LIVRE IV, CHAPITRE XV
aux Corinthiens, s'ils n'avoyent pas esté baptisez au nom de Christ '. En quoy il signilie (lu'iiss'estoyeut donnez et dédiez à luy, qu'ils l'avoyent advoué pour Seigneur et ]\Iaislre, et luy avoyent obligé leur foy devant les lioinnies : tellement qu'ils ne pourroyent plus confesser autre que luy seul, s'ils ne vouloyent renier leur confession qu'ils avoyent faite au Baptesme.
M Maintenant puis que nous avons déclairé la tin et la cause pour laquelle iiostre Seigneur a institué et ordonné le Baptesme, il sera facile de monslrer comment nous en devons user, et comment le devons prendre. Car entant qu'il nous est donné pour conforter, consoler et confermer nostre foy, il le faut prendre comme de la main de l'autheur propre : et avoir pour certain et indubitable que c'est luy qui parle à nous par ce signe : que c'est luy qui nous purge, qui nous nettoyé, et abolit la mémoire de nos péchez : que c'est luy qui nous fait participans de sa mort : que c'est luy qui destruit et amortit les forces du diable et de nostre concupiscence: mesmes qnï se fait un avec nous, à ce que par telle union nous soyons aussi bien réputez enfans de Dieu. Il nous faut doncques croire et estre asseurez qu'aussi véritablement et certainement il fait toutes ces choses intérieurement à nostre âme, comme nous voyons nostre corps par le dehors estre lavé, submergé et circuy d'eau. Car ceste ou analogie ou similitude est une trèscerlaine reigle des Sacremens, qu'aux choses corporelles nous contemplions et pensions les choses spirituelles, comme si elles nous esloyent mises devant les yeux, puis qu'il a pieu au Seigneur nous les représenter en telles figures. Non pas que telles grâces soyent liées ou encloses au Sacrement, ou qu'en la vertu d'iceluy elles nous soyent conférées : majs seulement pource que par signe et marque le Seigneur nous teslilie sa volonté, c'est asçavoir qu'il nous veut donner toutes ces choses : et ne repaist pas seulement nos yeux d'un spectacle nud et vuide, mais nous meine
1) 1 Cor. 1, 13.
présentement à la chose, et accomplit de faict ce qu'il figure.
15 Ceci se voit en l'exemple du Centenier Corneille, lequel après avoir receu rémission de ses péchez, et les grâces visibles du sainct Esprit , fut depuis néantmoins baptisé ^ : non point pour avoir plus ample rémission par le Baptesme, mais pour plus certain exercice de sa foy, mesme accroissement parle gage qui luy en estoit donné. Quelqu'un (peutestre) fera une objection : Si les péchez ne sont pardonnez par le Baptesme, pourquoy doncques disoit Ananias à sainct Paul, que par le Baptesme il purgeast ses péchez^? Je respon qu'il est dit que nous recevons, obtenons, ou impétrons ce que nous croyons nous estre donné de Dieu, soit que nous commencions lors premièrement à le cognoistre, soit que l'ayans au paravant cognu, nous venions à en avoir plus certaine persuasion. Pourtant Ananias en ces paroles a seulement voulu dire cela : Paul, afin que tu sois certain que tes péchez te sont remis, sois baptisé, car le Seigneur promet au Baptesme la rémission des péchez : reçoy-la, et tien-toy asseuré. Combien que je n'entende pas de imllement amoindrir la force du Baptesme, que la chose et la vérité ne soit conjoincte au signe : selon que Dieu besongne par moyens externes. Au reste, nous n'avons autre chose de ce Sacrement, sinon autant que nous en recevons par foy. Et si la foy nous défaut, il nous sera en tesmoignage d'ingratitude, pour nous accuser devant Dieu que nous aurons esté incrédules à la promesse qui y estoit donnée : mais entant que le Baptesme est un signe et enseigne de nostre confession, nous devons par iceluy leslifier que nostre fiance est en la miséricorde de Dieu, que nostre pureté est en la rémission des péchez qu'on a par Jésus Christ, et que nous entrons en l'Eglise de Dieu, afin qu'en union et consentement de foy et de charité nous vivions d'un mesme courage avec tous les lidèles. C'est ce qu'a voulu sainct Paul, quand il a ditcjue nous sommes tous baptisez en un uiesrae
1) Ael. X, 4«.
3) AcI. IX, 17; XXII, le.
INSTITUTION CHRESTIENNK.
