fripperie tant mal (^ousue, on n'en sçauroit rien attendre qui vaille. Et la chose est toute évidente, qu'il y a la plusparl des cérémonies papistiques qui n'ont autre usage que de rendre le peuple stupide, plustost que de l'enseigner. Semblablement les hypocrites ont en grande révérence ces canons nouveaux, et les tienent comme de grande importance, combien qu'ils soyent plus pour renverser la discipline que pour la conserver; car si on les regarde bien de près, on trouvera que ce ne sont que masques sans vérité.

13 Pour venir à l'autre point que j'ay mis, qui est-ce qui ne voit qu'il y a eu tant de traditions amassées les unes sur les autres, que la multitude en est creue

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sans nombre, tellement qu'elle est intolérable à l'Eglise chrestienne ? Car aux cérémonies il y apparoist un vray Judaïsme. Les autres observations sont comme géhennes pour tormenter cruellement les povres consciences. Sainct Augustin se plaignoit de son temps, que desjà pour lors tout estoit si plein de présomption en mesprisant les commandeniens de Dieu, que celuy qui avoit marché à pied nud durant l'octave de son Baptesme, estoit plus griefvement reprins que celuy qui s'estoit enyvré. Il se plaignoit semblablement que l'Eglise, laquelle Dieu a voulu estre libre, estoit tellement foullée et grevée d'ordonnances et statuis, que la condition des Juifs avoit esté plus aisée ^ Si ce sainct personnage vivoitaujourd'huy, quelles quérimonies feroit-il de la malheureuse servitude où nous sommes? Car le nombre en est augmenté jusques à dix fois autant qu'il y en avoit adoncques : et on insiste cent fois plus rudement en chacun point qu'on en faisoit. Et de faict il en advient lousjours ainsi : c'est que quand les hommes ont une fois occupé l'empire sur les âmes, ils ne cessent de faire nouveaux commandemens et nouvelles défenses, jusques àcequ'ilssesoyeni desbordez en toute extrémité. Ce que sainct Paul signifie trèsbien quand il dit, Si vous estes morts au monde, comment vous astreinton par décrets, comme si vous y estiez vivans ? Ne mange point de cela, n'en gouste point, n'y attouche point 2. Il descrit yci fort bien la procédure des séducteurs, qui commencent par superstition, défendans de manger d'une viande, voire mesmes bien peu. Après avoir gaigné ce point, ils défendent aussi mesmes d'en gouster. Leur a-on accordé cela, ils font à croire qu'il n'est pas licite d'y toucher. 14 Nous reprenons doncques aujourd'huy à bon droict ceste tyrannie aux traditions humaines : asçavoir que les povres consciences sont merveilleusement tormentées par statuts inlinis , à l'observation desquels on oblige estroitement le monde. Touchant des Canons qui appartienent à la discipline, il en a

1) Ai< Januar.,cp\d. CXIX. ï) Col. II, 20, 21.

esté dit ci-dessus. Des cérémonies, qu'en diray-je ? lesquelles n'apportent autre proulit, sinon de nous faire revenir aux ligures judaïques, ensevelissans à demi nostre Seigneur Jésus? Le Seigneur, dit sainct Augustin, nous a ordonné peu de Sacremens, excellens en signification, faciles à observera Or combien répugne à ceste simplicité la multitude et variété des observations dont l'Eglise est enveloppée ? Je sçay bien souS quelle couleur aucuns excusent cesle perversité. Ils allèguent qu'il y en a plusieurs entre nous d'aussi rudes qu'il y en avoit au peuple d'Israël : que pour iceux ceste forme puérile a esté introduite : de laquelle combien que les sçavans et robustes se puissent passer, ils ne la doyvent toutesfûis mespriser, puis qu'ils voyent qu'elle est utile à leurs frères. Je respon que nous sçavons bien que c'est que doit un chacun Chrestien à l'infirmité de ses prochains : mais ce n'est pas la façon de s'accomoder à l'infirmité des rudes, en leur imposant un grand tas de cérémonies pour les oppresser. Dieu n'a pas mis sans cause ceste différence entre le peuple ancien et nous, qu'il a voulu instruire iceluy par signes et figures à la façon des petis en fans : et qu'envers nous il use d'une autre simplicité, ayant aboly ceste pompe extérieure : Comme un enfant, dit sainct Paul, est gouverné et tenu en discipline par son pédagogue selon la capacité de son aage : ainsi les Juifs ont esté conduits sous la Loy^ Mais nous, nous sommes semblables aux jeunes gens qui sont sortis d'enfance, et n'ont plus besoin d'estre en curatèle ny en discipline puérile. Certes le Seigneur prévoyoit bien quel seroit le commun peuple de l'Eglise chrestienne, et comment il seroit mestier de le régir selon sa rudesse : toutesfois il a mis ceste discrétion que nous avons dite, entre nous et les Juifs. Ainsi c'est une folle raison à nous de vouloir redresser la façon judaïque pour subvenir aux rudes, laquelle a esté cassée et abolie par Jésus-Christ. Ceste diversité de nous et du peuple ancien est aussi déclairée par les paroles qu'eut le Seigneur

1) Episl. CXYIIT, Ad Jantiar.

■2) Gai. IV, 1-3.

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