‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 270 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIV

sinon que la faculté de vooir y fiist. pour la recevoir : ne la clameur aux aureilles, sinon (jiie l'ouye leur fiist donnée de nature. Or si c'est ciiose véritable (comme elle doil estre résolue entre nous) que l'ojjération du sainct Esprit pour engendrer, entretenir, conserver et establir la l'oy, est paicille à la veue de l'œil, à l'ouye de l'aureille, l'un et l'aulre s'ensuyt trèsbien, Que les Sacremens ne proufitentde rien sans la verlu d'iecluy : et néantmoins (|uc cela n'empesche rien, qu'aux cœurs jà par luy enseignez, la foy ne soit corroborée et augmentée par les Sacremens. Il y a seulement cestc différence, que nos veux et nos aureilles ont naturellement la faculté de veoir et ouyr : mais le sainct Esprit a ce mesme ofiice en nos âmes d'une grâce spéciale outre le cours de nature.

10 Par hKjuelle raison sont aussi solues les objections qu'ont accouslumé aucuns de faire : c'est si nous attribuons l'accroissement ou conlirmalion de foy aux créai ur'es, qu'en cela nous faisons injure à l'Esprit de Dieu, lequel seul il faut recognoiotre aulbeur d'icelle. Car nous ne luy ravissons point en ce faisant, la louange qui luy appartient, veu que mesmi's ce (jui est dit confermer et augmenter, n'est autre cbose qu'appareiller par son illumination nostre esprit à recevoir la conlirmation qui est proposée aux Sacremens. Et si cela est encores trop obscurément dit , il sera esclarcy par ceste similitude. Si on veut persuader <juelqu'un à faire une chose, on méditera toutes les raisons par lescjuelles il soit attiré à celle sentence, et quasi soit contraint d'obtempérer. Mais encores il n'y a rien de fait, si le personnage auquel on a affaire, n'est d'un jugement vif et aigu, pouvant comprendre quel poids il y a aux rai-ons qu'on luy ameine : s'il n'est pareillement de nature docile, et enclin à obéir à bonne doctrine : si linalement il n'a conceu une telle opinion de la loyauté et prudence de celuy (pii luy donne conseil, ([u'elle luy forme un demi-jugement pour recevoir ce (jui luy sera baillé. Car il y a plusieurs dures testes qu'on ne ponrroit jamais fleschir par aucune raison. Quand la preud'horamie est suspecte,

ouraulhoritécontemplib!e,onne proufile de rien, voire envers cwix qui sont aisez à mener : au contraire , que toutes ces choses soyent ensemble conjoincles, elles feront que le conseil qu'on baille sera volontairement receu , lequel autrement eust esiémesprisé. L'opération du sainct Esprit est pareille en eux. llar alin que la Parole ne bâte point en vain les aureilles, ou que les Sacremens ne soyi'nt point en vain présentez aux yeux, il déelaire que c'est Dieu (jui parle là, et amolit la durelé de nostre cœur, pour nous apprester à l'obéissance, laquelle est deue à sa Parole. Finalement, il transfère aux aureilles de l'esprit, tant les paroles que les Sacremens. Il n'y a doncques nulle doute que tant la Parole que les Saeremens ne conferment nostre foy, en nous remons- Irant à veue d'uMl la bonne volonté de nostre Père céleste envers nous : en l'intelligence de laquelle consisie la fermeté de nostre foy, et toute la force repose. L'Esprit aussi conferme la foy, entant qu'il imprime en nostre cœur icelle confirmation pour luy donner efficace. Ce pendant le Père des clairtez^ n'est pas empesché qu'il ne puisse esclairer nos âmes par le moyen des Sacremens, comme il esclaire nos yeux corporels par les rayons du soleil.

Il Que ceste propriété soit en la parole extérieure, le Seigneur Jésus le démonstre quand il l'appelle Semence. Car comme la semence, si elle tombe en quelque endroict désert, et qui ne soit point labouré se perd sans rien produire : au contraire, si elle est jettée en un champ bien labouré, rapporte son fruit en abondance, ainsi la Parole de Dieu, si elle tOKibe en quelque dure cervelle et rebelle, demeure stérile, comme la semence jettée au gravier de la mer : mais si elle trouve une âme bien apprestée par l'opération du sainct Esprit, elle est féconde et fertile en fruit^. Or s'il y a bonne similitude entre la semence et la Paro e, comme nous disons que le bled cioisl, procède et vient en perfection de la semence, pourquoy ne dirons-nous aussi bien que la foy prend son commencement, accroisse-

1) Jacq. I, 17.