Esprit, pour estrejaits un niesme corps ^ 16 Or si ce qu'avons arreslé est vérii.al)le, que le SaoremeiiL ne doit pas esire prins comme de la main de celuy par le- (luel il est admiiiislro, mais comme de la main mesme de Dieu, duquel sans doute il est envoyé, on peut de cela conclurre que rien n'y est adjousté ny osté pour la digniti^ de celuy par la main duquel il est administré. Et commo entre les hommes si queUjue lettre est envoyée, pourveu tjue la main et le signe de l'escrivain soit bien cognu, c'est tout un qui ou quel en soit le messager: ainsi ce nous doit estre assez que de cognoisire la main et le signe de nostre Seigneur en ses Sacremens, par quelconque messager qu'ils soyent apportez. Par ceci est bien réfuté et destruit l'erreur des Donaiisles, lesquels mesuroyent et prisoyent la vertu et valeur du Sacremeril, selon la dignité et la valeur du Minisire. Tels sont aujourd'liuy nos Anabaptistes, qui nient que nous ayons bien eslé baptisez, par ce que nous avons esté baptisez des inlidèles et idolâtres au royaume du Pape : pourtant ils requièrent furieusement qu'on soit rebaptisé. Contre les folies desquels nous sommes garnis d'assez forte raison, si nous pensons qu'avons esté baptisez, non pas au nom de quelque homme, mais au nom du Père, et du Fils et du sainct Esprit ^ : et pourtant que le Baptesme n'est point d'homme, mais de Dieu, par quelconques il ait esté administré. Quelque ignorance doncque? ou contemnement de Di^u qui ait esté en ceux 'qui baptisoyent, ils ne nous ont pas baptisez en la communion de leur ignorance et impiété, mais en la foy de Jésus- Christ. Car ils n'y ont pas invoqué leur nom, mais celuy de Dieu : et ne nous ont point baptisez en autre nom. Or si le Baptesme estoil de Dieu il a certainement eu la promesse de rémission ries péchez, de mortilicalion de la chair, de vivitication spirituelle, de participation de Christ. En ceste manière quand les Juifs ont esté circoncis par leurs sacrificateurs, qui s'esioyent desbauchez jusque» à eslre de vileins apostats, cela toutesfois ne
1) i Cor. Xn, 13.
2) Mdllb. XXVUI, 19.
leur a point nuit, et le signe n'en a pas esté inutile, pour dire qu'il le falust réitérer, mais a suffit qu'on recourust tousjours à la pure origine. Ce (ju'ils objectent, que le Baptesme se doit faire en la compagnie des fidèles , n'emporte pas que s'il est vicieux en un endroici, toute sa force soit esteinte. Car quand nous enseignons ce qui se doit faire, alin que le Baptesme soit pur et entier et sans aucune souilleure, nous n'abolissons point l'institution de Dieu, combien que les idolâtres la corrompent. Et de faict, combien que jadis la Circoncision fust souillée de beaucoup de superstitions, si n'a-elle oas laissé d'estre tenue pour marque de la grâce de Dieu : comme aussi les saincts Piois Josias et Ezéchias, en ramassant de tout Israël ceux qui s'estoyent révoliez de Dieu, ne les ont pas contraints ny induits à une Circoncision nouvelle.
17 D'avantage, pource qu'ils nous interroguent quelle foy en nous a ensuyvy le Baptesme par quelques années, afin que de là ils puissent conclurre que nostre Baptesme a esté vain, lequel ne nous est point sanctifié, sinon que la Parole de la promesse soit receue par foy : nous respondons à ceste demande, que certes nous avons esté par long temps aveugles et incrédules, et n'avons point prins la promesse laquelle nous estoit donnée au Baptesme : toutesfois que ceste promesse, puis qu'elle estoit de Dieu, dés lors incontinent et tousjours est demeurée ferme et vraye. Encores que tous les hommes fussent mensongers et infidèles, toutesfois Dieu ne laisse point d'estre véritable ^ : encores que tous fussent perdus et damnez , toutesfois Jésus- Christ demeure salut. Nous confessons doncques le Baptesme pour ce temps-là ne nous avoir rien proufité, puis que la promesse demeuroit mesprisée, qui nous estoit en iceluy offerte, sans laquelle le Baptesme n'est rien. Maintenant puis que (grâces à Dieu) nous avons commencé à nous amender, nous accusons nostre aveuglement et dureté de cœur, entant qu'avons esté tant longuement
1} Rom. 111, 3,^.