‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 256 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XII

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il y a eu un autre mal du cosié dos Evesques, qu'en partie ils ont esté rudes ei ignorans, en partie ils ont -nppété de dominer et tyranniser sans raison. Sur cela ils ont fait des loix perverses et iniques, desquelles on a lié les consciences pour les iraisner en enfer. On a défendu de manger eliair, comme si c'eusl esté une viande pollue, et qui eust contaminé les hommes. Après on a adjousté des opinions meschanles les unes sur les autres, jusques à ce qu'on est venu comme en un profond abysme d'erreur. Et afin de ne rien laisser que tout ne fusl dépravé, on s'est joué de Dieu comme d'un petit enfant. Car quand il a esté question de jusner, il y a eu une table apprestée plus somptueusement que les autres fois : on a assemblé toutes les friandises et délices qu'on pouvoit, on a redoublé la quantité des viandes, et a-on usé de variété plus que de coustume : puis on a appelé un tel appareil, Jusne, et a-on pensé bien servir à Dieu par ce moyen. Je laisse à dire que ceux qui veulent eslre veus les plus saincts, ne remplissent jamais leur ventre si bien qu'en jusnant. En somme, toute la saincteté du jusne commun est, de s'abstenir seulement de manger chair, et au reste abonder en toutes délices, et gourmander à plaisir, moyennant que ce ne soit qu'une fois le jour. Combien que la pluspart se dispense de faire collation morcelloire, comme ils disent. Au contraire, c'est une impiété extrême, ce leur semble, et un crime digne de mort, de manger un morceau de lard, ou un lopin de chair salée avec du pain bis : voire mesmes si un povre homme qui n'a autre chose, le fait. Sainct Hiérosme raconte que desjà de son temps il y en avoit quelques-uns qui vouloyent contenter Dieu de tels fatras et badinages ^ : car afin de s'abstenir de manger huile, ils se faisoyent apporter de pays lointains des viandes les plus exquises qu'on pouvoit : mesmes afin de faire force à nature, ils ne beuvoyenl point d'eau, mais usoyent de je ne sçay quelles liqueurs précieuses et friandes au goust, lesquelles ils humoyent non point en

i) Ad Nep'tianum.

verre, ou en un gobelet, mais en une coquille. Ce qui estoit pour lors un vice de peu de gens, règne aujourd'huy communément entre tous les riches : asçavoir qu'ils ne jusnent point à autre fin, sinon pour se traitler mieux et plus délicatement que de cousiume. Mais je ne veux point user de long propos en une chose tant notoire : seulement je di ce mot, qu'il ne faut point que les Papistes prenent occasion de s'enorgueillir, ny en leurs jusnes, ny en tout le reste de leur discipline, conmie s'il y avoit rien digne de louange, veu que tout y est corrompu etperverty.

22 S'ensuyt la seconde partie de la discipline, laquelle appartient proprement au Clergé : c'est asçavoir que les gens d'Eglise se gouvernent selon les Canons qui ont esté anciennement faits pour les entretenir en toute honnesleté, comme sont ceux qui s'cnsuyvent : Qu'un homme d'Eglise ne soit point adonné à la chasse, au jeu de dez, à gourmandise ou banquets : que nul d'eux ne se mesle d'usure ou de marchandise, qu'il ne soit présent à danses et autres dissolutions. Or afin que nul ne transgressas! ces ordonnances, les Conciles anciens ont advisé de punir et chastier ceux qui ne se voudroyent rendre obéissans en tout ce qui apparlenoit à l'honnestelé du Clergé. Et pour ceste cause chacun Evesque avoit la charge et authorité de gouverner son Clergé, pour contraindre chacun à faire son devoir. Pour ceste mesme raison ont esté instituées les visitalions et les synodes : afin que si quelqu'un estoit nonchalant en son office, il fust admonesté : et si quelqu'un avoit failly, qu'il fust chastié selon son démérite. Les Evesques aussi avoyent entre eux tous les ans un Concile en chacune Province, et mesmes au paravant de six mois en six mois : afin que si quelque Evesque s'estoit mal porté, il fust là jugé. Car si quelque Evesque estoit trop rude à son Clergé, et le traittoit trop inhumainement, celuy qui se vouloit plaindre de luy, venoit là, et la cause s'y démenoit. Or on usoit d'une grande sévérité: Car si on trouvoit que quelqu'un eust abusé de son authoriié, ou mal versé en son estât, on le

(léposoit : et qiielquesfois mesmes on rexcommunioit pour certain temps.

