‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 265 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIII

jù eu paction avec luy qu'ils les doyvent exempier de la rié(;essité de se marier. Et ne faut pas qu'ils répliquent qu'ils ne font ce vœu sinon qu'en se confiant de la grâce de Dieu, Car puis que luy-mesme prononce que cola n'est point donné à tous *, ce n'est point à nous à faire de concevoir qu'il nous fera ce don. Que ceux qui l'ont en usent. S'ils se sentent molestez des aiguillons de leur chair, qu'ils recourent à l'aide de celuy par la vertu seule duquel ils peuvent résister. S'ils ne proufitent de rien en ce faisant, qu'ils ne rejettent point le remède qui leur est offert. Car tous ceux à qui la faculté de se contenir est desniée, sont clairement appelez de Dieu au mariage.

J'appelle Continence, non pas quand le corps seulement est gardé pur et net de paillardise, mais quand l'âme se maintient en chasteté impollue. Car sainct Paul ne défend pas seulement l'impudicité externe, mais aussi la bruslure intérieure du cœur^. Cela, disent-ils, a esté de tout temps en usage, que ceux qui se vouloyent du tout dédier à Dieu, se sont astreiuts par vœu à garder continence. Je confesse certes que ceste coustume est fort ancienne : mais je n'accorde pas que les Anciens mesmes ayent esté si purs de tout vice, qu'il fale recevoir et tenir pour reigle tout ce qu'ils ont fait. D'avantage, ceste rigueur tant extrême, de ne permettre nullement à ceux qui ont voué, de s'en repentir, est venue petit à petit par succession de temps : ce qui appert par sainct Cyprien, lequel dit ainsi: Si les vierges se sont dédiées d'un bon cœur à Christ , qu'elles persévèrent en chasteté sans feintise, estans ainsi fortes et constantes, qu'elles attendent le loyer de leur virginité. Si elles ne veulent, ou ne peuvent persévérer, il vaut mieux qu'elles se marient , que d'estre , précipitées au feu par leurs délices ^. Si quelqu'un vouloit ainsi modérer le vœu de virginité, quelles vilenies luy diroit-on? ne seroit-il point deschirépar pièces? Parquoy la façon de nostre temps est bien loing de la couslume ancienne: veu que non-seulement le Pape et toute sa séquelle n'admet-

1) Mallh. XIX, 11.

3) Epist. XI.

2) 1 Cor. VIT, 9.

tent nulle modération ne relasche, si (juehju'un se trouve n'avoir point la faculté d'accomplir son vœu : mais n'ont point de honte do prononcer que celuy qui se marie pour remédier à l'intempérance de sa chair, pèche plus griefvement que s'il se contaminoit et corps et âme par paillardise.

18 Mais ils ont encores une autre réplique, s'efforçans de monslrer qu'une telle manière de vœu a esté en usage, mesmes du temps des Apostres : d'autant que sainct Paul dit que les vefves, lesquelles après avoir esté receues au service publique de l'Eglise, se marioyent, rompoyent leur première foy ou promesse'. Je ne nie pas que les vefveS, lesquelles ils prenoyent pour servir à l'Eglise, se submetloyent quant et quant à ceste condition de ne se point marier : non point pour mettre quelque saincteté en cela, comme on a depuis fait : mais pource qu'elles ne se pouvoyent point acquitter d'une telle charge, sinon estans en liberté, et non liées par mariage. Que si après avoir fait telle promesse à l'Eglise elles pensoyent à se marier, elles renonçoyent par ce moyen à la vocation de Dieu. Ce n'est point doncques de merveille que l'Apostre dit qu'icelles, en convoitant de se marier, reginiboyent contre Christ. Après, pour amplifier encores d'avantage , il adjouste que tant s'en faloit qu'elles accomplissent ce qu'elles avoyent promis à l'Eglise, qu'elles rompoyent mesmes la première promesse faite au Baptesme : en laquelle est contenu ce point, que chacun doit servir à Dieu en Testât où il est appelé : sinon que quelqu'un aimast mieux entendre, qu'ayans quasi perdu toute honte, elles ne se soucioyent plus d'honnesteté , et s'abandonnoyent à toutes dissolutions :

tellement qu'elles ne ressembloyent nullement à femmes chrestiennes. Lequel sens me plaist trèsbien. Pourtant je respon à nos adversaires, que les vefves qu'on recevoit lors au service de l'Eglise, s'astreignoyent bien à ceste nécessité de ne se plus marier. S'il advenoit qu'elles se mariassent, nous pouvons bien penser

1) 1 Tim. V, lï.

