LIVRE IV, CHAPITRE XV
fois puis qu'il n'y a moyen d'obtenir salut (|u'en ces deux grâces, Dieu n'a point voulu (pie les Pères aneiens ([u'il avoil adoptez pour héritiers, fussent privez des inanjues et Saereuiens tant de l'un que de l'autre.
'10 Nous pouvons desjà appercevoir clairement couibieu est taux eecju'aueuns ont enseigné, en quoy plusieurs persistent, que par le Baptesmc nous sommes desliez et délivrez du péehé originel, et de la corrupt'on (pii est descendue d'tVdam sur toute sa postérité, et que nous sommes restituez en une mesmc justice originelle et pureté de nature, qu'eust eu Adam, s'il eust toujours demeuré en l'intégrité en laquelle il avoit premièrement esté créé. Car telle manière de Docteurs n'ont jamais entendu que c'est que péclié originel, que c'est que justice originelle, que c'est (jue la grâce du Baptesme. Or il a esté ci-dessus disputé, que le péché originel est une perversité et corruption de nostre nature, laquelle corruption premièrement nous rend coulpables de l'ire de Dieu et de damnation : et d'avantage elle produit aussi en nous les œuvres que l'Escriture appelle oeuvres de la chaire Doid. ces deux choses sont à considérer distinctement : c'est asçavoir premièrement, (ju'ainsi esians vicieux et pervertis en toutes les parties de nostre nature, nous sommes desjà à bon droict, à cause seulement de telle corruption, condamnez et convaincus devant Dieu, auquel rien n'est acceptable, sinon juslice, innocence et pureté. Et pourtant les enfans mesmes apportent du ventre de leur mère avec eux leur damnation, lesquels combien qu'ils n'ayent encores l)roduit les fruits de leur iniquité, toutesfois ils eu ont la semence enclose en eux : et plustost toute leur nature est une semence de péché. A ceste cause il ne se peut faire (lu'ellene soit odieuse et abominable à Dieu. Les fidèles sont faits certains par le Baptesme, que ceste damnation leur est ostée et décbassée hors d'eux, puis que, comme nous avons dit, nostre Seigneur nous promet par ce signe, que plene et entière rémission de
1) Gai. V, 19.
péchez nous est faite tant de la coulpe (pu nous devoit estre imputée, que de la peine, que pour la coulpe il nous faloit porter et souffrir. Et aussi ils reçoivent justice, n)ais telle i\uv. le peuple de Dieu peut obtenir en ceste vie, c'est asçavoir par imputation seulement, parce que nostre Seigneur par sa miséricorde les tient pour justes et innoeens.
1 1 La seconde chose (jui est à considérer, c'est que ceste perversité ne cesse jamais en nous, mais assiduellement produit nouveaux fruits, c'est asçavoir les œuvres de la chair ipie dessus nous avons descrites : tout ainsi comme une fournaise ardente tousjours jette feu et flaiiimettes : ou comme une source coulante, continuellement envoyé son eau. Car la concupiscence ne meurt et n'est jamais esteinte plenement es hommes, jusques à ce que par la mort estans délivrez du corps de mort, ils se soyent entièrement despouillez d'eux-mesmes. Le Baptesme certes nous promet que nostre Pharaon est submergé, et que nostre chair est mortiliée : non pas toutesfois en telle sorte qu'il ne nous face plus d'ennuy, mais seulement plus à ce qu'il ne nous surmonte point. Car tant que nous vivrons enfermez en ceste prison de nostre corps, les restes et reliques de péché habiteront en nous ; mais si nous retenons par foy la promesse qui nous a esté donnée de Dieu au Baptesme, elles ne domineroiit et ne régneront point. Toutesfois que personne ne se trompe, que personne ne se flatte en son mal, quand il oit dire que le péché habite tousjours en nous. Cela n'est pas dit, alin que ceux qui desjà ne sont que par trop enclins ù mal, s'endorment asseurément en leurs péchez : mais seulement alin que ceux qui sont chastouillez, exercez et picquez de leur chair, ne se désolent, perdent courage et espérance : mais que plustost ils se considèrent encores estre au chemin, et se pensent avoir proutité, quand ils sentiront leurs concupiscences se diminuer aucunement de jour en jour, jusques à ce qu'ils seront parvenus où ils tendent : c'est asçavoir au dernier abolissement de leur chair, qui sera parfait en la lin de ceste vie mortelle. Ce pendant , qu'ils ne cessent de
batailler verfueusernent, prendre courage à s'advancer, et s'inciter et soliciter à la victoire. Car (|uancl ils voyent (ju'après s'estre bien efforcez, il leur reste cncores grande difficulté, tant plus ont-ils d'occasion à s'esvertuer de plus en plus. Il nous faut doncques sçavoir et retenir que nous sommes baptisez en la mortification de nosire chair, laquelle dés le Baptesme est commencée en nous, et tous les jours de ceste vie la poursuyvons : mais elle sera parfaite, quand nous serons allez de ceste vie à nostre Seigneur.
