LIVRE IV, CHAPITRE X
lequel il se veut sur loute chose est recon serve? Or il luy est ravy toutes fois et quantt'S qu'il est servy par loi\ d'inventions humaines : veu qu'il veut eslre le seul Législateur de son honneur et service. Et afin qu'aucun ne pense que ce soit chose de légère importance, (ju'il escoute combien noslre Seigneur l'eslime : Pourtant, dit-il, que ce peuple-ci m'a servy selon les mandemens et doctrines des hommes : voyci , je le feray esmerveiller par un miracle grand et merveilleux: car la sapience périra des sages, et l'entendement des prudens sera anéanty*. En un autre passage, ils me servent en vain, enseignans pour doctrines commandemens d'hommes^. Et de faict, ce que les eufans d'Israël se sont contaminez en plusieurs idolâtries , la cause de tout le mal est assignée à ce meslinge, (ju'en transgressant les commandemens de Dieu, ils se sont forgé des services estranges. Et à ce propos l'histoire saincte récite, que les nouveaux habitans de Samarie qui avoyent lu esté envoyez par le Roy de Babylone, estoyent journellement dévorez par les bestes sauvages, pource qu'ils ne savoyent point les statuts du Dieu de la terre. Encores qu'ils n'eussent commis nulles fautes aux cérémonies, si est-ce que Dieu n'eust point approuvé toutes leurs vaines pompes: mais ce pendant, si a-il voulu punir ceste profanation de son service : c'est que les incrédules et Payens le vouloyent servir à leur poste. El pourtant, il eht adjouté puis après, qu'ils apprindrent de suyvre, quant à l'extériorité, ce que Dieu avoit ordonné en sa Loy: mais pource qu'ils n'adoroyent pas encores purement Dieu, il est répété par deux fois, qu'ils l'ont craint et qu'ils ne l'ont pas crainte Dont nous avons à conclurre, qu'une partie de la révérence que nous luy portons, gist à ne rien mesler de nos inventions propres parmi le service qu'il a commandé en sa Parole. Dont les bons Rois et fidèles sont louez souvent en l'Escriture, d'avoir observé quant à la religion, ce qui estoit enjoinct en la Loy, sans décliner à dextre ny à
«) Is. XXIX, 13, U.
3J 2 Rois XVII, 24-3*.
2) Matlh. XV, 9.
gauche ^ Je passe encores plus outre ; combien qu'en un service coiilrouvé , l'impiété n'apparust pas du premier coup, qu'elle ne laisse point d'estre asprement coiidaniiiée, puis qu'on a décliné du commandement de Dieu. L'autel d'Acliaz duquel il avoit fait apporter le patron de Samarie , pouvoit estre estimé un bel ornement pour augmenter la dignité du Temple ^ : veu mesmes que rinleiKion de ce meschant Roy n'estoit autre, que de sacrifier là au Dieu vivant : ce qu'il pensoit faire plus magnifiquement qu'en l'autel ancien. Nous voyons néantmoins comment le sainct Esprit déteste une telle audace, voire pour ceste seule raison , que toutes inventions humaines , quelque belle apparence qu'elles ayent, ne font qu'infecter et corrompre le service de Dieu. Et d'autant plus que la volonté de Dieu nous est clairement monstrée, tant moins l'outrecuidance de rien attenter par-dessus est excusable. Aussi le crime de Manassé est fort aggravé par ceste circonstance , d'avoir édifié un autel en Jérusalem , du(iuel lieu Dieu avoit prononcé qu'il y mettroit son nom^ Car quand on ne se contente point de ce qu'il approuve, c'est rejetter son authorité comme de propos délibéré.
24 Plusieurs trouvent estrange pourquoy nostre Seigneur menace si asprement de faire choses mermeilleuses sur le peuple, duquel il estoit servy par mandemens et doctrines des hommes ; et pourquoy il déclaire que tel honneur est vain. Mais s'ils regardoyent que c'est dépendre de la seule bouche de Dieu en matière de religion, c'est-à-dire en matière de sapience céleste : semblablement ils verroyent que la raison n'est pas petite, pourquoy nostre Seigneur a en telle abomination les services mal reiglez , qui luy sont faits selon le sot appétit des hommes. Car combien que ceux qui le servent ayent quelque espèce dhumilité, s'assujetissans aux loix des hommes à cause de luy, loutesfois ils ne sont nullement humbles devant Dieu , auquel mesine ils imposent ces mesmes loix qu'ils observent. C'est la raison pour-
1) 2 Rois XXII, f, 2, et aulres passive?.