INSTITIITIO.N CHRESTIENNE.

(lu'elles se monstroyent telles que dit saincl Paul : c'est qu'ayans rejette toute lionte, elles s'abandonnoyent à une insolence non convenable à femmes chrestiennes. Et ainsi, que non-seulement elles péchoyent en rompant leur promesse faite à l'Eglise, mais en délaissant la condition (le femmes clirestiennes. Mais je nie pour le premier, que les vefves vouassent pour lors de vivre en estât de continence pour autre cause, sinon d'aulant que le mari.ige ne convenoit point à l'office auquel elles se présenioyent. Mesmes je nie qu'elles eussent autre considération, que de s'acquitter de la charge que portoit leur estât. Secondement, je nie qu'elles ayent esté astreintes en* telle sorte, qu'il ne leur fust encores plustost permis de se marier que d'estrebrusiées de concupiscence, ou de tomber en quelque vilenie. Tiercenient, je dique sainct Paul détermine un aage, lequel est communément hors du danger d'incontinence, défendant d'en recevoir ((u'elles n'ayent soixante ans : mesmement quand il adjouste encores plus, que celles qu'on reçoit n'ayent point esté mariées qu'une fois, et que par ce moyen elles ayent desjà donné une approbation de leur continence. Or nous ne réprouvons point le vœu de s'abstenir de mariage, que pour ces deux causes : c'est que faussement on l'estime un service agréable à Dieu : item, qu'il se fait témérairement de ceux qui n'ont point la puissance de le garder.

19 Mais encores de quoy appartient ce passage de sainct Paul aux Nonnains?

Car on eslisoil les vefves au service de l'Eglise, non pas pour resjouir Dieu de chansons ou de barbolemens non entendus, vivans le reste du temps en oisiveté : mais pour servir aux povres au nom de toute l'Eglise, et s'employer du tout à offices de charité. Elles ne vouoyent point de vivre hors Testât de mariage, pource qu'elles pensassent que ce fust un service plaisant à Dieu, que de s'abstenir de se marier, mais seulement pour estre plus à délivre à faire leur devoir à la charge qu'elles prenoyent. Finalement, elles ne faisoyent point un tel vœu ou en leur première jeunesse, ou estans encores en fleur d'aage, pour expérimenter

puis après quand il eust esté trop tard, en quel abysme elles s'estoyent précipitées : mais quand il estoit vray-semblable qu'elles esloyent jà hors du danger d'incontinence, elles faisoyent le vœu de se contenir. Toulesfois, encores que je ne m'arreste point au reste, ce seul point suffira : c'est qu'il n'estoit point licite de recevoir une femme à faire vœu de continence devant l'aage de soixante ans, puis que l'Apostre l'avoit défendu, commandant aux plus jeunes de se mariera Pourtant, ce qu'on est depuis venu à quarantehuit ans, et après à quarante, et conséquemment à trente, pour assigner un nouveau terme de faire un tel vœu, ne se peut nullement excuser. C'est doncques une chose encores moins tolérable, que les povres fillettes, devant qu'elles ayent eu le loisir de se cognoistre, et devant qu'elles ayent expérimenté leur portée, non-seulement sont induites par tinesses et pralticiues cauteleuses , mais aussi contraintes par force de se mettre au col ce malheureux lien. Quant est des autres deux vœus que font les Moines et Nonnains, asçavoir de povreté et d'obéissance, je n'en feray plus long procès : je diray seulement ce mot, qu'outre ce qu'ils sont enveloppez ave« beaucoup de superstitions, selon que les choses sont aujourd'huy disposées, il semble proprement advis qu'ils soyent faits pour se mocquer de Dieu et des hommes. Mais afin qu'il ne semble que je soye trop rigoureux en espluchant par le menu toutes les parties, contentons-nous de la réfutation générale que j'ay mise cidessus.

20 Je pense avoir suffisamment déclairé quels sont les vœus légitimes et agréables à Dieu : mais pource qu'il y a quelquesfois des consciences craintives, lesquelles encores qu'un vœu leur desplaise, et qu'elles cognoissent qu'il mérite d'estre réprouvé, sont néantmoiiis en doute, asçavoir si elles ne sont point tenues à le garder, et que cela leur est cause d'un grand torment, quand d'un coslé elles craignent de fausser une promesse faite à Dieu, et de l'autre costé elles ont peur

() 1 Tiiii. V, 9.

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