LIVRE IV, CHAPITRE XV
danger de mort, cela n'esl fondé en nulle raison. Et niosmes les Anciens qui observoyent ceste cousiume, ou la toléroyenl, n'estoyenl point certains si c'estoit Ijien fait ou non: car sainct Augustin en parle avec doute, et ne peut pas déterminer si cela se fait sans péché '. Touchant des femmes, il fut résolu de son temps au Concile de Cartilage, qu'elles n'eussent àba-pliser sur peine d'excommunication^.
Ils allèguent, que si un enfant décédoit sans Baptesme, il seroit privé de la grâce de régénération. Je respon que c'est folie. Dieu prononce qu'il adopte nos enfans, et les retient pour siens devant qu'ils soyent nais, en nous disant qu'il sera le Dieu de noslre semence après nous^. C'est en ceste parole que leur salut consiste et est comprins : et ce seroit faire trop grande injure à Dieu, de nier que sa promesse ne suffise à mettre en effect ce qu'elle contient. Peu de gens se sont advisez combien ceste sentence mal entendue et mal exposée estoit pernicieuse : asçavoir que le Baptesme est requis à salut de nécessité. Et voylù pourquoy ils la laissent couler trop facilement. Car si ceste opinion a lieu que tous ceux (pii n'auront peu estre plongez en l'eau sont damnez, nostre condition sera pire que celle du peuple ancien : d'autant que la grâce de Dieu sera plus restreinte qu'elle n'estoit sous la Loy. Et par ainsi on estimera que Jésus-Christ est venu, non pas pour accomplir les promesses, mais pour les anéantir. Veu que la promesse de salut avoit assez de vertu di^vant le huitième jour, encores que la Circoncision ne fusl point receue : mainlenani elle n'auroit nulle fermeté sans estre aidée du signe.
21 Or il appert par les plus anciens Docteurs quelle a esté la coustume de l'Eglise devant (juc saincl Augustin fust nay. En premier lieu de Tertullien quand il dit qu'il n'est point permis à une femme de parler, ne d'enseigner, ne l)apliser, ny offrir : afin qu'elle n'usurpe tiul estât propre à l'homme, et tant moins au Prestrc*. Nous avons aussi un bon tesmoin et authentique en Epiphane ,
1) Cnnt. fpis'. Purmen., lib. H, cap. XUI. 2) Cap. G. 3) Ge[i. XVll, 7. 4) Coalr. haeres.,Ub. 1.
quand il reproclie à Marcion comme une lourde faute, qu'il donnoit licence aux femmes de baptiser. Je s^;ay bien ce qu'on allègue au contraire, que l'usage est différent de ce qui se fait par nécessité urgente. Mais puis qu'Epi|ihane prononçant que c'est une mocquerie de donner congé aux femmes de baptiser, n'adjouste nulle exception, il appert que ccst abus est tellement condamné de luy, qu'il n'admet nulle excuse au contraire. Pareillement au livre troisième, disant qu'il n'a pas esté licite mesme à la vierge Marie de baptiser, il n'est pas question de restreindre aucunement son propos.
22 L'exemple de Sépliora est yci tiré inconsidérément : car ce qu'ils allèguent qu'elle a circoncy son fds, et (jue l'Ange de Dieu par ce moyen a esté appaisé * : de là ils infèrent sottement que l'acte ait esté approuvé de Dieu. Car par unemesme raison il faudroit dire, que le service meslé que dressèrent en Samarie ceux qui estoyent là envoyez d'Orient, eust esté agréable à Dieu : veu que depuis ils ne furent plus molestez des bestes sauvages 2. Mais il est aisé à prouver par beaucoup d'autres bonnes raisons, qu c'est une bestise de vouloir tirer en exemple pour imiter, le fait de ceste folle femme. Si je disoye que c'a esté un acte singulier qui ne doit point estre tiré en reigle : item, Puis que nous ne lisons l'.oint qu'il y eust eu jadis mandement exprès donné aux Prestres pour circoncir : qu'il y a quelque diversité entre Testât d'aujourd'huy et celuy d'alors, cela possible suffiroit pourclorre la bouche à ceux qui introduisent les femmes à baptiser. Car les paroles de Jésus- Christ sont claires. Allez, enseignez tous peuples et les baptisez ^ Puis qu'il n'ordonne point d'autres ministres du Baptesme, que ceux-là mesmes ausquels il donne la charge de prescher l'Evangile : et que tesmoin l'Aposlre, nul ne doit usurper honneur en l'Eglise sinon qu'il soit appelé, comme Aaron * : quiconques baptise sans vocation légitime, fait mal et perversement de s'ingérer en la charge d'aulruy. Sainct Paul déc'aire que tout
1) Ex. IV, 55.
3) Maltb. XXVIII, 19.
2) 2 Rois XVII, 32.
4) néb. V, 4.
ce qu'on cntreprt^nd sans cerîitude de foy, voire aux choses les plus petites, comme au boire et au manger, est péché *. Il y a bien doncques faute plus lourde et énorme au baptesme des femmes, où il est tout évident qu'on viole la reigie donnée de Christ, d'autant que nous sçavons que c'est un sacrilège de distraire les choses que Dieu a conjoinctes*. Mais encores que je laisse tout cela, j'advcrty seulement les lecteurs qu'ils considèrent bien que la femme de Moyse n'a rien moins cherché que d'offrir son service à Dieu. Voyant son enfant en danger de mort, elle se despite et murmure : et jette le prépuce en terre non sans cholère : et en injuriant son mari, elle s'aigrit et se rebecque contre Dieu. Brief, tout ce qu'elle fait procède d'une impétuosité désordonnée, d'autant qu'elle se fasche et se desgorge contre Dieu et son mari, à cause qu'elle est contrainte d'espnndre le sang de son fils.
Et encores qu'elle se fust bien portée en tout le reste c'est une témérité inexcusable de ce qu'elle présume de circoncir son enfant en la présence de Moyse si excellent Prophète de Dieu, qui n'a point eu son pareil en Israël : ce qui ne luy estoit pas [jlus loisible : qu'il est aujourd'huy à une femme de baptiser présent un Evesque. Au reste, toutes ces questions seront décidées, quand ceste fantasie sera arrachée des esprits des hom-
mes : c'est que les enfans sont forclos du royaume de Paradis, s'ils n'ont receu le Baptesme. Or comme nous avons dit, on fait grand tort et injure à la vérité de Dieu, si on ne s'y repose du tout, tellement que de soy elle ait plene et entière vertu de sauver. Le Sacrement est puis après adjousté comme un seau, non pas pour donner vertu à la promesse, comme si elle estoit débile de soy, mais seulement pour la ratifier envers nous : ;!lin que nous la tenions tant plus certaine. De là il s'ensuyt que les peiis enfans engendrez des Chrestiens ne sont point baptisez pour commencer d'estre enfans de Dieu, comme si au paravant ils ne luy eussent en rien appartenu, et eussent esté estrangers de riîglise : mais plustosl afin que par ce signe solennel il soit déclairé qu'on les reçoit en l'Eglise, comme estant desjà du corps d'icelle.
Car quand il n'y a ne contemnement, ne nonchalance, nous sommes hors de tout danger. Parquoy le meilleur est de porter cest honneur à l'ordonnance de Dieu, que nous ne prenions point les Sacremens d'ailleurs que du lieu où il les a mis. Or il en a donné la dispensation ù l'Eglise. Quand doncques nous ne les pouvons rettevoir d'icelle, n'estimons pas que la grâce du sainct Esprit soit tellement liée à iceux, que nous ne l'obtenions en vertu de la seule Parole de Dieu,