LIVRE IV, CHAPITRE X
mensonger'. Puis qu'on ne peut nier que ces choses ne soyent diles à l'Eglise, qu'est-ce que font autre cliose ceux qui disent que nonobstant telles défenses elle a osé entreprendre d'adjouster du sien ù la Parole de Dieu, sinon qu'ils l'arguent de rébellion contre Dieu? Mais n'escoutons point leurs mensonges, par lesquels ils font si grande injure à l'Eglise. Plustosi cognoissons que le nom de l'Eglise est faussement prétendu, quand on en veut couvrir la folle témérité des hommes (jui rompt les limites de la Parole de Dieu pour donner lieu à ses inventions. Ces paroles ne sont pas difficiles ny ambiguës, ny incerlaines, par lesquelles il est défendu à l'Eglise universelle d'adjouster ou diminuer de la Parole de Dieu, (juand il est question de son service. Ils diront que cela est dit de la Loy seule, après laquelle sont venues les Prophéties : ce que je confesse, moyennant qu'ils entendent qu'icelles tendent plus à accomplir la Loy, qu'à y adjouster ou en retrancher. Or si le Seigneur ne souffre point cpi'on adjouste au ministère de Moyse, ou qu'on en diminue, combien qu'il fust plein d'obseureté, jusques à ce qu'il donne plus claire doctrine par les Prophètes ses serviteurs, et finalement par son Fils bien-aimé : pourquoy n'eslimerons-nous estre plus rigoureusement défendu d'adjouster à la Loy, aux Prophéties, aux Pseaumes et à l'Evangile? Le Seigneur certes n'a point changé de vouloir : lequel a jadis déclairé qu'il ne peut estre plus griefvement offensé, que quand les hommes le veulent servir par leurs inventions propres. Comme nous en avons les excellens tesmoignages aux Prophètes, qui nous devoyent estre assiduellement devant les yeux. Eu Jérémie, quand j'ay conduit vos Pèr> s hors de la terre d'Egypte, je ne leur ay point commandé de m'offrir hosties et sacrifices : mais je leur ay donné ce mandement, disant, Escoutez ma parole, et je seray vostre Dieu, et vous serez mon peuple, et cheminerez aux voyes que je vous monstreray ^.
Item, En adjurant j'ay adjuré vos Pères,
1) *eut. XII, 32 ; l'rov. XXX, 6.
2) Jér. VII, 23.
Escoulez ma Parole*. Il s'en lit plusieurs autres semblables : mais principalement cestuy-ci qui s'ensuyt est notable, lequel est escrit en Samuel : Le Seigneur demande-il hosties et sacrifices, et non pas plustost qu'on obéisse à sa voix? car obéissance est meilleure que sacrifice : et , vaut mieux escouler que d'offrir hosties bien grasses. Car répugner à Dieu est comme sorcellerie : et n'acquiescer point à luy, est comme idolâtrie^.
18 Parquoy puis qu'on ne peut excuser d'impiété toutes les inventions qu'on défend sous l'authorité de l'Eglise : il est facile d'inférer que faussement elles sont imputées à l'Egîise. A ceste cause nous combatons hardiment contre ceste tyrannie des traditions humaines, qui sont obtenues sous le tillre de l'Eglise. Car nous ne mesprisons (loint l'Eglise, comme nos adversaires pour nous rendre odieux nous reprochent faussement :
mais nous luy attribuons la louange d'obéissance, laquelle est la plus grande qu'elle sçauroitdésirer. Eux-mesmes sont outrageusement injurieux contre l'Eglise, la faisant rebelle contre son Seigneur : d'autant que selon leur dire, elle a transgressé le commandement de Dieu. Encores que je ne mette en avant que c'est une grande impudence et malice à eux, d'objecter continuellement la puissance de l'Eglise, et ce pendant laisser derrière et dissimuler quel mandement elle a de Dieu, et quelle obéissance elle luy doit. Mais si nous désirons comme il appartient de consentir avec l'Eglise, il nous faut plustost regarder et considérer ce qui nous est commandé de Dieu, et à toute l'Eglise pareillement, afin que d'un commun accord nous luy obéissions. Car il ne faut aucunement douter que n'accordions trèsbien avec l'Eglise, si en tout et par tout nous nous rendons obéissans à Dieu. Touchant ce qu'ils disent l'origine de leurs traditions estre descendue des Apostres, ce sont pures tromperies : veu que toute la doctrine des Apostres tend à ce but, que les consciences ne soyent chargées de nouvelles traditions : et que la religion chrestienne
1) Jér. XI, 7.
