‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 259 sur 346 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Des vœus : et combien Us ont esté faits à la volée en la Papauté, pour enlacer misérablement les âmes.

\ C'est une chose bien à déplorer, que l'Eglise, après que sa liberté luy a esté acquise d'un pris inestimable, asçavoir par le sang de Jésus-Christ, ait esté ainsi opprimée de cruelle tyrannie, et accablée d'un amas intini et importable de traditions humaines. Mais ce pendant la bestise de chacun particulier monstre que Dieu n'a pas lasché en telle sorte la bride à Satan et ses ministres, sans trèsjuste cause. Car il n'a pas suffi à ceux qui vouloyent estre veus dévots, de mespriser le joug de Christ et ce pendant recevoir et porter tels fardeaux qu'il a semblé bon aux faux Docteurs, sinon que chacun se tilast quelque corde à part, mesmes que chacun se fouist quelque puits pour s'y plonger jusques au profond. Cela s'est fait quand chacun a voulu estre le plus habile à se forger des vœus, pour s'estreindre d'une obligation plus forte qu'il n'y avûlt en an si grand nombre de loix

et si excessif. Puis doncques que nous avons monstre ci-dessus que le service de Dieu a esté corrompu par l'arrogance de ceux qui ont dominé sous le filtre de Pasteurs, quand ils ont enveloppé les povres âmes en leurs loix iniques, ce ne sera pas chose hors de propos, de remonslrer yci un autre vice prochain à cesluy-là, auquel on peut appercevoir que le monde est d'esprit si pervers, que lousjours il a tasché par tous obstacles qu'il a peu, de repousser les aides que Dieu luy donnoit. Mais afin qu'il soit plus aisé de comprendre quels malheurs les vœus ont apportez, il est besoin (jue les lecteurs se souvienent des principes qui ont esté mis ci-dessus. Car nous avons dit premièrement, que tout ce qui est requis à bien et sainctement vivre, est comprins en la Loy. Nous avons dit outreplus, que le

1) Homil. de Invei.lione Crucis.

Seigneur, afin de nous retirer de ceste curiosilé de forger une façon nouvelle de le servir à nostre poste, a enclos toute la louange de justice en la simple obéissance de sa volonté. Si cela est vray, il faut conclurreque tous les services que nous aurons inventez de nous-mesmes pour plaire à Dieu, ne luy seront point agréables, quelque plaisir que nous y prenions. Et de faict, le Seigneur en plusieurs pass iges non-seulement les rejette, mais les a fort en abomination. Cela doncques nous engendre une dispute touchant les vœus qui se font outre la Parole de Dieu expresse, asçavoir en quelle estime on les doit avoir : et si un homme chrestien en peut faire quelqu'un tel : et s'il en a fait, combien il en est obligé. Car ce que nous appelons Promesse entre les hommes, est nommé Vœu au regard de Dieu. Or nous promettons aux hommes les choses lesquelles nous pensons qu'ils auront à gré, ou lesquelles nous leur devons selon raison et équité. Il faut doncques que nous usions encores d'une plus grande discrétion aux vœus, veu qu'ils s'addressent à Dieu, avec lequel il n'est point question de se jouer. Or il y a eu une merveilleuse superstition de tout temps au monde en cest endroict, c'est que les hommes ont voué à Dieu à la volée, sans jugement et sans propos, tout ce qui leur venoit en la fantasie et à la bouche. De là sont venues les folies des vœus, dont les Payens se sont jouez avec leurs dieux : et non-seulement folies, maisabsurditez monstrueuses. Et pleust à Dieu que les Chrestiens n'eussent point ensuyvy une telle audace. Il ne se devoit point faire : mais nous voyons qu'il n'y a rien eu de long temps plus commun que ceste outrecuidance : c'est que le peuple laissant et mesprisant la Loy de Dieu, a bruslé d'une folle cupidité et insensée après tout ce qu'il avoit songé.

Je ne veux point aggraver ce mal : ne niesmes deschiffrer par le menu de quelle énormité on a offensé, et en combien de sorte on a failly en ceste matière : mais j'ay voulu toucher ceci en brief, afin qu'on sçache qu'en trailtant des vœus, nous n'esmouvons pas question superflue et vaine.

2 Or si nous ne voulons point errer en jugeant quels vœus sont légitimes et pervers, il nous convient observer trois choses. Premièrement, qui est celuy auquel le vœu s'addresse. Secondement, qui nous sommes, nous qui vouons. Tiercement, de quelle intention c'est que nous vouons.

Le premier tend à ce but, que nous pensions que c'est Dieu à qui nous avons à faire, lequel prend tellement plaisir à nostre obéissance, qu'il prononce tous services volontaires , c'est-à-dire que nous inventons de nostre leste, estre maudits, quehjue belle apparence qu'ils ayenl devant les hommes'. Si tous les services de Dieu que nous controuvons outre son commandement luy sont en abomination, ils'ensuyt qu'il n'y en a nul qui luy soit agréable, sinon qu'il l'ait approuvé par sa Parole. Pourtant que nous ne prenions point ceste licence d'oser rien vouer à Dieu, qui n'ait tesmoignage aucun de luy. Car ce que dit sainct Paul, que tout ce qui se fait sans foy est péché^, comme ainsi soit qu'il s'estende à toutes œuvres, toutesfois lors il a principalement lieu, quand l'homme addresse directement sa pensée à Dieu. Mesmes si nous errons ou trébuschons quant aux moindres choses du monde où il n'y a point certitude de foy, et que nous ne sommes point esclairez par la Parole de Dieu, combien nous convient-il estre plus modestes, quand il est question d'entreprendre chose de si grande importance 9 Car il n'y a rien de plus grande importance, que ce qui appaitient à servir Dieu. Pourtant que ceste soit la première reigle quant aux vœus , que nous n'entreprenions de rien vouer que nous n'ayons ceste résolution en nostre conscience , que nous n'attentons pas cela témérairement. Or nous serons adoncques hors du danger de témérité, quand nous aurons Dieu pour nous guider, nous dictant quasi par sa Parole ce qui est bon de faire, ou mauvais.

3 Le contenu de la seconde considération que nous avons dite, revient à ce point, que nous mesurions nos forces, et que nous regardions nostre vocation,

1) Col. II, 23.

2) Rom. XIV, 23.

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