‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 269 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIV

tient sur son fondement : et toulesfois quand on yadjouste par-dessous les Pilliers, il en est rendu plus seur et plus ferme : en ceste manière aussi nostre foy se repose et soustient sur la Parole de Dieu, comme sur son fondement : mais quand les Sacremens y sont adjoustez, ils luy servent ainsi que de pilliers, sur lesquels elle s'appuye plus fort, et s'y conferme encores mieux. Ou autrement en les appelant .Miroirs, ausquels nous puissions contempler les richesses de la grâce de Dieu, lesquelles il nous eslargit. Car par iceux Sacremens (comme desj.^ devant a eslé dil) il se manifeste à nous selon qu'il est donné à nostre sens hébclé de le pouvoir cognoisire, et nous testifie son bon vouloir envers nous plus expressément que par la Parole.

7 C'est aussi mal argué à ceux qui prétendent les Sacremens n'estre point tesmoignages de la grâce de Dieu, pourtant que bien souvent ils sont receus des mauvais, qui toulesfois pour cela n'en sentent de rien plus Dieu leur estre favorable, mais en acquièrent tousjours plus griefve damnation. Car [lar mesme raison l'Evangile ne seroit point aussi lesmoignage de la grâce de Dieu : car elle est ouye de plusieurs qui la mesprisent : ne linalement Jésus-Christ mesmes, lequel a esté veu et cognu de plusieurs, desquels bien peu l'ont receu. Le semblable se peut veoir aux lettres patentes des Princes. Car une grande partie du peuple, combien qu'elle sçache' que le seau authentique qui est apposé, est venu du Prince, néantmoins ne laisse point de le contemner. Les uns le laissent là comme une chose n'appartenant de rien à soy, les autres mesmes l'ont en exécration : tellement qu'eu réputant une telle convenance, il ne se peut fiiire que nou^ n'approuvions la similitude ci-dessu^ mise. Parquoy il est certain que nostre Seigneur, tant en sa saincle Parole qu'en ses Sacremens, nous présente à tous sa miséricorde, et la grâce de sa bonne volonté : mais elle n'est acceptée que de ceux qui reçoyvent et la Parole et les Sacremens en certaine foy; comme nostre Seigneur Jésus-Christ a esté du Père offert et présenté à tous pour salut, mais

il n'a pas esté recognu et receu de tous. Sainct Augustin en quelque lieu voulant dénoter cela, a dit que la vertu de la Parole qui est au Sacrement, gist non pas en ce qu'elle est prononcée : mais en ce qu'elle est creue et receue^. Pourtant sainct Paul pariant des Sacremens entre les fidèles, en dispute tellement qu'il enclost en iceux la communion de Jésus- Christ, comme quand il dit : Vous tous qui avez esté baptizez, avez vestu Christ*. Item, Nous sommes un corps et un esprit, d'autant que nous avons esté baptizez en Christ ^ Au contraire, quand il taxe l'usage mauvais et pervers des Sacremens, il ne leur attribue non plus qu'à des figures vaines et inutiles. En quoy il signifie que combien que les meschans et les hypocrites anéantissent ou empeschent la vertu et l'effect de la grâce de Dieu aux Sacremens, néantmoins que cela ne répugne point que les Sacremens, toutes fois et quantes qu'il plaist à Dieu, n'apportent vray tesmoignage de la communion de Jésus-Christ, et que le sainct Esprit n'exhibe à la vérité ce qu'ils promettent. Nous concluons doncques que les Sacremens sont vrayement nommez tesmoignages de la grâce de Dieu, et comme seaux de la faveur qu'il nous porte, lesquels la signans en nous, consolent par ce moyen nostre foy, la nourrissent, conferment et augmentent. Et les raisons qu'aucuns ont voulu alléguer au contraire, sont trop frivoles et débiles. Les uns disent que si nostre foy est bonne, elle ne se pourroit faire meilleure : car ce n'est point toy, sinon qu'elle s'appuye et arresle sur la miséricorde de Dieu si fermement, qu'elle n'en puisse estre desmeue ne distraite. Ausquels il estoit beaucoup meilleur de prier avec les Apostres, que le Seigneur leur augmentast la foy *, que nullement se vanter d'une telle perfection de foy, laquelle jamais nul des hommes n'a eue, ny aura en ceste vie. Qu'ils respondent quelle foy ils pensent avoir esté en celuy qui disoit. Je croy, Seigneur, aide mon incrédulité^. Car ceste foy aucunement

1) Sur sainct Jean.

3) 1 Cor. XII, 13.

5) Marc IX, 24.

2) Gai. m, 27.

*) Luc XVH, 5.