1 Sam. XV, 22, 23.
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INSTITUTION CIIRESTIENNE.
ne soit contaminée par nos inventions.
Et s'il faut croire aux histoires anciennes, ce qu'ils attrilîuent aux Apostres ne leur a pas seulement esté incognu, mais jamais n'en ouyrent parler. Et ne faut qu'ils baijillent, que beaucoup de constitutions des Apostres ont esté receues par usage, qui ne furent jamais escrites. c'est asçavoir des choses qu'ils ne pouvoyent entendre devant la mort de Jésus-Christ, lesquelles ils ayent apprinses depuis son ascension par révélation du sainct Esprit nous avons desjà ci-dessus exposé ce passage. Quant est pour le propos que nous traitions, ils se font bien ridicules, quand en voulant déclairer quels sont ces grans mystères qui ont si long temps esté incognus aux Apostres, ils proposent en partie des cérémonies prinses et meslées de celles lesquelles au paravant avoyent esté vulgaires entre les Juifs et Gentils, en partie des folles singeries et sottes cérémonies, lesquelles des asnes de Prestres, qui ne sçavenl n'aller ne parler, sçavent toutes par cœur : et mesmes lesquelles les fols et les enfans contrefont si proprement, qu'on diroit qu'ils en ont toute la science en leur teste. Si nous n'avions nulles histoires, toutesfois il n'y a homme de sain jugement qui ne jugeast qu'une telle multitude de cérémonies n'est point venue tout cFun coup en l'Eglise, mais que petit à petit elle a esté introduite. Car comme ainsi soit que les bons Evesques prcschans du temps des Apostres, eussent fait aucunes sainctes ordonnances appartenantes à l'ordre et à la police, leurs successeurs estans gens inconsidérez et convoiteux de choses nouvelles, y ont voulu adjouster chacun son Joppin l'un après l'autre : les derniers ont tousjours voulu surmonter leurs prédécesseurs. D'avantage, pource qu'il y avoit danger que leurs inventions, par lesquelles ils vouloyent acquérir bruit et renommée, ne s'en allassent incontinent à val l'eau, ils ont usé de grande rigueur que ne faisoyent point les premiers, pour contraindre le peuple à les observer, Ceste folle imitation et perverse, où chacun a voulu estre aussi vaillant que son compagnon à forger quelque nouveauté, nous a engendré la
plus grand' part des cérémonies que nos Papistes du jourd'huy veulent qu'on tiene pour ordonnances apostoliques.
Mais, comme nous avons dit, les histoires nous en rendent suffisant tesmoignage.
19 Atin que nous ne soyons trop longs à en faire un long récit, contentons-nous d'un exemple. Les Apostres ont usé d'une grande simplicité en administrant la Cène de nostre Seigneur : les prochains successeurs, pour orner la dignité du mystère ont adjousté quelques façons de faire, lesquelles n'esloyent point du tout à condamner. Mais depuis sont survenus d'autres singes, qui ont eu une folle affectation de coudre pièce sur pièce : et ainsi ont composé tant les acconstremens du Prestre que les paremens de l'autel, et le badinage et jeu de farce que nous voyons à présent à la Messe avec tout le reste du bagage. Mais les Papistes ont encores une objection, que de toute ancienneté on a eu cela pour résolu, que ce qu'on tenoit en l'Eglise universelle d'un commun accord, estoit procédé des Apostres, comme sainct Augustin le testifie.
Je neleurbailleray autre solution que de la bouche de sainct Augustin: Toutes les choses, dit-il, qu'on garde en tout le monde, il est à juger qu'elles ont esté ordonnées par les Apostres ou par les Conciles universels, desquels l'authorité est trèsutile en l'Eglise : comme ce qu'on célèbre annuellement la mémoire de la passion et résurrection de nosire Seigneur : Item, son ascension au ciel, et la l'entecoste : et s'il y a encores quelque chose semblable qui se garde en toute l'Eglise, par tout où elle a son estendue au monde ^ Puis qu'il allègue tant peu d'exemples, n'est-il pas facile de veoir qu'il n'a pas'voulu authoriser les observations qui estoyent pour lors, sinon celles qui esloyent sobrement instituées et en petit nombre, et lesquelles estoyent utiles pour conserver l'ordre de l'Eglise avec simplicité .f' Or c'est bien loing de ce que prétendent les Romanisques, qu'il n'y ait si petit fatras de cérémonies entre eux, qui n'ait esté estably par l'authorité des Apostres.
1) Epist. CXVIII. •