42 En ceci nous ne disons autre chose que ce que dit sainct Paul aux VI'=et VII*^ des Romains. Car après avoir disputé de la justice gratuite, d'autant qu'aucuns meschans concluoyent de sa doctrine , que nous pouvons bien vivre à nosire plaisir, puisque nous ne somiiies point agréables à Dieu par le mérite de nos œuvres, il adjouste que tous (-eux qui sont vestus de la justice de Christ, sont quant et quant régénérez de son Esprit, et que nous avons au Baptesme l'arre de ,ceste régénération. De lu il exhorte les fidèles de ne point laisser dominer le péché en leurs membres. Mais pource qu'il cognoissoil cpie les fidèles ont tousjours beaucoup d'infirmité, de peur de les descourager il adjouste une consolation, qu'ils ne sont plus sous la Loy *. D'autre part, pource (ju'aucuns eussent peu prendre occasion de se desbaucher, sous ombre qu'il disoii que les Chresliens ne sont plus sous le joug de la Loy : il monstre quelle est l'abolition de la Loy : et aussi quel est l'usage d'i(;elle. Or la somme de, ce qu'il en trailte, c'est que nous sommes délivrez de la rigueur de la Loy, pour adhérer à Christ : et que l'office de la Loy est de nous rendre convaincus de nostre perversité, pour nous faire confesser nosire foiblesse et misère. Or pource (jue la malice de nostre nature n'apparoist pas si aisément en un homme charnel, lequel est mené de ses concupiscences sans avoir crainte de Dieu : il prend exemple en sa personne, d'autant qu'il cstoil régénéré par l'Esprit de Dieu. Il dit donccjues qu'il a à luitter continuel-
i) R«m. VI, U.
lement contre les reliques de sa chair, et (ju'il est tenu comme prisonnier, pour ne pouvoir du tout obéir à la Loy de Dieu, tellement qu'il est contraint de s'escrier qu'il est malheureux, et demander (pii le délivrerai Si les enfans de Dieu sont en prison et captivité durant ceste vie mortelle, il ne se peut faire qu'ils ne soyent en grande angoisse, pensans au danger où ils sont. Il adjouste doncques une consolation pour cela : c'est qu'il n'y a plus de condamnation sur ceux qui sont en Jésus-Christ^. En quoy il signilie que ceux que Dieu a receus une fois en grâce, et incorporez en la communion de Jésus- Christ, et adoptez en la compagnie des fidèles parle Baptesme, moyennant qu'ils persévèrent en l'obéissance de la foy, sont absous, et ne sont point tenus coulpables devant le jugement de Dieu, combien que le péché leur face tousjours la guerre, et mesmes qu'ils l'ayent et le portent en eux-mesmes. Nous suyvons doncques de mot h mot la doctrine de sainct Paul, en ce que nous disons que le péché est remis au Baptesme quant à la coulpe, mais qu'il demeure tousjours quant à la matière, en tous Chresliens jusques à la mort.
1 3 Le Baptesme sert à nostre confession devant les hommes, en ceste manière : c'est qu'il est une marque et enseigne, par laquelle nous protestons que nous voulons estre annouibrez au peuple de Dieu : par laquelle nous tesiitions que nous consentons et accordons au service d'un seul Dieu, et en une religion avec tous les Chresliens : par laquelle finalement nous déclairons et asseurons publiquement quelle est nostre foy, afin que non-seulement Dieu soit glorilié en nos cœurs, mais aussi que nos langues et tous les membres de nostre corps, entant qu'ils peuvent, au dehors résonnent ses louanges. Car en ce faisant, tout ce qui est nostre est employé comme il appartient à servir à la gloire de Dieu, de laquelle nulle chose ne doit estre vuide : et les autres à nostre exemple, sont incitez de pareillement s'y employer. A quoy regardoit sainct Paul quand il demandoit
1) Rom. vn, 2*.
S) Rom. Vlll, 1.