LIVRE IV, CHAPITRE XII
soit mari d'une seule femme ^ Mais comment eust-il peu parier avec plus grande véliémence, que quand il déjioncc ([u'il y aura des meselians lesquels détendront le mariage ^, protestant (pie le sainct Esprit les révèle, afin (|u'on s'en donne de garde, et nomme telle manière de gens non-seulement séducteurs, mais diables?
Voyià doncques la prophétie et le tesmoignage du sainct Esprit, par lequel il a voulu dés le commencement prénmnir les Eglises : c'est que la défense du mariage est doctrine diabolique. iMais nos adversaires pensent avoir trouvé une belle escbappatoire, quand ils exposent cela estre dit des sectes anciennes d'hérétiques, comme de Montanus, des Tatiens et des Encratitcs : Ce sont, disentils, ceux-là qui ont réprouvé le mariage, et non pas nous : mais seulement le défendons au Clergé, comme ne luy estant point convenable. Comme si cesle prophétie, encores qu'elle eust esté une fois accomplie aux Taliens et autres semblables, ne pouvoit aussi bien convenir à eux. Mais nous ne condamnons point, disent-ils, le mariage du tout, seulement nous le défendons au Clergé. Comme si une cavillation tant puérile, estoit digne d'estre reccue, de dire qu'ils ne défendent point le mariage, d'autant qu'ils ne le défendent pointa tous. Cela est autant comme si quelque tyran disoit, une loy qu'il auroit faite n'estre point inique, d'autant qu'elle ne grèveroit qu'une partie du peuple.
24 ils objectent qu'il y doit avoir quelque marque pour discerner le Clergé d'avec les laïcs. Comme si Dieu n'avoit point préveu quels sont les vrais ornemens qui doyvent estre aux gens d'Eglise. En parlant ainsi ils blasment l'Apostre, comme s'il avoit confondu l'ordre de l'Eglise, et renversé l'honnesteté d'icelle : veu qu'en donnant comme un patron d'un vray Evesque, entre les vertus qu'il y requiert, il y met le mariage*. Je sçay bien comment ils exposent cela : c'est qu'il ne faut point eslire pour Evesque celuy qui aura esté marié pour la seconde fois. Et de falct, je confesse que ceste inler-
I) 1 Tim. 111,2 ; Tile I, 6.
3) l Tim. III, 2.
2) 1 Tim. IV, 3.
prétation n'est pas nouvelle : loufesfois il appert par la procédure qu'elle est fausse : d'autant qu'incontinent après il ordonne quelles doyvent estre les femmes des Prestres et Diacres. 'Voylà doncques sainct Paul qui met le mariage entre les vertus d'un bon Evesque : ceux-ci disent que c'est un vice intolérable en Testât ecclésiastique ; qui pis est, n'estans point contens de l'avoir blasmé en général, ils l'appellent souilleure et pollution charnelle : qui sont les paroles de Syricius Pape, récitées en leurs canons*.
*Ou'un chacun pense en soy-mesme de ([uelle boutique cela est party. Nostre Seigneur Jésus fait cest honneur au mariage, de le nommer image et représentation de l'unité saincte et sacrée (ju'il a avec l'Eglise. Que pourroit-on dire plus l>our exalter la dignité du mariage ?
Quelle impudence doncques est-ce, de l'appeler immonde et poilu, quand il nous démonstre la grâce spirituelle de Jésus- Christ?
25 Or comme ainsi soit que leur prohibition répugne ainsi clairement à la Parole de Dieu, toutesfois ils ont encores une couverture pour monstrer que les Prestres ne se doyvent point marier :
c'est que s'il a falu que les Prestres lévitiques, quand ils approchoyent de l'autel, ne cohabitassent point avec leurs femmes, afin de faire plus purement leurs sacrifices, ce ne seroit point raison que les Sacremens de Chrestienté, qui sont plus nobles et plus excellens, fussent administrez par gens mariez. Comme si c'estoit un mesme office du ministère évangélique, et de la prestrise lévitique. Au contraire, les prestres léviliques représentoyent la personne de Jésus-Christ : lequel estant iMédiateur de Dieu et des hommes'', nous devoit réconcilier au Père par sa pureté trèsaccomplie. Or comme ainsi soit qu'iceux estans pécheurs ne peussent respondre en toute manière à sa saincteté : afin de la représenter aucunement en figure, il leur estoit commandé de se purifier outre la coustume humaine, quand ils approchoyent tlu Sanctuaire :
d'autant que lors proprement ils por-
1) Syriaw, Pape, aux Evisqm s d'Espagne,
2) 1 Tim. II, 5.
