‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 267 sur 346 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Des Sacremens.

1 II y a une autre aide prochaine et semblable à la prédication de l'Evangile, pour soustenir et confermer la foy, asçavoir les Sacremens : desquels il nous est grandement utile d'avoir certaine déclaration, dont nous apprenions à quelle lin ils ont esté instituez, et comment on en doit user. Premièrement, il nous faut entendre que c'est que Sacrement. Or je pense que ceste définition sera propre et simple, si nous disons que Sacrement est un signe extérieur par lequel Dieu seelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour confermer rimbécillité de nostre foy : et nous mutuellement rendons tesmoignage tant devant luy et les Anges que devant les hommes, que nous le tenons pour nostre Dieu. On pourra encores plus briefvement définir que c'est que Sacrement, disant que c'est un tesmoignage de la grâce de Dieu envers nous, confermé par signe extérieur, avec attestation mutuelle de l'honneur que luy portons. Que l'on choisisse laquelle qu'on voudra de ces deux définitions, elle s'accordera quant au sens à ce que dit sainct Augustin, que Sacrement est un signe visible de chose sacrée, ou une forme visible de la grâce invisible. Mais j'ay tasché d'en donner plus claire intelligence, déclairant plus à plein ce que sainct Augustin avoit plus obscurément touché à cause de la briefveté.

2 Or il est facile de juger pour quelle raison les anciens Pères ont usé de ce mot en telle signification. Car par tout où

le translateur commun du Nouveau Testament a voulu exposer en latin ce mot grec, Mystère, il a dit Sacrement, comme en l'Epistre aux Ephésiens, Afin de manifester le Sacrement de sa volonté ^ Item, Si vous avez entendu la dispensation de la grâce de Dieu qui m'a esté commise : c'est que par révélation il m'a déclairé son Sacrement^. Item aux Colossiens, Le mystère qui avoit esté caché depuis le commencement, maintenant a esté révélé aux Saincts, ausquels Dieu a voulu démonstrer les richesses de ce Sacrement^ Item à Timothée, C'est un grand Sacrement, que Dieu a esté manifesté en chair*. Nous voyons doncques que le translateur a usé de ce mot pour Secret des choses sacrées et divines. Et en telle signification l'ont souvent prins les anciens Docteurs de l'Eglise. Et de faict, c'est chose notoire que le Baptesme et la Cène sont appelez Mystères en grec, tellement qu'il ne faut faire doute que ce ne soyent deux mots d'une mesme signification. Et de là est advenu qu'on l'a aussi prins pour les signes ou cérémonies qui contenoyent représentation des choses hautes et spirituelles. Ce qu'aussi sainct Augustin dénote en quelque passage, disant, Il seroit long de disputer de la diversité des signes, lesquels quand ils appartienent aux choses célestes se nomment Sacremens ^

3 En quoy nous voyons que Sacrement n'est jamais sans que la Parole de Dieu

1) Ephés. I, 9. î) Ephés. HI, 2, 8. S) Col. I, 26, 27. k) 1 Tira. 111, i6. B Epist. \,Ad Marcellm,

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