LIVRE IV, CHAPITRE XV
ingrats à sa bonlô: mais nous ne croyons pas pourtant que sa promesse se soit esvauouye , ains plusiost considérons ainsi : Dieu par le Baptesme promet rémission (les péchez, et sans doute tiendra [iiomesse h tous croyans. Celle promesse nous a eslé olferte au Baptesme : embrassons-la douc(pjes par t'oy. Certes elle nous a long temps esté ensevelie, pour raison de nostreintidélité : maintenant donc(]ues recouvrons-la par foy.
Pour ceste raison, quand le Seigneur exhorte à rcpentaiice le peuple, judaiciuc, il ne commande pas à ceux qui avoyeni eslé circoiu'is par les mains des iniques el àe., sacrilèges, et avoyent aussi vescu quelque temps en mesme impiété, de se circoncir derechef : mais requiert la seule conversion du cœur. Car comment que ce fust (|ue son alliance eust esté violée par eux, toutesfois le signe d'icelle, comme il l'avoit institué, demeuroit tousjours ferme et inviolable. Doncipics il les recevoît par ceste seule condition, qu'ils reveinssent à amendement : leur confermant l'allianc-e laquelle il avoit une fois faite avec eux par la Circoncision, combici» qu'elle leur eust esté baillée par meschans sacrilicateurs, et qu'elle leur eust esté faussée par leur propre iniquité, entant qu'en eux esloit, jusques à enesteindre l'effect.
18 I\lais il leur semble advis qu'ils nous jettent un dard de feu, quand ils allèguent sainctPaul avoir rebaptisé ceux qui avoyent une fois esté baptisez du Baptesme de sainct Jehan *. Car si selon nostre confession, le Baptesme de sainct Jehan a eslé du tout un mesme Baptesme qu'est maintenant le nostre : comme ceux-là eslans au paravant mal instituez, après avoir esté enseignez de la droicte foy, ont en icelle este rebaptisez : ainsi le Baptesme qui a esté sans vraye doctrine, doit estre réputé pour rien : et devons estre baptisez de nouveau en la vraye religion, laquelle maintenant nous avons tout premièrement goustée. Il semble advis à d'aucuns que ç'avoit esté quelque fol imitateur de sainct Jehan, qui les avoit au paravant baptisez plus-
t) A.I. XIX 3, 5.
tost en queNjurs vaines supersiitions, qu'en la vérité. Kl ont pour raison ceste conjecture, (pi'iceux confessent qu'ils ne sçavent que c'est du sainct Esprit : en laquelle ignorance sainct Jehan ne les eust pas laissez. Mais il n'est pas non plus vray-semi)lnble que des Juifs mesmes qui n'eussent point eslé baptisez, n'eussent eu aucune cognoissance de l'Esprit, du(piel il leur estoit fait souvent mention en l'Escriture. La responsc doncques qu'ils font, asçavoir (pi'ils ne sçavent si l'Esprit est se doit entendre (ju'ils n'avoyeni rien entendu, asçavoir si les grâces du sainct Esprit, desquelles sainct Paul les interroguoil, estoyent distribuées aux disciples de Christ.
Quant à moy, j'accorde le premier Baptesme qui fut donné h ceux-là, avoir esté le vray Baptesme de sainct Jehan, el un mesme avec celuy de Jésus-Christ : mais je nie (ju'ils ayent esté rebaptisez. Que veulent donccjues dire ces paroles, Ils ont eslé baplisez au nom de Jésus'.' Aucuns l'interprèlent , que seulement c'est à dire qu'ils furent par sainct Paul instruits de pure et bonne doctrine : mais je l'aime mieux entendre plus simplement, (ju'il parle du Baptesme du sainct iisprit : c'est-à-dire que les grâces visibles du sainct Esprit leur furent données par l'imposition des mains. Lesquelles grâces sont assez souvent en l'Escriture nommées Baptesme. Comme il est dit, qu'au jour de Pentecoste les .\postres se souveindrent des Paroles du Seigneur louchant le Baptesme de l'Esprit et du feu ^ Et sainct Pierre récite que les grâces qu'il voyoit espandues sur Corneille et sur sa famille, luy avoyent aussi réduit en mémoire les mesmes paroles. Et ne répugne point ce qui est après escrit, Quand il leur eut imposé les mains, le sainct Esprit descendit sur eux. (^ar sainct Luc ne récite pas deux choses diverses, mais il poursuyt une forme de narration familière aux Hébrieux : lesquels proposent premièrement la chose en somme, après ils la déclairent plus amplement. Ce qu'un chacun peut appercevoir de la déduction mesme des paroles.