D'avantage, pource que ceste police estoit ordinaire, jamais ils ne se partoyent d'un Concile provincial, qu'ils n'eussent assigné le lieu et le temps auquel l'autre sedevoit tenir. Car touchant d'un Concile universel c'estoit à l'Empereur de le commander et publier, et de dénoncer que chacun y comparust, comme les histoires anciennes le nionstrent. Cependant que ceste sévérité a duré, les gens d'Eglise n'ont point astreint le peuple, sinon à ce dont ils leur monstroyent l'exemple par effect : car ils estoyent beaucoup plus sévères envers eux qu'envers les autres. Et de faict, c'est bien la raison que le peuple ait plus de liberté, et ne soit pas si court tenu que le Clergé. Je n'ay jà niestier de raconter par le menu comment ceste police a esté mise bas, et s'en est allée à val l'eau : tant y a que chacun voit qu'il n'y a estât plus dissolu ne plus desbordé que Testât ecclésiastique, tellement que tout le monde en crie sans que nous en parlions. Je confesse qu'alin qu'il ne semble que toute l'ancienneté soit ensevelie entre eux, ils abusent les yeux des simples de quelques ombres :

mais tout ce qu'ils font n'approche non plus de ce qu'ils font semblant d'ensuyvre, que les mines d'un singe ressemblent à ce que les hommes font par bonne raison. Il y a un passage bien notable en Xénophon K II récite que les Perses s'estans desvoyez et abastardis des vertus de leurs ancestres en ce qu'ayans laissé leur façon austère de vivre, ils s'estoyent desbordez en délices, et etféminez : toutesfois pour couvrir leur honte ne laissoyent pas de garder les statuts anciens quant à la formalité. Car comme ainsi soit que du temps de Cyrus la sobriété et tempérance fust telle, qu'il n'estoit licite de se moucher, et que cela estoit tenu pour vilein et déshonneste, ceste cérémonie a duré long temps après, de ne s'oser moucher : mais de retirer l'ordure au dedans, et les humeurs corrompues qu'ils avoyent amassées par leur intempérance : voire jusques à s'empunaiser, il estoit licite. Pareillement, selon

]) Paed. Cyri., lib. VIU.

le précepte ancien, ces bons imitateurs eussent fait scrupu'e comme d'un grand crime, d'appor4er sur table des couppes: mais il ne leur chalolt d'entonner le vin en leurs estomachs, en tel excès qu'il les faloit emporter yvres. Il avoit esté jadis ordonné en leur nation, de ne manger qu'une fois le jour: ces bons successeurs n'avoyent point cassé ceste loy, mais c'estoit pour continuer leurs lianquets depuis midi jusques à minuit. Pource que la loy ancienne porloit, qu'en guerre une armée ne marchast qu'à jun : ceste coustume a bien esté permanente : mais les bons successeurs avoyent restreint toute leur journée à deux heures. Toutes fois et quantes que les Papistes prétendront leurs belles reigles, pour faire à croire qu'ils sont aucunement semblables aux saincts Pères, cest exemple suffira pour rédarguer leur folle imitation et ridicule, autant que si un bon peintre la peignoit.

23 Ils sont tant et plus rigoureux, voire du tout inexorables à ne permettre le mariage aux Prestres. Quelle licence de paillarder ils prenent et donnent : il n'est jà besoin de le dire. Et sous ombre de ceste saincteté infecte et puante de s'abstenir de mariage, ils se sont endurcis à toutes vilenies. Tant y a que ceste défense monstre assez combien les traditions humaines sont nuisibles, veu que non-seulement elle a privé et de^nué l'Eglise de bons Pasteurs et idoines, et qui se fussent bien acquittez de leur charge, mais aussi elle a apporté un horrible amas et bourbier de beaucoup d'énormitez, et a plongé beaucoup d'àmes au gouffre de désespoir. Quant est de la défense qu'on a faite aux Prestres de se marier, je di qu'en cela il y a eu une meschante tyrannie, non-seulement contre la Parole de Dieu, mais aussi contre toute équité. Pour le premier, il n'estoit nullement licite aux hommes de défendre ce que Dieu avoit mis en nostre liberté. Secondement c'est une chose notoire, et laquelle n'a point mestier de probalion, que nostre Seigneur a expressément ordonné que ceste liberté ne fust point violée. Outreplus, sainct Paul tant à Tite qu'à Timothée, ordonne qu'un Evesque

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