‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 266 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIII

de pécher plus griefvemcnt en, la gardant qu'en la rompant : il est besoin de leur subvenir en cest endroict, alin de les desprscber d'une telle diflicullé. Or pour leur osier briefvement tout scrupule, je di que tous vœus illicites, et faits contre droict et raison, loul ainsi que devant Dieu ils sont de nulle valeur, aussi qu'on les doit tenir pour non faits. Car si aux contracts qui se font entre les hommes, il n'y a autres promesses obligatoires, que celles ausquelles celuy avec lequel on contracte se veut tenir pour les advouer : c'est chose absurde et contre toute raison, de dire que nous soyons contraints à observer ce que Dieu ne demande point de nous : mesmement veu que nos œuvres ne sont autrement bonnes, sinon entant qu'elles plaisent à Dieu, et ont ce tesmoignage de la conscience de l'homme, que Dieu les accepte. Car ceste conclusion demeure tousjours, que ce qui se fait sansfoy, est péché ^ En quoy sainct Paul entend que tout ce qui s'entreprend avec conscience douteuse, est vicieux, d'autant que la seule foy est la racine de toutes bonnes œuvres : la foy, di-je, par laquelle nous sommes certains qu'elles sont agréables à Dieu. S'il n'est doncques licite ù l'homme chreslien de rien attenter sinon avec telle certitude, qui enipcschera que celuy qui aura fait un vœu par ignorance, ayant cognu son erreur, désiste de le garder? Puis qu'ainsi est, les vœus faits inconsidérément, non-seulement n'obligent point, mais nécessairement doyvent estre rescindez. Or il y a encores plus, c'est que non-seulement ils sont de nulle estime devant Dieu : mais luy sont en abomination, comme il a esté monstre par ci-devant. Ce seroit une dispute superflue d'en traitter plus au long. Cest argument seul me semble bien advis suûisant pour appaiser toutes consciences fidèles, et les délivrer de tout scrupule : c'est que toutes les œuvres qui ne procèdent point d'une pure fontaine, et ne sont point réduites à leur droictc tin, sont rejettées de Dieu : et tellement rejeitées, qu'il ne nous défend pas moins d'y persévérer que de les entreprendre

1) Rom. XIV, 23.

du commencement. Car de cela il faut conclurre que tous vœus qui sont produits d'erreur et superstition, ne sont d'aucune valeur devant Dieu, et que nous les devons laisser là.

21 Ceste solution sera aussi pour respondre aux calomnies des meschans qui accusent ceux qui sont sortis de la moinerie pour se mettre en quehiue honneste estât. Us leur imposent d'avoir rompu leur foy et de s'estre perjurez : d'autant qu'ils ont rompu, comme ils disent, un lien indissoluble, par lequel ils estoyent astreints envers Dieu et son Eglise. Or je di qu'il n'y a nul lien : quand Dieu casse et rescinde ce que l'homme conferme. Secondement, encores que je concède qu'ils fussent obligez pour le temps qu'ils vivoyent en erreur et ignorance de Dieu, je di que par la grâce de Jésus- Christ ils ont esté délivrez de telle obligation, quand Dieu les a illuminez en leur faisant cognoistre sa vérité. Car si la mort de nostre Seigneur Jésus a telle efficace, qu'elle nous rachète de la malédiction de la Loy de Dieu, en laquelle nous estions ^ : combien plus nous doitelle délivrer et absoudre des liens humains, qui ne sont que filets de Satan pour nous surprendre? Pourtant, quiconques a receu ceste grâce d'estre illuminé par la clairté de l'Evangile, il n'y a nulle doute qu'il ne soit despestré de tous les liens ausquels il estoit enveloppé par superstition. Combien que ceux qui ont esté Moines ont encores une autre excuse quant au mariage, s'ils n'avoyent point la puissance de se contenir : et autant en est-il des Nonnains. Car si un vœu impossible est la ruine et perdition des âmes, lesquelles Dieu veut sauver, et non point perdre : il s'ensuyl qu'il ne faut point persévérer en iceux. Or que le vœu de continence soit impossible à garder à ceux qui n'ont point grâce spéciale de Dieu pour ce faire, nous l'avons desjà déclairé ci-dessus : et l'expérience en crie, encores que je m'en teusse. Car chacun sçait bien de quelles ordures sont pleins tous les cloistres. Et s'il y en a quelques-uns qui semblent un petit plus

i) Gdii. m, 13.

honnestes que les autres, si ne sont-ils pourtant plus chastes, d'autant que l'impudicité est cachée au dedans. Voylà comment Dieu se venge par horribles punitions de l'audace des hommes, quand raescognoissans leur infirmité ils appèlent de parvenir maugré nature à ce qui leur est desnié, et quand en mesprisant les remèdes que Dieu leur donnoit à la

main, ils s© confient de surmonter le vice d'incontinence par h ur contumace et obstination. Car comment appellerons-nous cela sinon Contumace, quand quelqu'un estant adverty de Dieu qu'il a besoin de se marier, et que le mariage luy est donné de Dieu comme un remède, non-seulement il le mesprise , mais aussi s'oblige par serment à le rejetter?

Page 1