2) 2 Rois XVl, 10. 3; 2 Rois XM, 4.
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quoy sainct Paul requiert tant diligemment que nous nous gardions d'estre abusez par les traditions des hommes * : usant d'un mot grec bien propre, qui nous signifie un service volontaire; c'està-dire inventé du vouloir des hommes sans la Parole de Dieu. Certainement il est ainsi, qu'il faut que tant la sapience de tous les hommes que la nostre nous soit faite folle, alin que permettions un seul Dieu estre sage. De laquelle voye sont bien loing ceux qui luy pensent complaire par observations forgées au plaisir des hommes : et luy jettent au visage, comme par force et maugré qu'il en ait, une obéissance perverse, laquelle ils rendent aux hommes non à luy. Comme il a esté fait longtemps par ci-devant, et de nostre mémoire mesmes: et se fait encores aujourd'huy aux pays où la créature est en plus grande authorilé que le Créateur. Lesquels pays ont une religion (si digne elle est d'estre appelée Religion) brouillée de plus de superstitions et plus folles qu'idolâtrie payenne qui fut oncques. Car que sçauroit les sens de l'homme produire , sinon choses charnelles et folles, et qui vrayement monstrent de quel autheur elles sont venues?
25 Quant à ce que les advocats des superstitions allèguent ce que Samuel a sacrifié en Ramatha^, et combien que cela se feist contre la Loy, que l'acte a pieu à Dieu : la solution est facile, asçavoir qu'il n'a point basty un second autel pour l'opposer au premier qui estoit fondé sur la P;irole de Dieu : mais pource qu'il n'y avoit point encores de lieu certain destiné au tabernacle, (lu'il a mieux aimé dédier aux sacrilices la ville de sa demeure, comme le lieu le plus commode. Pour certain l'intention du sainct Prophète n'a pas esté de rien changer à la façon du service divin , oii Dieu avoit si estroilement défendu de ne rien adjouster ne diminuer. Quant à l'exemple de Menoha père de Sanson ^ je di qu'il a esté extraordinaire et singulier. Car il estoit honmie privé : ainsi il ne luy estoit pas licite de sacrilier sans inspiration
1) Col. 11,23, 8.
3) Jug. XUl, 19.
2j 1 Sam. vu, 17.
secrette de Dieu. Ce qui ne s'estend pas J plus loing qu'à luy, d'autant que les au- \ très ne seroyent pas approuvez de mesmes. A l'opposite, Dieu a donné un enseignement notable pour tout jamais en la personne de Gédéon , combien il déleste les services que les hommes luy controuvent de leur propre sens: car l'Ephod qu'il appéta d'une folle dévotion, tourna à ruine non -seulement à luy et à sa famille, mais à tout le peuple ^ En somme toute invention estrange par laquelle les hommes prétendentde servir à Dieu, n'est autre chose que pollution de la vraye sainctefé.
26 Pourquoy doncques , disent-ils , Christ a-il voulu qu'on portast les charges importables qu'imposent les Scribes et Pharisiens ^ ? Mais je leur demande au contraire, Pourquoy luy-mesme en un autre lieu a-il voulu qu'on se gardast du levain des Pharisiens, appelant leur levain ( comme l'interprète TEvangéliste saint Mathieu ^) tout ce qu'ils mcsloyent de leur doctrine propre, à la pure Parole de Dieu P Que voulons-nous d'avantage, quand il nous est commandé de fuir, et de nous garder de toute leur doctrine ? Dont il nous est trèsmanifeste, qu'en l'autre passage nostre Seigneur n'a pas voulu que les consciences des siens fussent chargées des propres traditions des Pharisiens. Et les paroles mesmes (si on ne les cavilloit point) n'approchent en rien de ce sens. Car par icellcs nostre Seigneur n'a voulu autre chose, sinon que proposant de parler aigrement contre la mauvaise vie des Pharisiens, il enseignoit paravant ses auditeurs , que combien qu'ils ne veissenl rien aux mœurs des Pharisiens digne d'estre ensuyvy, toutesfois qu'ils ne délaissassent point ce qu'ils enseignoyent par parole, quand ils estoyent assis en la chaire de Moyse, c'est-à-dire quand ils exposoyent la loy. 11 n'a doncques voulu autre chose, sinon de prévenir ce danger, que le peuple ne fust point induit par la mauvaise vie de ses gouverneurs, à mespriser la doctrine de Dieu, Mais pource qu'aucuns ne s'esmeuvent pas beaucoup pour quelque rai-
1) Jug. VUI, 27.
3) Malth. XVI, 6, 12.
2) Mallli. XXni, 4.