1) Act. I,S ;XI. 16.
INSTlTlITiOiN CH[\ESTIENNE.
Car il est dit, Ces choses ouyes ils ont esié baptisez au nom de Jésus : et quand sainct Paul leur eut imposé les raains, le sainct Esprit descendit sur eux. ?ar ceste dernière locution est descrlt quel fut ce Baptesme-là. Que si le premier Baptesme estoit cassé et annuité par l'ignorance de ceux qui l'auroyent receu, tellement qu'il en fausist repren- ■ ire un autre, les Apostres devoyent estre rebaptisez les premiers : lesquels après leur Baptesme ont esté trois ans qu'ils n'avoyent pas grande cognoissance de la vraye doctrine. Et entre nous, quelles mers pourroyent sulTire à réitérer tant de Baptesmes, que nostre Seigneur l'.orrige journellement en nous d'ignorances?
19 La vertu, dignité, utilité, et la fin de ce mystère doyvent estre assez esolarcies, comme je pense. Quant est du signe extérieur, il scroil bien à désirer (jue la pure institution de Jésus-Christ l'ust eu telle révérence qu'elle méritoit, l)Our réprimer l'audace des hommes. Car comme si c'eust esté chose contemplible et de petite valeur, de baptiser en eau selon le précepte de Jésus-Christ, on a controuvé une bénédiction solennelle, ou jilustost une conjuration et enchantement, pour polluer la vraye consécration ûe l'eau. On a puis adjonsté le cierge avec le chresme. 11 a semblé que le souffle pour conjurer le diable ouvroit la porte au Baptesme. Or combien que je n'ignore pas combien l'origine de ces fatras estranges est ancienne, toutesfois 11 nous est licite de rejelter tout ce que les hommes ont osé adjouster à l'institution de Jésus-Christ. Au reste, le diable voyant que ses tromperies avoyent (^slé dés le commencement de l'Evangile si aisément receues et sans difficulté par la folle crédulité du monde, s'est enhardy à se desborder à des niocqncries j)lus lourdes. Et de là est venu leur crachat, leur sel, et tels badiiiages, qui ont HSté mis en avant avec une horrible licence, en opprobre et vitupère du Bapipsme. Apprenons doncques par telles 'expériences, qu'il n'y a sainctelé ne meilleure ne plus asseurée, que de nous ari-ester du tout à l'authorilé de Jésus-
Christ. Ainsi il eust beaucoup mieux valu, laissant ces pompes de farces qui esblouissent les yeux des simples, et abeslissent leurs sens, quand il y a quelqu'un à baptiser, qu'il fust représenté devant l'Eglise pour estre offert à Dieu de tous avec prières: que là fust récitée la confession de foy, et ce qui est de l'usage du Baptesme : et ainsi que l'action fust simple, comme l'Escriture le porte : que les promesses qui sont au Baptesme fussent là proposées et déclairées : qu'il fust après baptisé au nom du Père et du Fils et du sainct Esprit, que finalement avec prières et action de grâces il fust renvoyé. Ainsi rien n'y seroit omis de ce qui y sert, et celle unique cérémonie de laquelle Dieu est autheur reluiroit trèsclairement sans estre opprimée de nulles estranges ordures. Au reste, c'est une chose de nulle importance, si on baptise en plongeant du tout dedans l'eau celuyqui est baptisé, ou en respandant seulement de l'eau sur luy : mais selon la diversité des régions, cela doit demeurer en la liberté des Eglises. Car le signe est représenté et en l'un et en l'autre. Combien que le mot niesme de Baptiser, signifie du tout plonger : et qu'il soit certain que la coustume d'ainsi totalement plonger, ail esté anciennement observée en l'Eglise.
20 II est mestier d'advertir yci que c'est une chose perverse qu'un privé entreprene d'administrer ne le Baptesme ne la Cène. Car la dispensation de l'un et de l'autre, est une partie du ministère publique. Qu'ainsi soit, Jésus-Christ n'a point commandé aux femmes ny à personnes privées de baptiser : mais a commis ceste charge à ceux qu'il avoit ordonnez Apos- Ires. Et quand il a commandé à ses disciples de faire en célébrant la Cène, ce qu'il avoit fait, il les a sans doute voulu instruire, qu'à son exemple il y en eust un qui dispensast le Sacrement aux autres ^ Touchant ce que de long temps, et quasi du commencement de l'Eglise, ceste coustume a esté introduite, qu'en l'absence du ministre un homme particulier peut baptiser un enfant qui fust en
1) MdUli, XXVUI, 19; Luc XXH, 19.