INSTITUTION ClIRESTIENNE

encommencée estoit bonne , cl pouvoit encores eslre faite meilleure par la diminution de l'incrédulité. Mais ils ne peuvent estre réfutez par nuls plus certains argumens , que par leur propre conscience. Car s'ils se confessent pécheurs (ce que vueillent ou non ils ne peuvent nier) nécessairement il faut qu'ils en imputent la faute à l'imperfection de leur foy.

8 Mais ils disent, Philippe respondit à l'Eunuque, que s'il croyoit de tout son cœur, il luy estoit licite d'estre baptizé K Et quel lieu doit yci avoir la confirmation du Baptesme, où la foy occupe et emplit tout le cœur? Pour respondre, d'autre part je leur demande. Ne sentent-ils point une bonne partie de leur cœur estre desnuée et vuide de foy? Ne cognoissent-ils point en eux tous les jours quelque nouveau accroissement de foy? Un Payen se glorifioit qu'il devenoit vieil en apprenant. Nous Chrestiens doncques sommes plus que misérables, si nous vieillissons sans rien proufiter, desquels la foy doit avoir ses aages parlésquels elle aille toujours en avant, jusques à ce qu'elle grandisse en homme parfait 2. Pourtant en ce lieu, Croire de tout son cœur, n'est pas estre parfaitement fiché à JésMS-Christ : mais est seulement l'embrasser de bon courage, et de zèle non feint : n'estre point comme saoulé de luy, mais d'ardente affection en avoir comme faim et soif, et souspirer après luy. C'est une manière tant et plus commune de parler de l'Escriture, qu'elle dit estre fait de tout le cœur, ce qu'elle veut signifier estre fait de bon courage et sans feintise. Tels sont ces passages, En tout mon cœur je t'ay cherché. Item, .le te loueray en tout mon cœur : et autres semblables ^ Comme au contraire, reprenant les hypocrites et trompeurs, elle a coustume de leur reprocher qu'ils ont cœur et cœur, c'est-à-dire le cœur double *•. Ils adjoustent en après, que si la foy estoit augmentée par les Sacremens, le sainct Esprit auroit esté donné en vain, duquel l'œuvre et la vertu est de commencer, confermer et parfaire la

1) Act. Vlir, 37. 2) Ephés. IV, 13.

3) Ps. CXIX, 10; CXI, 1; CXXXVIII, ). 4) Ps. XII, 3.

foy. Je leur confesse que la foy est propre et entière œuvre du sainct Esprit, par lequel estans illuminez, nous recognoissons Dieu et les grans thrésors de sa bénignité et sans la lumière duquel nostre esprit est tellement aveuglé, qu'il ne peut rien veoir : tellement desprouveu de tout sentiment, qu'il ne peut rien flairer des choses spirituelles. Mais pour une grâce de Dieu qu'ils considèrent, nous en recognoissons trois. Car premièrement, nostre Seigneur nous enseigne et instruit par sa Parole. Secondement, il nous conferme par ses Sacremens. Tiercement, par la lumière de son sainct Esprit il esclaire nostre entendement, et donne entrée en nos cœurs et à la Parole et aux Sacremens, lesquels autrement batroyent seulement les aureilles, et se présenteroyent aux yeux, mais ils ne pénétreroyent et n'esmouveroyent point le dedans.

9 Pourtant je veux que les lecteurs soyent advertis que ce que j'attribue aux Sacremens l'olBce de confermer et augmenter la foy, n'est pas que j'estime qu'ils ayent une vertu perpétuelle de ce faire : mais pource qu'ils sont instituez de Dieu àceste fin. Au reste, ils produisent lors leur efficace, quand le Maistre intérieur des Ames y adjouste sa vertu : par laquelle seule les cœurs sont percez, et les affections touchées pour y donner entrée aux Sacremens. Si cestuy-là défaut, ils ne peuvent non plus apporter aux esprits, que la lumière du soleil aux aYeugles,ou une voix sonnante à sourdes aureilles. Pourtant je mets ceste différence entre l'Esprit et les Sacremens, que je recognoy la vertu résider en l'Esprit, ne laissant rien d'avantage aux Sacremens, sinon qu'ils soyent instrumens dont le Seigneur use envers nous : et tels instrumens, qui seroient inutiles et vains sans l'opération de l'Esprit : néantmoins qu'ils sont pleins d'efficace quand l'Esprit besongne par dedans. Maintenant il est évident comment, selon rtion opinion, la foy est par les Sacremens confermée : asçavoir comme les yeux voyentpar la lueur du soleil, et les aureilles oyent par le son de la voix. Certes la lumière ne feroit rien envers les yeux,

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