‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 283 sur 346 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Que le Baptesme dea petis evfans convient trèshîen à l'institutinn de Jésus-Christ et à la nature du signe.

\ Or d'autant que nous voyons l'observation que nous tenons de baptiser les petis enfans, estre impugnée et débatue par aucuns esprits malins, comme si elle n'avûit point esté instituée de Dieu , mais inventée nouvellement des hommes, ou pour le moins quelques années après le temps des Aposlres : j'estime qu'il viendra bien à propos, de con-

1) Rem. XIV, Î3.

S) Millh. XIX, 6.

fermer en cest endroict les conscience:» imbécilles, et réfuter les objections mensongères que pourroyent faire tels séducteurs, pour renverser la vérité de Dieu aux cœurs des simples, qui ne seroyent pas fort exercitez pour respondre à leurs cautèles et cavillations. Car ils usent communément d'un argument assez favorable en première apparence :

c'est qu'ils ne désirent autre chose, sinon que la Parole de Dieu soit purement gar-

LIVlli: IV, CllAPliRE XVI,

dée et mainlenue on son cnlier, sans y rien adjonstcr ne diminuer, comme eeux qui premièrement ont esté inventeurs de baptiser les petis enfans y ont adjousié, y allentans ceste chose sans en avoir aucun commandement. Laquelle raison nous concéderions estrc assez suHisanle, s'ils pouvoyent prouver leur inlerition, que ce Raplesme soit procédé de l'invention des liommes, et non pas de l'ordonnance de Dieu. Mais (luand au contraire, nous aurons clairement monstre que faussement et à tort ils imposent cesle calomnie, d'appeler Tradition humaine ceste insliiution très bien fondée sur la Parole de Dieu, (pie reste-il plus sinon que ceste couleur laquelle ils prétendent en vain, s'en aille en fumée ? Ainsi cherchons l'origine première du Baptesme des pelis enfans. Car s'il appert qu'il ait esté controuvé par la témérité des hommes, je confesse qu'il le faut là laisser, pour en prendre la vraye reigie de ce que le Seigneur en a ordonné : d'autant que les Sacremens ne pendroyent que d'un filet, s'ils n'esloyent fondez en la Parole de Dieu. I\lais si nous trouvons que les petis enfans sont baptisez en l'authorité de Dieu, gardons bien de hiy faire outrage, en réprouvant son ordonnance.

2 Pour le premier, ce doit bien estre une chose résolue entre les fidèles : que la droicte considération des signes ou Sacremens que le Seigneur a laissez et recommandez à son Eglise, ne gist point en l'extériorité ou cérémonie externe seulement : mais principalement dépend des promesses et mystères spirituels que nostre Seigneur a voulu représenter par telles cérémonies. Parquoy pour bien recognoistre que c'est que du Baplesme, et qu'il emporte, il n'est pas question de s'arrester du tout à l'eau et ce qui se fait extérieurement : mais il est besoin d'eslever nos pensées aux promesses de Dieu qui nous y sont données, et aux choses intérieures et spirituelles qui nous y sont démonstrées. Si nous avons cela, nous tenons la substance et la vérité du Baptesme : et mesmes de là viendrons à comprendre à quelle fin a esté ordonnée ceste aspersion d'eau qui se fait, et de quoy elle nous sert. D'autre part, si ces cho-

ses mesprisées et laissres, nous avons l'esprit liclié sculeniei l et du tout en l'obscrvalion exiérieure, nous ne con prendrons jamais sa vertu, ne l'importance du Baplesme, ne mesmes que veut dire ceste eau de lacpielle on y use, ne qu'elle signilie. Nous ne poursuyvrons |)as ceci par longues |)aro!es, veu que c'est une cliose tant clairement et si souvent démonstrée en l'Esditure, qu'elle ne peut esire aucunement douteuse ny obscure entre les Chresliens. Il reste doncques au surplus de chercher es promesses données au Baptesme, quelle est la propre substance d'iceluy. L'Escrilure nous enseigne que la rémission et purgation de nos péchés, que nous avons par l'effusion du snng de Jésus-Christ, nous y est premièrement représentée :

après, la mortification de nostre chair, que nous obtenons pareillement en communiquant à sa mort, pour ressusciter à nouveauté de vie : c'est asçavoir à innocence, saincteté et pureté. En quoy nous comprenons premièrement, que le signe visible et matériel n'est sinon représentation des choses plus hautes et plus excellentes: pour lesquelles comprendre il nous faut avoir nostre recours à la Parole de Dieu, en laquelle gist toute la vertu du signe. Or par icelle nous voyons les choses signifiées et représentées, estre la pnrgation de nos péchez, la morlilication de nostre chair, pour estre faits participans de la régénération spirituelle, laquelle doit estre en tous les enfans de Dieu. D'avantage, elle monstre que toutes ces (choses sont causées en Jésus- Christ, comme en estant le fondement.