toyent la figure de Christ, en ce que comme moyenneurs ils apparoissoyent devant Dieu au nom du peuple au Tabernacle, qui estoit comme image du Throne céleste. Or puis que les Pasteurs ecclésiastiques n'ont point cest oflice et personne, la comparaison n'est point à propos. Pourtant l'Apostre sans aucune «exception afferme que le mariage est honorable entre tous : mais que Dieu punira les paillars et adultères *. Et de faict, les 4.postres ont approuvé par leur exemple, que le mariage ne déroguoii à la saincteté d'aucun estât, de quelque excellence qu'il iust. Car sainct Paul tesmoigne que nonseulement ils ont retenu leurs femmes, mais aussi qu'ils les ont menées en leur compagnie^.
26 D'avantage, c'a esté une grande impudence, qu'ils ont exigé une telle masque de chasteté pour chose nécessaire.
En quoy ils ont fait grand opprobre à l'Eglise ancienne : laquelle combien qu'elle ait esté excellente en pure doctrine, néantmoins a encores plus flory en saincteté. Car s'il ne leur chaut des Aposires, que diront-ils, je vous prie, de tous les Pères anciens, lesquels on voit nonseulement avoir toléré le mariage entre les Evesques, mais aussi l'avoir approuvé? il s'ensuyvroit qu'ils ont entretenu une profanation des mystères de Dieu, puis que selon l'opinion de ceux-ci, ils ne les traittoyent point purement. Bien est vray que ceste matière fut agitée au Concile de Nice : et (comme il s'en trouve tousjours quelques superstitieux, qui songent quelque resverie nouvelle pour se rendre admirables) il y en avoit qui eussent voulu le mariage estre interdit aux Prestres. Mais qu'est-ce qu'il y fut constitué .f' C'est que la sentence de Paphnutius l'ut receue : lequel déclaira que c'estoit chasteté, cohabitation de l'homme avec la femme^. Parquoy le sainct mariage demeura en son entier, et ne fut point réputé à déshonneur aux Evesques qui esloient mariez : et ne jugea-on point que <ela tournast à quelque macule au ministère.
27 Depuis surveindrent d'autres temps,
1) Iléb. XIII, '». 2) 1 Cor. IX, 5.
3) Htst. Irip., lib. U, cap. XIY.
ausquels s'augmenta ceste folle supersti tion, d'avoir en estime excessive l'abstinence de mariage. Car la virginité estoit tellement prisée, qu'à grand'peine estimoit-on qu'il y eust vertu digne d'accomparer à icelle. Et combien que le mariage ne fusi pas du tout condamné comme pollution, toutesfois la dignité d'iccluy estoit tellement obscurcie, qu'on n'estimoit point qu'un homme aspirast droictement à perfection, sinon qu'il s'en absieinst. De là sont venus les canons, par lesquels il a esté ordonné que ceux qui estoyent desjà en Testai de Presirise, ne se mariassent plus. Puis après d'autres, par lesquels il a esié défendu d'en recevoir qui fussent mariez, sinon que par le consentement de leurs femmes ils promissent chasteté perpétuelle. Fource qu'il sembloit advis que cela servoit à rendre la Prestrise plus honorable, on l'a favorablement receu.
Toutesfois si nos adversaires nous objectoyent l'ancienneté, je respon premièrement que ceste liberté a esté du temps des Apostres, et a duré assez longuement après, que les Prestres pouvoyent estre mariez : mesmes que les Apostres et les autres saincts Pères de l'Eglise primitive n'ont point fait scrupule d'en user. Je di secondement, que nous devons avoir en estime leur exemple : que c'est mal jugé à nous de tenir pour illicite ou déshonneste ce qui a esté lors non-seulement usité, mais aussi prisé. Je di d'avantage, que mesmes du temps que le mariage n'a plus esté en telle révérence qu'il appartenoit, par l'opinion superstitieuse qu'on avoit de la virginité, si est-ce qu'on n'a point du premier coup défendu aux Prestres de se marier, comme si c'estoit une chose nécessaire, mais i)Ource qu'on préféroit au mariage Testât de continence.
Finalement, je di que ceste loy n'a pas tellement esté requise lors, qu'on contraignist à continence ceux qui ne la pouvoyent garder. Qu'ainsi soit, les Canons anciens ont ordonné griefves peines sur les Prestres qui auroyent paillarde : ceux qui avoyent prins femmes , ils les ont seulement desmis de l'office.
28 Parquoy, toutes fois et quantes que nos adversaires, pour maintenir ceste nouvelle tyraimie dont ils usent, nous