S) M.imi. XIII, 4; Luc VUl, 15.

ment et perfection de la Parole ? Sainct Paul exprime trèsbien l'un et l'autre en divers passages. Quand il réduit en mémoire aux Corinthiens, en quelle efficace Dieu s'est servi de sa prédication il se glorifie que son ministère a esté spiriluel, comme si la vertu du sainct Esprit eust esté conjoincte avec sa prédi(;atioii, pour leur illuminer les entendemens elesmouvoir leurs cœurs ^ Mais en un autre passage, les voulant admonester que c'est que vaut la Parole de Dieu, quand elle est preschée par un homme, il accompare les prescheurs à des laboureurs, lesquels après avoir travaillé et prins peine à cultiver la terre, ne peuvent faire autre chose. Or que seroit-ce d'avoir cultivé, semé et arrousé : ou que proufiteroit tout cela, si Dieu ne donnoit sa vertu d'en haut ? Pourtant il couclud que celuy qui plante n'est rien, ne celuy qui arrouse : mais qu'il faut tout attribuer à Dieu, qui donne l'accroissement^. Les Apostres doncques preschent avec efficace du sainct Esprit, entant que Dieu s'en sert comme d'instrumens. Mais il faut tousjours tenir ceste distinction : c'est qu'il nous souviene que c'est que l'homme peut de soy, et ce qui est propre à Dieu.

1 2 Or il est si vray que les Sacremens sont confirmation de nostre foy, qu'aucunesfois Dieu, quand il veut oster la Hance des choses qui estoyent promises aux Sacremens, oste mesmes les Sacremens. Quand il despouille et rejette Adam du don d'immortalité, il dit, qu'Adam ne recueille point du fruit de vie, afin qu'il ne vive éternellement^. Qu'est-ce que nous oyons? Ce fruit pouvoit-il rendre et restituer à Adam l'incorruption , de laquelle il estoit desjà décheut? Nenny : mais cela est autant comme s'il eust dit, Le signe de ma promesse qui luy peut faire quelque espérance d'immortalité, luy soit osté, afin qu'il ne prene plus vaine confiance. Par une mesme raison aussi l'Apostre, quand il exhortoit les Ephésiens qu'ils eussent souvenance d'avoir esté estrangers des promesses, eslongnez de la compagnie d'Israël, sans Dieu, sans Christ, il dit qu'ils n'ont point

1) « Cor. II, *.

3} Gen. III, 22.

2) 1 Cor. III, 6.

esté participans de la Circoncision'. En quoy il signifie qu'ils estoyent exclus de la promesse, puis qu'ils n'en avoyenl point eu le mereau. Us font une autre objection : que la gloire de Dieu est transférée aux créatures, ausquelles on attribue tant de vertu : et qu'ainsi elle est d'autant diminuée. H est facile d'y respondre, Que nous ne mettons point aucune vertu aux créatures, mais seulement disons que Dieu use de tels moyens et instrumens qu'il voit luy-mesme estre convenables : afin que toutes choses servent à sa gloire, puis qu'il est de toutes choses Seigneur et Maistre. Comme doncques il nourrit nos corps de pain et autres viandes , comme il esclaire le monde par le soleil, comme il l'eschauffe par le feu, et néantmoins ne le pain, ne le soleil, ne le feu ne font rien, sinon entant que sous tels moyens il nous eslargit ses bénédictions : ainsi pareillement il repaist et nourrit spirituellement la foy par les Sacremens, lesquels n'ont autre office que de nous représenter les promesses d'iceluy devant nos yeux, et mesmes nous en esire gage. Et comme nous ne devons mettre aucune fiance aux autres créatures, lesquelles par la bonne volonté de Dieu sont destinées à nos usages, et par le service desquelles il nous eslargit les dons de sa bonté, et ne les devons avoir en admiration ne glorifier comme causes de nostre bien :

ainsi nostre confiance ne se doit arrester aux Sacremens, et la gloire de Dieu ne leur doit point estre transférée : mais en délaissant et nous destournant de toutes choses, et nostre foy et nostre confession doyvent s'eslever et s'addresser à celuy qui est autheur et des Sacremens et do tous autres biens.

4 3 Et ce que finalement du nom mesme de Sacrement ils cherchent couverture a leur erreur, c'est une raison trop débile. Car ils disent que combien que Sacrement es autheurs latins ait beaucoup de significations, toutesfois il n'en a qu'une qui soit convenante, ne qui appartiéne aux signes : c'est asçavoir qu'il signifie le solennel jurement que le gendarme fait

I) Ephts. II, 11,12.

Page 1