Voyià en somme la déclaration du Baptesme, à laquelle se peut réduire et référer tout ce qui en est dit en l'Escriture : excepté un point qui n'a pas esté touché, c'est qu'il est aussi bien comme une marque, par laquelle nous advouons devant les hommes le Seigneur pour nostre Dieu, et sommes enrôliez au nombre de son peuple.

3 Pourtant que devant l'institution du Baptesme le peuple de Dieu avoit au lieu la Circoncision, laquelle a servy sous le Vieil Testament, il nous faut yci regarder quelle similitude et quelle différence il y

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a entre ces deux signes : afin que de cela nous comprenions semblablenient que c'est qu'on peut déduire de l'un à l'autre. Quand nostre Seigneur ordonne la Circoncision à Abraham, il use de ceste préface, qu'il veut estre son Dieu, et le Dieu de sa semence* : se déclairant estre tout-puissant, et avoir toutes choses en sa main , pour luy estre en plénitude et fontaine de tous biens. Sous lescjuelles paroles est comprinse la promesse de la vie éternelle: ainsi que nostre Seigneur Jésus-Christ l'a exposé, tirant un argument de ce que son Père s'estoit appelé le Dieu d'Abraham, pour convaincre les Sadducéens de l'immortalité et résurrection des fidèles : Car il n'est point, dit-il, Dieu des morts , mais des vivans ^. Parquoy aussi sainct Paul au 1I<= des Ephésiens, leur monstrantde quelle confusion nostre Seigneur les avoit relirez, il déduit de ce qu'ils n'avoyent point la Circoncision, qu'ils estoyent sans Christ, estrangers des promesses, sans Dieu et sans espérance 3; d'autant qu'icelleestoit le tesmoignage de toutes ces choses. Or le premier degré que nous avons pour approcher de Dieu , et entrer en la vie .éternelle , c'est la rémission de nos péchez. Dont il s'f^nsuyt que ceste promesse est correspondante à celle du Baptesme, qui est de nostre purgation et ablution. Après, nosire Seigneur déclaire à Abraham comment il veut qu'il chemine de- , vant soy en intégrité et innocence. Oui n'est autre chose que la mortification , pour ressusciter à nouveauté de vie. Et afin qu'il n'y eust nulle doute que la Circoncision ne fust signe et figure de la mortification, Moyse l'expose plus clairement au chapitre' X du Deutéronome, quand il exhorte le peuple d'Israël de cireoncir son cœur au Seigneur : pource qu'il est le peuple esleu de luy. entre toutes les nations de la terre'. Comme nostre Seigneur en recevant la lignée d'Abraham pour son peujile ordonne (ju'ils soyent circoncis : ainsi IVÎoyse déclaire qu'ils doyvent estre circoncis de cœur, comme voulant mojistrer quelle est

1) Goii. XVII, 7, 10. 2) Malth. XXII, 32 ; Luc XX, 38. 3) EpliL'S. 11, 12. 4J Deul. X, 16 ; XXX, 6.

la vérité de ceste Circoncision charnelle. D'avantage, afin que le peuple n'aspirast à ceste mortification par sa propre puissance, il luy enseigne comment c'est une œuvre de la grâce de Dieu en nous.

Toutes ces choses ont esté tant souvent répétées aux Prophètes, qu'il n'est jà besoin en faire long propos. Nous avons doncques que la Circoncision a eu promesse spirituelle envers les pères , telle mesmes que le Baptesme : en leur signifiant la rémission de leurs péchez, et mortification de leur chair, pour vivre à justice. Outre plus, comme nous avons dit que Christ, entant qu'il est l'accomplissement de ces choses, est le fondement du Baptesme : aussi est-il de la Circoncision. Parcjuoy il est promis à Abraham, et en luy la bénédiction de tous peuples de la terre : comme si nostre Seigneur disoit que toute la terre estant en soy maudite, recevra bénédiction par luy. Et le signe de la Circoncision est adjouslé pour seeler et confermer ceste grâce.

4 11 est à ceste heure bien aisé de juger et discerner en quoy convienent ensemble, ou en quoy diifèrent ces deux signes, la Circoncision et le Baptesme.

La promesse que nous avons dite estre la vertu des Sacremens, est une en tous deux : c'est asçavoir de la miséricorde de Dieu, de la rémission des péchez, et de la vie éternelle. La chose représentée y est toujours une, c'est nostre purgation et mortification. La cause et le fondement de ces choses, qui est Christ, est tant en l'un comme en l'autre, pour confirmation et accomplissement. 11 s'ensuyt qu'il n'y a rien de ditierence quant au mystère intérieur, où gisi toute la substance des Sacremens, comme dit a esté. Toute la diversité qui s'y trouve , n'est sinon quant à la cérémonie extérieure, qui est la moindre partie des Sacremens, puis que la considération principale dépend de la Parole et de la chose signifiée et représentée. Parquoy nous pouvons conclurre que tout ce qui appartient à la Circoncision, est aussi comniun au Baptesme: excepié de la cérémonie externe et visible. Et à ceste déduction nous meine la reigle de saincl Paul : c'est que toute l'Escriture se doit mesurer selon la

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